
"Tunis risque d’être emportée par les eaux en 2050 selon l’ONU" ? C’est trompeur
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 12 novembre 2019 à 12:00
- Lecture : 4 min
- Par : Salsabil CHELLALI
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L’article relayant cette information a été publié sur le site tunisiefocus.com en septembre 2018, mais il est de nouveau relayé par des pages Facebook tunisiennes depuis le 1er novembre 2019. Il annonce : "en 2050, deux capitales dans le monde risquent d’être emportées par les eaux, il s’agit de Dacca au Bangladesh et Tunis, Tunisie. C'est un rapport de l'ONU qui avait tiré la sonnette d’alarme en 2009 lors d'un séminaire organisé à Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis portant sur la diplomatie et l’eau et la Tunisie y était présente".
"Quand on voit ce que 10 minutes de pluies diluviennes ont fait ce mardi 18 septembre 2018 des quartiers de la capitale Tunis, les transformant en petite Venise", poursuit l’article sur un ton plus alarmant. "2050 c’est dans 32 ans. Mais si dame nature changeait d'avis et avançait les échéances ?"
Des éléments de doute
L'article initialement publié par le site d’information en septembre 2018 cite un rapport de l'ONU qui remonte à 2009, sans donner de référence précise ni renvoyer vers un document en particulier.
Il réapparaît sur les réseaux sociaux tunisiens au lendemain des fortes intempéries qui ont touché la capitale tunisienne le 28 octobre. Les pluies avaient provoqué des inondations dans plusieurs quartiers de Tunis et paralysé la circulation sur plusieurs artères, suscitant l’indignation des habitants, sur Facebook et Twitter notamment.
Ci-dessous quelques exemples :
Quelques images et vidéos de la pluie d’aujourd’hui, embouteillages, inondations tout en place #Tunis #Tunisie #Tunisia Some pictures and videos of the traffic and flooding after the downpour pic.twitter.com/4jkq9gv4Es
— Bavesh Moorthy 巴维母尔体 Бавеш Мурти بافيش مورتي (@baveshmoorthy) October 28, 2019

Que disent les rapports sur le sujet ?
Contactés par l’AFP, les représentations des Nations Unies en Tunisie et aux Émirats arabes unis n’ont retrouvé aucune trace de ce rapport datant de 2009 et affirmant que Tunis risque d’être emportée par les eaux en 2050.
Nous avons par ailleurs retrouvé un rapport sur les changements climatiques dans la région, publié par le Forum arabe pour l’environnement et le développement (AFED) et présenté à Abou Dhabi en 2009, mais celui-ci n'évoque pas le cas de la Tunisie en particulier. A contrario, il attire l’attention des différents pays arabes sur les défis climatiques auxquels ils seront confrontés, tels que la désertification, la pollution, l'élévation du niveau des mers ou la pénurie d’eau.
Des impacts négatifs sur l’économie tunisienne
Concernant les risques pour la Tunisie, le ministère de l’Environnement et du développement durable tunisien affirme de son côté que "la hausse du niveau de la mer qui atteindra 50 cm à la fin de ce siècle va augmenter l’érosion et la submersion dans les basses régions côtières, en particulier dans le golfe de Hammamet, le Cap Bon, les îles de Kerkennah et de Djerba". Le ministère, qui s’efforce de déployer une stratégie nationale pour lutter contre le changement climatique, ne mentionne pas Tunis parmi les zones les plus menacées.
Les estimations sur l’élévation du niveau des mers variant d’une étude à l’autre, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) Tunisie, estime que "l'élévation du niveau de la mer devrait atteindre 1 mètre au cours du siècle à venir" et impacter négativement le tourisme, la pêche et l’agriculture à la base de l'économie tunisienne.

(Gillian Handyside, Dario Ingiusto / AFP)
Phénomène global, l’élévation du niveau de la mer a surtout des conséquences colossales sur le nombre d'habitants sinistrés. 300 millions de personnes pourraient avoir à faire face à des inondations côtières au moins une fois par an d’ici à 2050, estime une étude publiée le 29 octobre dans la revue scientifique Nature Communications, qui revoit à la hausse les estimations précédentes. Elle désigne par ailleurs l’Asie comme la région la plus exposée avec plus des deux-tiers des populations concernées se trouvant en Chine, au Bangladesh, en Inde, au Vietnam, en Indonésie ou en Thaïlande.