Une tique, dont la piqûre peut transmettre la maladie de Lyme (AFP / Bertrand Guay)

Du coton imbibé de savon pour retirer une tique ? "Pas une bonne méthode", selon les experts

Une publication partagée plus de 3.500 fois sur Facebook affirme qu'un moyen "sûr et facile" d'enlever une tique est de tamponner l'acarien avec une boule de coton imbibée de savon. Plusieurs experts interrogés par l'AFP ne recommandent pas cette méthode, "qui augmente les risques d'infections" et suggèrent plutôt d'utiliser un tire-tique.

Les beaux jours reviennent, propices aux balades dans la nature et aux activités dans les jardins, mais c'est aussi la saison des tiques.  Le mois de mai marque le début du pic d'activité de ces acariens dont les piqûres peuvent transmettre des maladies, comme la maladie de Lyme, indique l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), dans une dépêche de l'AFP.

Sur les réseaux sociaux, cela signifie également le retour de publications plus ou moins virales pour se prévenir de leur piqures et les ôter de nos corps ou celui de nos animaux de compagnie. Au Canada, une publication Facebook présentant "la meilleure façon d'enlever une tique", publiée le 13 avril, a cumulé près de 51.000 partages. Le même texte, en Français, a été partagé plus de 3.500 fois depuis le 3 mai :

(Capture d'écran Facebook du 10 mai 2019)

Problème, des experts français et canadiens, interrogés par l'AFP, déconseillent cette méthode.

"Ce n'est pas du tout une bonne méthode (...) elle augmente les chances de transmission d'une infection", explique Jonas Durand, ingénieur au sein du programme de recherche collaboratif CiTique, rattaché à l'Inra, qui étudie les tiques et les agents infectieux qu'elles transmettent.

"On suspecte que la tique augmente la régurgitation de salive lorsqu'elle est stressée par un produit chimique", abonde Jean-François Cosson, chercheur à l'Inra.

"Certes, la tique va se détacher, mais en régurgitant de la salive et du sang sur son hôte, les chances de transmission d'un agent pathogène s'accentuent", assure Jonas Durand.

"Et ce n'est pas la tique qui pose problème, mais les bactéries qu'elle peut transmettre", rappelle-t-il, comme la bactérie Borrélia, qui provoque la maladie de Lyme.
 

(Symptômes, prévention, traitements et données sur la maladie de Lyme - 23 / 03 / 2017 - AFP Graphics)

"Nous ne recommandons pas cette méthode de la boule de coton imbibée de savon", a dit Jim Wilson, président de la fondation canadienne de la maladie de Lyme.

"Ce n'est pas la méthode approuvée par le gouvernement canadien et les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies", assure également Liam Remillard,  du centre canadien de recherches sur la maladie de Lyme.

Pour tous ces experts, la meilleure méthode pour ôter une tique est la même. "Le tire-tique est très pratique et très utilisé en France. On saisit la tique à la base du rostre (la partie de la tique enfoncée dans la peau, ndlr) et on tourne jusqu'à ce que la tique se décroche toute seule", suggère Jean-François Cosson.

Ci-dessous, le geste en question, dans un clip de prévention réalisé par l’association Lympact, la Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques et diffusé par le ministère de la Santé :

"C'est la méthode la plus optimale. On ne risque pas d'appuyer au niveau de son corps et de l'écraser, comme cela peut parfois être le cas avec une pince à épiler, qui reste une méthode viable en prélevant bien au plus près de la peau et en tirant", ajoute Jonas Durand.

"La bactérie Borrelia peut se transmettre de la tique à votre sang si vous l'écraser en la retirant. C'est pour cela qu'il faut utiliser un tire-tique", selon David Jensen, attaché de presse du ministère de la Santé de l'Ontario.

En cas de piqûre de tique, les recommandations de l'agence sanitaire Santé publique France, affiliée au ministère de la Santé, sont claires : "il faut retirer la tique le plus rapidement possible à l’aide d’un tire-tique et surveiller la zone piquée pendant un mois. Si une plaque rouge et ronde apparaît ou s’il existe des signes inhabituels (fatigue, paralysie, etc.), il faut consulter sans tarder un médecin. Un traitement antibiotique pourra alors être prescrit".

Marisha Goldhamer
François D'Astier