Les crèmes solaires, responsables des cancers de la peau ? C'est toujours faux
- Publié le 28 juillet 2026 à 17:33
- Lecture : 6 min
- Par : AFP Canada, AFP Etats-Unis, AFP Roumanie
- Traduction et adaptation : AFP France, Chloé RABS
Chaque année, entre 141.200 et 243.500 cas de cancers de la peau sont diagnostiqués, selon Santé publique France, et, dans plus de 85% des cas, ils sont attribuables à "une exposition excessive aux ultraviolets (UV) naturels ou artificiels". En cas d'exposition au soleil, les autorités sanitaires internationales préconisent d'appliquer de la crème solaire, afin de réduire les effets néfastes des UV. Cependant, depuis plusieurs années, des publications sur les réseaux sociaux affirment que les crèmes solaires sont responsables de cancers de la peau. C'est faux. Les publications déforment les résultats d'études et aucune preuve scientifique ne permet à ce jour de lier leur usage à des cancers de la peau et les crèmes solaires. Au contraire, elles permettent d'en réduire le risque.
"La plus grande étude JAMAIS réalisée sur la crème solaire et le cancer de la peau révèle que les personnes qui l’utilisent ont des risques BEAUCOUP PLUS ÉLEVÉS de TOUS les cancers de la peau", affirment de nombreux internautes dans des publications sur les réseaux sociaux (1, 2).
"Mélanome invasif : +292%, mélanome in situ : +258%, carcinome basocellulaire : +140%, carcinome spinocellulaire : +126%", écrivent-ils, traduisant notamment des propos tenus en anglais par Nicolas Hulscher dans une vidéo publiée début juillet.
Nicolas Hulscher est un épidémiologiste qui publie régulièrement de fausses informations, notamment sur les vaccins (1, 2, 3). Il se présente également comme "administrateur" de la "fondation" de Peter McCullough - connu également pour ses positions anti-vaccins, comme expliqué dans cet article de vérification de l'AFP.
"La crème solaire augmente les risques de cancers de la peau : c'est la révélation choc d'une étude médicale massive. Une analyse menée sur plus de 400 000 personnes montre des statistiques terrifiantes. Chez les utilisateurs réguliers de crème solaire, le risque de mélanome invasif grimperait de 292%. Et celui du carcinome basocellulaire de 140%", avance également une vidéo publiée sur TikTok et partagée plus de 45.000 fois.
Cependant, ces affirmations résultent d'une interprétation trompeuse de l'étude, comme le confirme l'un des auteurs à l'AFP. La science est claire : l'exposition au soleil est la cause principale des cancers de la peau et la crème solaire est indispensable pour protéger sa peau en cas d'exposition, comme le rappellent médecins et les autorités sanitaires.
Le "paradoxe des crèmes solaires"
Ce n'est pas la première fois que la crème solaire est accusée, à tort, de provoquer des cancers, comme le montrait l'AFP Factuel dans cet article de vérification d'août 2024. Pourtant, bien au contraire, ces crèmes, qui absorbent, réfléchissent ou dispersent les radiations des UV, jouent un rôle important dans la protection de la peau contre les dommages générés par les UV, rappellent dermatologues et autorités sanitaires.
Quel que soit son âge, son sexe ou sa couleur de peau, elles sont à utiliser en complément des règles de base pour se protéger du soleil : limiter la durée d'exposition au soleil, sortir couvert, et rechercher l'ombre (lien archivé ici).
Il est scientifiquement établi que "l'exposition au soleil est la cause principale des cancers de la peau", dont les deux grands types sont les carcinomes, les plus fréquents , et les mélanomes, les plus graves du fait de leur fort potentiel métastasique, rappelle l'agence Santé publique France (lien archivé ici).
Les publications que nous examinons citent principalement une étude publiée en 2024 dont l'objectif était de s'intéresser aux "interactions spécifiques entre les gènes et l'environnement chez les personnes à risque" (lien archivé ici).
Dans leurs résultats, les auteurs expliquent avoir montré que "le sexe, la couleur de la peau et des cheveux, les comportements de bronzage et l'utilisation de protections solaires sont les facteurs les plus fortement associés au risque des quatre cancers".
Cependant, l'étude ne démontre pas une relation causale entre utilisation de crèmes solaires et survenue de cancers. Les auteurs précisent ainsi que "ce résultat paradoxal à savoir l'augmentation du risque de cancers de la peau avec l'utilisation accrue de crème solaire, pourrait s'expliquer par une exposition plus importante aux UV et/ou un défaut de réapplication de crème solaire au cours de la journée, ou encore par une utilisation accrue de protections solaires après un diagnostic de cancer de la peau".
L'un des auteurs de l'étude, contacté par l'AFP le 9 juillet, le dermatologue Ivan Litvinov, a qualifié ce phénomène de "sunscreen paradox", soit le paradoxe des crèmes solaires.
"Malheureusement, la crème solaire est utilisée comme un passe-droit pour bronzer", explique M. Litvinov. "Chercher un bronzage sans risque, c’est comme chercher une cigarette sans risque : cela n’existe pas".
De même, Cheryl Rosen, dermatologue au Toronto Western Hospital et spécialisée dans la prévention du cancer de la peau, a évoqué ces mêmes facteurs pour expliquer ce paradoxe et a rappelé qu'une corrélation n’implique pas nécessairement un lien de causalité.
Les auteurs concluent également que "pris dans leur ensemble, ces résultats démontrent l’importance d’une utilisation adéquate et fréquente de crème solaire et d’une réduction de l’exposition aux rayons UV, en particulier chez les personnes à la peau claire".
Dans sa vidéo, Nicolas Hulscher affirme aussi : "Lorsque vous utilisez systématiquement de la crème solaire, vous empêchez votre corps de synthétiser la vitamine D, qui joue un rôle essentiel dans la prévention du cancer. Donc vous ne voulez pas bloquer ce processus."
Cependant, si les crèmes solaires réduisent effectivement la production endogène de vitamine D, "en vous exposant au soleil 15 à 20 minutes en fin de matinée ou dans l’après-midi, vous assurez à votre organisme un apport journalier suffisant en vitamine D", précise l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), (lien archivé ici).
De plus, "les études n'ont jamais montré que l'utilisation quotidienne d'un écran solaire entraîne une carence en vitamine D. En fait, les personnes qui utilisent quotidiennement un écran solaire peuvent maintenir leur taux de vitamine D", explique la dermatologue Anne Marie McNeill sur le site de la Skin Cancer Foundation (lien archivé ici).
Une autre étude aux nombreuses limites
D'autres publications (1) partagent également un extrait non daté d'un programme de la chaîne américaine locale ABC 15 Arizona affirmant que selon "une nouvelle étude", les produits chimiques dans les crèmes solaires pénètrent dans le sang après "seulement une journée".
Cependant, comme l'avait déjà expliqué l'AFP dans cet article, l'étude citée -datant de mai 2019- doit être interprétée avec beaucoup de prudence étant donné les limites de sa méthodologie.
Cette étude préliminaire menée par des services de l'agence sanitaire américaine (Food and Drug administration, FDA) avait effectivement montré que certaines substances chimiques communément présentes dans les crèmes solaires pouvaient être retrouvées dans le sang à des niveaux supérieurs à ce qui était jusque-là estimé (archive).
Si la FDA avait précisé que leur présence dans le sang ne démontrait pas leur dangerosité, l'étude avait toutefois suscité des appels à poursuivre les recherches pour tenter d'évaluer les éventuelles conséquences à long terme.
Cette étude consistait en l'application d'une quantité standardisée de crème solaire (2 mg/cm2 sur 75% de la surface du corps de 24 volontaires) quatre fois par jour pendant quatre jours et à mesurer quotidiennement les concentrations des substances dans le plasma. Or, non seulement "la plupart des gens n'appliquent pas de telles quantités sur une telle surface de leur corps" en conditions réelles, mais l'étude, réalisée en intérieur, n'a pas pu prendre en compte la chaleur et l'humidité que l'on peut trouver en extérieur, soulignent les dermatologues Anne Chapas et Pooja Rambhia.
En janvier 2020, la FDA publiait donc une nouvelle étude tentant d'évaluer la manière dont ces produits chimiques se comportent dans l'organisme (archives 1, 2). Elle montrait que les six substances actives évaluées passaient dans le sang, même après une seule utilisation, et qu'une fois absorbées, elles pouvaient y rester de manière prolongée. Mais la FDA avait alors bien précisé : ces conclusions n'indiquent en aucune façon que ces ingrédients seraient dangereux, ni que les consommateurs devraient s'abstenir d'utiliser de la crème solaire.
"Des données additionnelles sont nécessaires pour déterminer la signification de cette absorption" par le corps, mais "il n'existe à ce jour aucune donnée montrant un danger pour la santé humaine", soulignaient dans l'article les dermatologues Anne Chapas et Pooja Rambhia, de l'Académie américaine de dermatologie. Au contraire, "des données scientifiques solides démontrent que l'usage régulier de la crème solaire réduit le risque à la fois de mélanome et de cancers de la peau" (archive).
"Même s'il existe des inquiétudes autour de l'innocuité de certains ingrédients, les bénéfices de l'utilisation de crèmes pour prévenir les dommages sur la peau provoqués par les UV et les cancers de la peau dépassent largement les risques potentiels", insistaient les docteurs Chapas et Rambhia.
De plus, il est important de rappeler que la crème solaire est à utiliser en complément des règles de base pour se protéger du soleil : limiter la durée d'exposition au soleil, sortir couvert, et rechercher l'ombre.
La Ligue contre le cancer explique par exemple sur son site les comportements à adapter face au soleil pour réduire les risques de cancer de la peau.
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