Le basilic africain n’est pas un traitement scientifiquement prouvé contre la sinusite
- Publié le 7 janvier 2026 à 14:34
- Lecture : 4 min
- Par : SUY Kahofi, AFP Côte d'Ivoire
La sinusite est une inflammation fréquente des cavités osseuses du visage et du crâne due à un virus ou à une bactérie. Selon une vidéo partagée des milliers de fois sur Facebook, les feuilles de basilic africain permettraient de guérir cette affection, après macération dans le creux de la main et administration par voie nasale. Il n’existe cependant aucun consensus scientifique autour de l’utilisation de cette plante comme traitement de la sinusite, ont expliqué plusieurs professionnels de santé à l’AFP. Cette plante permet de soulager certains symptômes, mais pas de soigner la maladie, expliquent-ils, rappelant les dangers que peut engendrer l’automédication.
Dans une vidéo publiée sur Facebook le 25 décembre et partagée plus de 3.000 fois depuis, un homme recommande face caméra un "traitement de la sinusite" à base de basilic africain, aussi appelé faux basilic, basilic sauvage, thé de Gambie ou encore tchiayo dans certains pays d’Afrique de l’Ouest (lien archivé ici).
Bouquet à la main, il conseille à ses plus de 62.000 followers de "macérer dans la paume chaque matin" les feuilles de cette plante. "Vous mettez dans le nez sur sept jours", ajoute-t-il dans cette séquence d’environ une minute.
Le compte de cet internaute propose très régulièrement des pseudos remèdes et autres astuces de santé basés sur l’usage de plantes. Établi au Ghana, il se présente sur son profil comme étant le Dr. Angovi Boadi Benny, "consultant médical" et "spécialiste en plantes médicinales".
Cette vidéo cumule plus de 10.000 mentions "j'aime" et 500 commentaires. Certains internautes se félicitent de cette astuce, quand d’autres émettent des réserves sur l’efficacité du traitement proposé.
A juste titre : car si le basilic africain est utilisé dans des thérapies alternatives pour soulager certains symptômes de la sinusite, il ne constitue pas un traitement efficace contre la maladie, ont expliqué plusieurs professionnels de santé à l’AFP, rappelant les dangers que peut engendrer l’automédication.
"Pas de fondement scientifique"
La sinusite est une affection fréquente, qui touche chaque année environ 15% de la population mondiale dans sa forme aiguë (résolue en moins de quatre semaines) et environ 9% dans sa forme chronique (plus de 12 semaines) (liens archivés 1, 2, 3).
Elle est causée par des inflammations (allergies, pollution, infections) des sinus, souvent virales pour les formes aiguës, mais potentiellement bactériennes ou fongiques, menant à des symptômes comme maux de tête et congestion nasale.
Le docteur Basile Landis, responsable de l’unité de rhinologie-olfactologie au CHU de Genève, rappelle que les différentes déclinaisons de la maladie (bactérienne, virale, lié à l’exposition professionnelle, aigue, chronique, etc..) font qu'aucun remède n'est valable "pour toutes les sinusites".
Quant à traiter la maladie avec des feuilles de basilic africain comme suggéré dans la vidéo, "ce remède n’a pas de fondement scientifique", a-t-il martelé auprès de l'AFP.
Son confrère le docteur Djean Basile, médecin-chef du centre de Protection Maternelle et Infantile de Dimbokro au centre de la Côte d’Ivoire, emploie exactement les mêmes termes. "Ce remède n’a aucun fondement scientifique", a-t-il confirmé à l’AFP, "et peut pousser des patients à abandonner leur traitement homologuéet indiqué en milieu hospitalier (antibiotiques, corticoïdes, lavages salins, drainage, selon le cas)".
Le basilic africain, "ocimum gratissimum" de son nom scientifique, "est réputé dans la médecine traditionnelle africaine" - médecine non conventionnelle qui promeut des thérapies alternatives non reconnues sur le plan scientifique - pour ses supposées propriétés apaisantes "dans le traitement des voies respiratoires supérieures (toux, pneumonie, etc.) et des troubles digestifs (diarrhée, dysenterie, etc.), des pathologies de la peau, fièvre, maux de tête et conjonctivite", notait en 2013 la Pharmacopée d'Afrique de l'Ouest (p.136, lien archivé ici), un ouvrage encyclopédique sur les plantes édité par l'Organisation Ouest Africaine de la Santé.
Cependant, l'ouvrage soulignait déjà en 2013 qu'aucune donnée clinique n'était disponible quant à l'efficacité réelle de ce traitement. Depuis cette date, plusieurs études se sont penchées sur d'éventuelles propriétés anti-inflammatoires (ici), anti-bactériennes (ici) et anti-fongiques (ici) d'extraits de cette plante. Mais aucune ne fait état de propriétés avérées dans le traitement de la sinusite, soulignent tous les experts interrogés par l’AFP (liens archivés 1, 2, 3).
Le basilic africain "n’a pas la capacité de guérir la sinusite", a lui aussi indiqué à l’AFP Bini Kouakou, enseignant-chercheur et fondateur du Centre de Naturothérapie Spécialisé en Sinusite (CNS-Sinusite) de Côte d’Ivoire. Il explique que la plante peut avoir "un effet calmant" sur les symptômes de la maladie, mais non la guérir.
"Les patients qui l’utilisent indiquent que la plante calme des maux de tête ou soulage des effets de nez bouché. La plante soulage mais elle n’est pas un traitement contre la sinusite", martèle-t-il, soulignant que son usage provoque par ailleurs "de fortes brûlures avant que le patient ne puisse constater une forme de soulagement".
Dangers de l’automédication
De son côté, le docteur Djean Basile rappelle qu’il est important de se rendre dans un centre de santé si l’on observe un symptôme de la sinusite, car "seul un professionnel de la santé peut réaliser un diagnostic correct : toute automédication peut aggraver la maladie" (lien archivé ici).
Une sinusite non traitée peut en effet entraîner des complications locales (otites, bronchites), régionales (cellulite orbitaire avec œdème, troubles de la vision), voire graves et potentiellement mortelles (méningite, abcès cérébral ou épidural, thrombose du sinus caverneux) par propagation de l'infection aux yeux ou au cerveau, nécessitant une prise en charge médicale urgente (lien archivé ici).
La désinformation en santé est une pratique assez courante sur les réseaux sociaux. Elle désigne la diffusion d’informations fausses, trompeuses ou sorties de leur contexte concernant des sujets médicaux, scientifiques ou sanitaires. Elle circule massivement sur les réseaux sociaux, les messageries privées, certains sites, vidéos, ou même via des influenceurs.
Les principaux types de désinformation en santé sont basés sur les remèdes "miracles" qui sont des produits non prouvés présentés comme traitements rapides ou naturels (souvent associés à un but commercial), le détournement d’études scientifiques en exposant une mauvaise interprétation dans le but des tromper les internautes, les fausses expertises venant "d’experts" autoproclamés sans qualification ou sortis de leur domaine. A cela s’ajoute, les théories complotistes reprenant des narratifs autour de laboratoires et de vaccins.
AFP Factuel a déjà déconstruit plusieurs fausses informations de ce genre comme ici, ici et ici.
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