Attention à ces images anciennes laissant croire que le chef de la junte malienne est "reparti au front"
- Publié le 29 avril 2026 à 18:23
- Lecture : 5 min
- Par : Emilie BERAUD, AFP Afrique
Ciblé par des attaques coordonnées des jihadistes et rebelles touareg le 25 avril dernier, le Mali fait face à une situation sécuritaire critique, sans précédent depuis près de 15 ans. Après ces assauts, le chef de la junte malienne Assimi Goïta n'est pas réapparu pendant plusieurs jours, laissant planner le doute sur son état de santé et sur sa sécurité. S'il a pris la parole publiquement depuis, des posts diffusés sur les réseaux sociaux dans l'intervalle ont prétendu qu'il était déjà "reparti au front" auprès des forces armées maliennes, images à l'appui. Mais ces visuels sont trompeurs : en réalité, ils ont été pris il y a plusieurs années et n'ont aucun lien avec l'actualité du Mali.
La fébrilité règne au Mali, quatre jours après des attaques coordonnées sans précédent des jihadistes et des rebelles touareg, qui se sont emparés le weekend dernier de la ville stratégique de Kidal, forçant les paramilitaires russes de l'Africa Corps à s'en retirer. Ces assaillants continuent d'avancer dans le nord du pays, face à une junte plus affaiblie que jamais et dans une "situation difficile", de l'aveu même de son allié russe.
Depuis les assauts coordonnés menés le 25 avril par les jihadistes du JNIM, alliés aux indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA), le leader malien Assimi Goïta n'était plus réapparu.
Il s'est finalement exprimé pour la première fois le 28 avril, lors d'une adresse à la nation diffusée sur l'ORTM, chaîne publique malienne. Après plusieurs jours d'absence et de mutisme, il a aussi fait le même jour sa première apparition publique, mettant fin à de nombreuses spéculations sur son sort (dépêche archivée ici).
En fin de journée, la Présidence malienne a ainsi publié des photos montrant Assimi Goïta au chevet de civils blessés et auprès de la famille du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, tué au cours des récentes attaques meurtrières (lien archivé ici).
ATTAQUE DU 25 AVRIL : Visite du Président de la Transition aux blessés et condoléances à la famille du Général de corps d’Armée Sadio CAMARA pic.twitter.com/29hnSG9zwT
— Presidence Mali (@PresidenceMali) April 28, 2026
Lors de son énigmatique disparition du paysage politique malien, dans un contexte où des rumeurs laissaient entendre que le colonel aurait fui vers le Niger ou qu'il serait reclus dans la capitale Bamako, plusieurs comptes ont prétendu sur Facebook qu'il était au contraire déjà "reparti au front".
"Voilà la raison de son silence", a par exemple écrit l'auteur d'un post Facebook mis en ligne le 28 avril 2026, en légende d'une image montrant Assimi Goïta assis dans un véhicule et muni d'un fusil d’assaut de type Kalachnikov.
Un autre visuel publié le 28 avril le montre donner une interview sur le terrain, casque vissé sur la tête. L'acronyme de la radio-télévision belge RTBF, visible sur cette image, laisse croire qu'elle aurait été diffusée par ce média.
Mais ces images sont anciennes et ont été sorties de leur contexte pour faire croire à une apparition récente du général Assimi Goïta aux côtés des forces maliennes.
Images anciennes
Nous avons tenté de les retrouver en réalisant, dans un premier temps, une recherche d'image inversée sur Google Lens.
Concernant la photo d'Assimi Goïta donnant une interview en tenue militaire, cette méthode nous a conduit à une publication mise en ligne sur Facebook le 23 octobre 2020 par les forces armées maliennes (lien archivé ici). Quatre photos y figurent, dont celle-ci.
En légende, on apprend que ces clichés montrent la visite d'Assimi Goïta à Farabougou, localité du centre du Mali, où il s'est rendu le 23 octobre 2020 "pour apprécier la situation".
Au moins cinq habitants de ce village avaient été tués quelques jours plus tôt par de présumés jihadistes, qui avaient alors assiégé la commune, avait à l'époque appris l'AFP auprès de témoins et de responsables locaux (lien archivé ici).
Le visuel montrant le dirigeant malien devant un micro, sur le champ de bataille, n'a donc aucun lien avec les récentes attaques au Mali. Par ailleurs, l'inscription "RTBF" qu'il affiche n'est absolument pas conforme à la charte graphique du média et semble avoir été grossièrement ajouté au montage.
Pour ce qui est des deux autres images que nous vérifions, nous avons retrouvé l'une d'entre elles sur le portail d'actualité Maliweb.net, via une recherche d'image inversée effectuée sur TinEye (lien archivé ici).
D'après la radio malienne Nieta, dont une partie des contenus est hébergée sur ce site, le cliché montrant Assimi Goïta lourdement armé et casqué date en réalité du 3 décembre 2020. L'AFP n'a pas été en mesure de déterminer son exact contexte d'origine, mais elle a en tout cas bien été prise des années avant les attaques menées fin avril au Mali.
Enfin, l'image sur laquelle on voit un groupe de militaires rassemblés sur un terrain vague est elle aussi ancienne. Nous l'avons retrouvée, via une recherche d'image inversée sur Google Lens, sur le compte X d'Assimi Goïta (lien archivé ici). Elle a été mise en ligne sur le réseau social le 1er février 2021, dans un thread évoquant la nuit du 23 au 24 janvier de la même année.
Deux attaques étaient survenues cette nuit-là dans le centre du Mali, au cours desquelles six soldats maliens avaient été tués et 18 autres blessés. Les auteurs de ces assauts avaient été repoussés avec l'aide des forces françaises, encore présentes dans le pays à l'époque (dépêche AFP archivée ici).
Situation sécuritaire critique
Le 29 avril 2026, les indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) ont annoncé leur intention de conquérir les grandes villes du Nord du Mali et prédisent que la junte au pouvoir "va tomber", face à l'offensive de leur rébellion alliée aux jihadistes du JNIM lancée samedi (dépêche AFP archivée ici).
Ces déclarations à l'AFP du porte-parole du FLA Mohamed Elmaouloud Ramadane sont une réponse directe à la prise de parole la veille du chef de la junte malienne, qui a assuré après trois jours de silence que la situation sécuritaire dans le pays était "maîtrisée".
Le Mali fait malgré tout face à une situation sécuritaire critique et sans précédent depuis près de 15 ans et les événements de mars 2012.
A l'époque, des rebelles indépendantistes touareg, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle de Kidal, Gao puis Tombouctou.
Les attaques coordonnées du 25 avril ont coûté la vie à au moins 23 morts civils et militaires, selon une source hospitalière à l'AFP.
Copyright AFP 2017-2026. Toute réutilisation commerciale du contenu est sujet à un abonnement. Cliquez ici pour en savoir plus.
