Arnaque aux cryptomonnaies : l'identité d'Elise Lucet de nouveau usurpée

Les identités de médias et de personnalités publiques sont régulièrement usurpées pour promouvoir de faux placements financiers. Depuis quelques jours, des articles publiés sur un site ressemblant à celui de franceinfo, relayés sur les réseaux sociaux notamment via des publications sponsorisées, font le récit d'une "confrontation" entre la journaliste Elise Lucet et le directeur général de la banque BNP Paribas au sujet d'une supposée plateforme d'investissement qui générerait "des rendements de 23% par an". Mais ces articles sont des faux et cachent une escroquerie maintes fois mise au jour par l'AFP et d'autres médias, visant à séduire les internautes en leur faisant miroiter des gains rapides.

"Immonde. Seuls les déjà riches ont le privilège de s'enrichir encore plus en faisant fructifier leur argent grâce à des plateformes de placements gérés par l'IA auxquelles eux seuls ont accès",  affirme dans un tweet un internaute. Il partage des captures d'écran d'un supposé article de franceinfo qui présenterait les révélations d'une enquête de l'émission Cash Investigation "sur la technologie que les banques réservent aux riches"

D'autres internautes sur Facebook (1,2,3) ont également partagé cet article.

Il s'agit en réalité d'un piège, conçu de la même manière que celui décrit dans ce précédent article, ou celui-ci : tout commence sur X et Facebook, via des fausses publicités aguicheuses qui mènent à un faux article d'un site imitant celui de franceinfo.

Moins de deux mois après une arnaque à la cryptomonnaie mettant en scène François Villeroy de Galhau, ancien gouverneur de la Banque de France, et Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E. Leclerc dans un faux article du Figaro, c'est donc au tour d'Elise Lucet d'être - à nouveau - la cible d'une usurpation d'identité. 

L'AFP a identifié au moins deux faux articles (1,2) qui circulent actuellement. 

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Capture d'écran prise le 16 juillet 2026 de deux faux articles usurpant l'identité d'Elise Lucet. Croix rouges et logos Ai ajoutés par l'AFP.

Dans un style théâtrale et peu crédible, ils décrivent une confrontation entre Elise Lucet et le directeur général de BNP Paribas, Jean‑Laurent Bonnafé, dans le cadre d'une supposée enquête de Cash Investigation sur des plateformes d'investissement algorithmiques réservés aux "ultra-riches" et aux banques. 

Reprenant une rhétorique anti-banques caractéristique de ce genre d'arnaques, il est écrit : "LUCET (face caméra) : 'Je veux que chacun d'entre vous qui nous regarde réalise ce qu'il vient d'entendre. Votre banque — celle où vous allez chaque mois — possède une technologie qui peut changer votre vie financière. Et consciemment, elle vous la cache. Non pas parce qu'elle est illégale ou dangereuse, mais parce qu'au moment où vous commencez à gagner par vous-même, vous cessez de lui servir.' "

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Capture d'écran prise le 17 juillet 2026 d'un extrait d'un faux article mettant en scène Elise Lucet avec Jean-Laurent Bonnafé, avec une photo générée par IA (logo ajouté par l'AFP)

La soi-disant conclusion est simple : investissez 250 euros sur la plateforme et vous recevrez des milliers d'euros. 

Pour tenter de convaincre les lecteurs, le faux site est agrémenté de photos (générées par intelligence artificielle) et de témoignages. Ainsi, un certain "Jean-Pierre" de Toulouse,  raconte avoir remboursé ses 47.000 euros de dettes en trois semaines, après avoir "emprunté 250 euros à sa mère". 

Une photo est censée l'identifier, mais grâce à une recherche d'image inversée, l'AFP a retrouvé plusieurs articles frauduleux utilisant cette même photo, lui attribuant différentes identités. 

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Captures d'écran faites le 16 juillet 2026 d'une photo utilisée dans plusieurs articles frauduleux. Floutage effectué par l'AFP.

Plusieurs indices révèlent qu'il s'agit de faux articles : l'adresse URL n'est pas "https://www.franceinfo.fr/" mais des adresses douteuses qui commence par "https://aloudgrid.world/" et "https://floretincosmetics.com/".

Aucune des rubriques du site internet ne renvoient vers la page idoine, mais elles dirigent vers des plateformes d'investissements ou une page de conversation avec une "conseillère". 

A la fin du faux article de franceinfo figure même un mode d'emploi sur l'utilisation de la plateforme d'investissement prétendument vantée par Elise Lucet. "Ce n'est pas du tout dans la ligne éditoriale d'un éditeur média comme le nôtre", a expliqué à l'AFP Gautier Curtil, directeur de la communication digitale du groupe France Télévisions le 17 juillet.

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Les deux faux articles que nous avons identifiés mentionnent "Garlenix" et de "Ameix Trade 2.5" qui se présentent comme des plateformes de trading en cryptomonnaies utilisant l'IA. "Gagnez entre 1.100 € et 2.400 € par jour avec une plateforme d’investissement intelligente", promet ainsi le site de Garlenix. 

"Faisceaux d'indices graves et concordants"

Comment savoir si ces plateformes sont frauduleuses ? Selon l'autorité des marchés financiers (AMF), certains signaux doivent alerter : "on vous promet des rendements très élevés et sans risque, vous devez prendre une décision rapidement, vous devez effectuer un virement sur un RIB à l'étranger."

L'AMF donne aussi accès aux listes noires des entités non autorisées à proposer des produits ou services financiers en France, mais un délai est nécessaire pour qu'elles y figurent. Ainsi, la plateforme "Mon Vaul", mentionnée dans un faux article du Monde affirmant que Brigitte Bardot avait fait fortune grâce au trading en cryptomonnaie, a été ajoutée en juin 2026 à la liste noire crypto-actifs, alors que l'arnaque avait été détectée par l'AFP en janvier 2026. 

"Attention : ce n’est pas parce qu’un site est absent de la liste noire qu’il est forcément autorisé ! Cette liste est non exhaustive car de nouveaux acteurs non autorisés apparaissent fréquemment", prévient ainsi l'AMF. 

Si les deux plateformes Garlenix et Ameix Trade 2.5 ne figurent pas sur ces listes noires, d'autres indices peuvent susciter la méfiance,  a expliqué à l'AFP le 17 juillet 2026 Jocelyn Ziegler, avocat spécialisé en accompagnement des victimes d’arnaques sur Internet au sein du cabinet Ziegler & Associés. 

Premièrement, et contrairement à ce que ces plateformes indiquent sur leur site, "il n'existe toujours pas d'IA d'investissement ni de robot trading qui travaille votre argent pour vous".

De plus, Me Ziegler relève que "les mentions légales ne respectent pas" les règles européennes en la matière. "Normalement, vous devez avoir le nom de la société, l'adresse postale, le numéro de téléphone". 

Dans le cas de Garlenix, le site revendique un chiffre d'affaires de "13 billion" (13 milliards en anglais), or il a été créé en mai 2026, selon le site Whois qui donne des informations sur les noms de domaine.

"Pour réaliser ce type de performance, il faut vraiment beaucoup d'années. Si le nom de domaine est très récent, il y a de grandes chances que ce soit une arnaque financière", souligne Me Ziegler. 

Enfin, aucune de ces deux plateformes n'indique de "licence AMF", relève l'avocat, qui estime après analyse des deux sites et au vu des "faisceaux d'indices graves et concordants" qu'il s'agit d'arnaques financières. 

L'objectif des escrocs est de convaincre un internaute peu alerte de transmettre son numéro de téléphone pour ensuite être contacté par un faux conseiller en investissement. Celui-ci lui proposera d'investir une somme autour de 100 à 250 euros, qui permet de "tester" une victime, comme Jocelyn Ziegler, l'expliquait déjà en juin 2026 dans cet article de vérification

"Quelques jours après, les escrocs vont le recontacter en disant que le robot trading a très bien travaillé et que ça a généré un certain montant et que s'il veut avoir beaucoup plus de gains, il faut investir davantage", avait ajouté l'avocat

Une fois les sommes transférées, parfois jusqu'à en vider des comptes bancaires, les pseudo traders prétextent souvent une fausse taxe ou une commission pour retirer leurs supposés gains. C'est souvent à ce moment-là que les victimes se mettent à douter. Mais il est trop tard, selon Me Jocelyn Ziegler, donc certains clients ont perdu jusqu'à 800.000 euros, hameçonnés par de fausses publicités. 

"Surtout, n'y allez pas" 

"Je suis la personne la plus visée à France Télévisions par des détournements de visages, d'identités, par photos, vidéos, messages, la plupart du temps pour envoyer vers des sites d'escrocs de cryptomonnaies", a déploré auprès de l'AFP Elise Lucet, le 16 juillet.

D'après l'avocat Jocelyn Ziegler, Elise Lucet et la journaliste Anne-Claire Coudray "représentent à peu près 40% des arnaques [traitées dans notre cabinet] sur l'année 2025.

Pour alerter les internautes, Elise Lucet a d'ailleurs publié une vidéo face caméra en octobre 2025 (lien archivé ici).

La journaliste publie aussi régulièrement des messages sur les réseaux sociaux pour "prévenir", "disant 'surtout, n'y allez pas, ce sont des escrocs.'" 

"Je connais des gens qui ont déjà perdu de l'argent, des gens qui sont prêts à miser et me disent 'vous êtes avec le patron de la Banque de France ou alors avec le patron de la BCE, donc c'est crédible, dites-moi ce qu'il faut faire pour que je gagne beaucoup d'argent, pour que j'ai une petite retraite.' Donc, je leur réponds, je leur envoie des textos, je leur envoie des mails, je réponds par courrier", raconte la présentatrice de Cash Investigation.  

"J'essaie au maximum de contenir le truc, mais c'est sans fin, ça n'arrête pas", a-t-elle ajouté. 

Pour le directeur de la communication digitale du groupe France Télévisions, Gautier Curtil, "il y a un vrai sujet de responsabilité des plateformes. C'est-à-dire que Meta se fait de l'argent avec ces faux contenus, puisque derrière, il y a des gens mal intentionnés qui payent pour que ces contenus soient sponsorisés et arrivent sur nos fils. Le même contenu peut être publié par 10, 20 ou 50 comptes différents."

Une enquête de Reuters, publiée en novembre 2025, révélait ainsi que l’achat de publicités frauduleuses pourraient représenter 10% des revenus annuels de l’entreprise Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp...), soit environ 16 milliards de dollars (lien archivé ici).

"Comme ils se font de l'argent avec ces contenus, les plateformes traînent un peu des pieds à les faire disparaître", dénonce M. Curtil.

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