Attention, cette vidéo au Burkina Faso date de 2022

Le Burkina Faso est frappé depuis près de dix ans par des attaques de groupes jihadistes. Le pays sahélien est dirigé depuis septembre 2022 par un régime militaire issu d'un coup d'État, tout comme ses voisins du Mali et du Niger. Ensemble, ils ont créé en 2023 l'Alliance des États du Sahel (AES), une coopération de défense, et ont quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qu'ils accusent d'être inféodée à Paris et de ne pas les soutenir suffisamment dans la lutte contre les jihadistes. Fin juillet, une vidéo montrant une prétendue riposte meurtrière récente de l'armée burkinabè a circulé sur les réseaux sociaux, pour illustrer l'efficacité de l'AES. Mais attention, ce message viral est trompeur : ces images de dizaines de cadavres présentés comme des "terroristes" tués par l'armée datent en réalité de mai 2022, avant même le coup d'État qui a porté l'actuel régime militaire au pouvoir et la création de l'AES.

Des publications partagées des dizaines de fois sur Facebook et Twitter depuis le 21 juillet diffusent une vidéo d’une minute montrant des dizaines corps inertes étendus sur un sol en latérite face à une longue rangée de motos (archivés ici et ici). Les cadavres sont floutés.  

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Capture d'écran d'un post trompeur sur X (ex twitter), réalisée le 29 juillet 2024

Un voix off déclare en français : "voici en image, la victoire du détachement militaire de Bourzanga contre les terroristes."

"Venus par centaine à l'aube, les terroristes ont croisé le fer à la détermination des soldats, après l'échec de prendre le camp et aux lourdes pertes subies, c'est la débandade. Quarante-cinq terroristes abattus, selon le bilan dressé à chaud par l'armée", continue celle-ci. 

Selon la voix off, un important lot de matériel militaire, dont un blindé, des pick-ups et une quarantaine de motos ont été abandonnés par les assaillants, images à l'appui. 

La légende de ces publications célèbre l’armée burkinabè, ainsi que l’Alliance des Etats du Sahel (AES), présentée par un internaute comme "remède contre les terroristes"; et laisse croire à une action militaire récente. 

Pourtant, la vidéo est ancienne. Elle montre la riposte meurtrière de l'armée burkinabè après l'attaque de l'une de ses bases en mai 2022, soit quatre mois avant le coup d'Etat qui a porté l'actuel régime militaire au pouvoir et plus d'un an avant la création de l'AES. 

La vidéo que nous vérifions avait déjà été partagée en début d’année mais cette fois-ci au Nigeria, toujours avec une légende trompeuse: des internautes prétendant ainsi montrer des "jihadistes" tués au Burkina Faso alors qu'ils tentaient de traverser la frontière vers le pays le plus peuplé d'Afrique.

Une précédente vérification de l’AFP en anglais avait démontré qu’il n’en était rien.

Attaque de 2022

L’AFP a procédé à une recherche d'images inversées pour trouver de précédentes occurrences de la vidéo virale sur Internet. Des images similaires apparaissent dans une série de photos publiée le 21 mai 2022 sur Facebook. On y voit le même sol en latérite , les mêmes motos et le même blindé militaire  (archivée ici ).

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Une comparaison de la publication Facebook de mai 2022 (à gauche) avec la fausse publication sur X, réalisée le 29 juillet 2024

"Burkina Faso/Point sur la défaite subie par les terroristes qui ont attaqué la base militaire de Bourzanga", annonce cet autre post sur Facebook. 

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Localisation de Bourzanga (infographie AFP)

La dernière photo de cette publication est un communiqué de presse datant du 21 mai 2022, floqué du logo des Forces armées du Burkina Faso.

Le même communiqué de presse et les mêmes images ont été publiés le 21 mai 2022  sur la page Facebook de l'État-Major burkinabè (archivée ici).

"Le détachement militaire de Bourzanga (situé dans la province du Bam, centre-nord) a vigoureusement repoussé une attaque lancée contre sa base militaire, samedi 21 mai 2022", informe ledit communiqué .

Une recherche sur Google avec les mots-clés "attaque base Bourzanga", permet de retrouver plusieurs reportages publiés en mai 2022, dont une dépêche de l’AFP qui souligne de violents affrontements qui ont entraîné la mort d'au moins cinq soldats et de trente assaillants.

Images d'origine 

En combinant la date de l'attaque avec des indices contenus dans la vidéo virale, l'AFP a retrouvé la séquence d’origine.

Un responsable militaire interviewé à la toute fin de la vidéo vérifiée s’exprime à un micro portant le logo de la Radiodiffusion Télévision du Burkina Faso (RTB), la chaîne nationale de télévision.

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Mise en exergue du logo de la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB)

La recherche sur YouTube avec les mots-clés "RTB Bourzanga mai 2022", nous a permis de trouver la séquence-source dans un bulletin d'information publié sur la chaîne YouTube de  RTB (archivé ici).

 

Il s'agit exactement des mêmes images et de la même voix off dans la séquence virale et dans ce reportage publié par la RTB. 

On retrouve la séquence montrant le sol jonché de cadavres et les motos abandonnés. 

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Une comparaison d'une scène de la vidéo virale (à gauche) avec une séquence du reportage de la RTB (à droite), réalisée le 30 juillet 2024

Puis celle du matériel militaire saisi. 

Enfin, à partir de  06'50”,  la séquence avec le commandant des forces burkinabè qui déplore la "perte de 5 héros". 

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Une comparaison d'une scène de la vidéo virale (à gauche) avec une séquence du reportage de la RTB (à droite), réalisée le 29 juillet 2024

Cette vidéo est donc ancienne et n’a aucun lien avec l’AES.

Création de l’Alliance des Etats du sahel

Le Burkina Faso est gouverné par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir en septembre 2022 par un coup d'Etat et qui avait promis de rétablir la sécurité dans ce pays ciblé depuis près de dix ans par les jihadistes. 

Les autorités ne communiquent plus depuis des mois sur les attaques jihadistes mais affirment régulièrement obtenir des victoires bien qu'une partie du territoire reste hors de contrôle de l'armée.

Le pays s'est rapproché de ses deux voisins, le Mali et le Niger, eux aussi ciblés par des attaques et gouvernés par des régimes militaires arrivés au pouvoir par des putschs. 

Ensemble, ils ont formé une organisation, baptisée Alliance des Etats du Sahel (AES), en septembre 2023 et se sont retirés de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) fin janvier (dépêche AFP archivée ici).

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Le chef du gouvernement militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani (au centre), le colonel malien Assimi Goita (à gauche) et le capitaine burkinabé Ibrahim Traoré (à droite) montrent les documents de la Confédération des États du Sahel (AES) signés lors de leur premier sommet à Niamey le 6 juillet 2024. (AFP / -)

Début juillet, cette alliance est devenue une confédération de quelque 72 millions d'habitants entre les trois États, lors d'un sommet inédit à Niamey. 

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