Non, le russe n'a pas cessé d'être enseigné en France

Pour l’année 2026, aucun poste d’enseignement en russe dans le secondaire n’a été ouvert par l’Education nationale, via les concours de recrutement que sont le Capes et l’agrégation. Dans ce contexte, une femme a affirmé dans une vidéo d'abord partagée sur TikTok, puis relayée sur différents réseaux sociaux, que "le russe ne sera plus enseigné en France". Mais cette affirmation est fausse : l'absence de concours de recrutement en russe cette année ne signifie pas qu'il sera désormais impossible d'apprendre cette langue à l'école. Le russe est toujours enseigné dans les établissements où il était proposé et aucun poste d'enseignant existant n'a été supprimé.

"C'est terminé, le russe ne sera plus enseigné en France", affirme une femme face caméra dans une vidéo visionnée plus de 120.000 fois et "aimée" plus de 14.000 fois depuis sa publication sur TikTok le 18 juillet 2026.

"Ça me rend malade que la politique amène à ce genre de décision", insiste-t-elle, assurant que la seule façon d’apprendre le russe serait désormais de recourir à des cours en ligne - qu'elle propose elle-même sur son site internet.

Plusieurs commentaires sous sa vidéo reprennent cette idée que la décision serait liée à un contexte politique, évoquant la guerre en Ukraine. Les internautes affirment par exemple que "la géopolitique ne doit pas influer sur la culture" ou regrettent que "la politique, ça gâche toujours tout". 

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Capture d'écran d'une publication sur X, prise le 21 juillet 2026. Croix orange ajoutée par l'AFP.

La vidéo a également circulé sur d'autres réseaux sociaux, tels que X (1, 2, 3) et LinkedIn, chaque publication reprenant la même affirmation sur la fin de l'enseignement du russe. 

La plupart de ces publications mentionnent par ailleurs le fait qu'en 2026, "aucun poste d'enseignement dans le secondaire ne sera ouvert pour la langue russe en France", ni "au Capes ni à l'agrégation, en externe comme en interne".

Cette dernière affirmation est exacte : pour la session 2026, aucun poste n'a été ouvert en russe aux concours de recrutement des enseignants du second degré, que ce soit pour le Capes, qui permet d'enseigner au collège et au lycée, ou pour l'agrégation, qui autorise en plus à enseigner en classes préparatoires (liens archivés ici et ici). 

Une recherche par mots-clés a permis d'accéder à la répartition des postes ouverts pour ces différents concours de recrutement d'enseignants de la session 2026, fixée par arrêté et publiée sur le site du ministère de l'Education nationale (liens archivés ici et ici).

Et cette année, le russe ne figure ni parmi les sections du Capes, ni parmi celles de l'agrégation, que ce soit pour les concours internes - réservés aux agents de la fonction publique justifiant déjà d'une certaine ancienneté - ou aux concours externes. Autrement dit, aucun nouvel enseignant titulaire en russe ne sera recruté pour cette session.

Pour autant, l'absence de concours de recrutement en 2026 ne signifie pas que la discipline disparaît des établissements scolaires où elle est déjà enseignée, ni que les recrutements seront forcément suspendus pour les années suivantes.

Du russe dans plus de 300 établissements

Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Education nationale a assuré le 21 juillet 2026 qu'"aucun poste de russe n'a été supprimé" et que "l'enseignement du russe continue d'être dispensé".

Les enseignants déjà titulaires continuent donc d'assurer leurs cours et les établissements proposant cette langue peuvent maintenir cet enseignement.

Sur son site, le ministère a par ailleurs publié un programme pour "l’enseignement d’approfondissement culturel et linguistique en russe" pour les sessions 2026 et 2027 du baccalauréat (lien archivé ici).

Selon les chiffres communiqués par mail par l'Education nationale, 122 enseignants de russe exercent dans le second degré public pour l'année scolaire 2025-2026, contre 121 l'année précédente. Ces chiffres restent globalement stables sur ces dernières années : 

  • 2022-2023 : 126 enseignants
  • 2023-2024 : 125 enseignants
  • 2024-2025 : 121 enseignants
  • 2025-2026 : 122 enseignants

Sylvette Soulié, présidente de l'Association française des russisants (AFR), a de son côté confirmé à l'AFP le 23 juillet 2026 que le russe est toujours proposé aux élèves dans "317 établissements en France", par des enseignants titulaires ainsi que des contractuels (liens archivés ici et ici).

Cette langue est toujours enseignée "dans toutes les académies de la France continentale", dans le public comme "dans certains établissements privés", rappelle François Laurent, ancien inspecteur pédagogique régional chargé du russe, dans les commentaires d'une publication trompeuse relayée sur LinkedIn (liens archivés ici et ici). 

Plusieurs facteurs

Comme pour les autres matières, le nombre de postes disponibles pour l'enseignement du russe aux concours de recrutement de l'Education nationale varie chaque année, en fonction notamment des départs en retraite, des fermetures de classes ou encore des créations de postes. Cette langue, considérée comme rare, se voit attribuer en général un petit nombre de postes à chaque session.

Il arrive parfois que l'un ou l'autre des concours ne propose aucune place d'enseignant de russe. C'était par exemple le cas en 2025 pour le Capes. 

L'année précédente, "l'agrégation externe et le Capes interne (en russe) étaient ouverts à 3 postes chacun", mais le Capes interne "n'a produit que 2 lauréats" sur trois places disponibles, ce qui "a conduit à ne pas rouvrir [ce concours] en 2025", a indiqué à l'AFP le ministère de l'Education nationale. Deux postes ont en revanche bien été ouverts et pourvus pour l'agrégation externe en 2025, comme le montrent les chiffres délivrés par le Snes-FSU, principal syndicat du second degré (lien archivé ici). 

Mais il reste rare qu'aucun poste ne soit ouvert dans les deux concours, par la voie interne et externe.

Parmi les éléments d'explication avancés au sujet la décision de n'ouvrir aucun poste en 2026, l'Education nationale évoque une "baisse continue du nombre de candidats" aux concours, dénombrant 71 inscrits en 202364 en 2024, puis 52 en 2025, soit trois années consécutives de diminution (lien archivé ici).

Le ministère a également a souligné que "la session 2026 s'inscrit dans le cadre de la réforme de la formation initiale" des professeurs, qui l'a conduit "à réexaminer l'ensemble des ouvertures de concours, en particulier ceux à faible flux".

Pour Marguerite Souchon, professeure agrégée de russe au lycée du Parc à Lyon, cette absence de recrutement relève surtout d'une "question de ressources humaines" (lien archivé ici).

"On ouvre des postes quand on sait qu'il y a des départs à la retraite (...) Il se peut qu'on soit tombé sur une mauvaise année", a-t-elle expliqué à l'AFP le 22 juillet 2026, tout en précisant que cela "ne préjuge absolument pas de l'avenir".

Sylvette Soulié (AFR), lie elle aussi l'absence de postes aux concours cette année à "des contraintes budgétaires", et "pas du tout une orientation géopolitique". Outre le nombre de candidats aux concours, elle rappelle que le nombre d'élèves apprenant le russe a lui aussi "légèrement baissé au fil des années".

Les données du ministère confirment cette tendance. À la rentrée 2025, 7.503 élèves du second degré public (hors enseignement à distance) apprenaient cette langue, contre 10.686 en 2020, soit une baisse d'un peu moins de 30 % en cinq ans :

  • Rentrée 2020 : 10.686 élèves
  • Rentrée 2021 : 9.959 élèves
  • Rentrée 2022 : 9.533 élèves
  • Rentrée 2023 : 8.973 élèves
  • Rentrée 2024 : 8.125 élèves
  • Rentrée 2025 : 7.503 élèves

Inquiétude pour l'avenir

Le ministère de l'Education nationale ne s'est pas encore prononcé sur la présence du russe aux concours de 2027. Mais l'absence de recrutement en 2026 ne signifie pas pour autant qu'aucun nouvel enseignant ne pourra assurer des cours de russe.

"Il y a un certain nombre de professeurs vacataires ou contractuels extrêmement dynamiques, soudés, et c'est un vivier qui se maintient bien", souligne Marguerite Souchon.

Sylvette Soulié estime toutefois que le recours à des enseignants contractuels ne peut remplacer durablement le recrutement par concours. "S'il y a des contractuels, c'est quand même nécessaire, un jour ou l'autre, de les titulariser, de façon à ce qu'ils puissent éventuellement changer de poste, demander des mutations, aller dans d'autres académies", explique-t-elle.

Du côté des syndicats enseignants, se pose également la question de l'avenir de la discipline : "Quand on ne propose aucun poste au concours, on s'inquiète forcément de ce que ça va devenir dans les prochaines années", a expliqué Matthieu Drouhin, secrétaire national du SE-Unsa, interrogé par l'AFP le 22 juillet 2026 (lien archivé ici)."Il n'y a pas de raison que les enseignants qui sont titulaires à l'heure actuelle ne puissent pas continuer d'exercer leur discipline. Mais en tout cas, on n'a pas de projection."

L'absence de concours en russe ne constitue pas un cas totalement isolé. Dans le cadre de la réforme des concours, le ministère a également renoncé à ouvrir un Capes externe de chinois pour la session 2026, invoquant, là aussi, le faible volume de recrutements nécessaires. Cette décision avait suscité l'incompréhension d'étudiants préparant le concours depuis plusieurs mois (lien archivé ici).

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