Cette tombe n’a pas été cadenassée pour lutter contre la nécrophilie au Pakistan

La photo d'une tombe recouverte d'une grille cadenassée est utilisée sur les réseaux sociaux depuis fin avril pour montrer prétendument un cimetière pakistanais où le verrouillage des sépultures empêcherait les "viols" sur des cadavres de femmes. Mais c’est faux : ce cliché a été pris à Hyderabad en Inde, et selon le représentant de la mosquée locale, le tombeau a été fermé à clé pour empêcher d'autres familles d'enterrer leurs proches sur la même parcelle.

"Ce que vous voyez là c'est la tombe d'une femme au Pakistan", croit savoir un internaute de la République démocratique du Congo (RDC) dans une publication Facebook du 28 avril. Il affirme que les parents de la défunte "ont jugé bon" de cadenasser sa sépulture parce qu’après “l'enterrement des individus appelés nécrophiles reviennent sortir le corps de la tombe afin de coucher avec pour leurs rituels”.

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Capture d'écran d'une publication sur Facebook, réalisée le 9 mai 2023

La photo montre une tombe au-dessus de laquelle est posée une grille en fer verte, verrouillée d’un cadenas.

Ce cliché et le message trompeur qui l’accompagne ont également été largement relayés dans des publications en anglais, notamment dans un tweet partagé plus de 3.000 fois.

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Capture d'écran d'une publication sur Facebook, réalisée le 2 mai 2023

Harris Sultan, auteur pakistanais basé en Australie, a contribué à rendre ce message viral sur Twitter, arguant que "les gens mettent maintenant des cadenas sur les tombes de leurs filles pour empêcher qu'elles se fassent violer". Il dit condamner la "société sexuellement frustrée" du Pakistan.

Il a ensuite supprimé son tweet et expliqué que son affirmation était incorrecte -- mais a noté que des cas de nécrophilie avaient été signalés au Pakistan (lien archivé ici).

L'image de la tombe verrouillée s'est également propagée en Inde, où la photo virale a été reprise par divers organes de presse affirmant à tort qu'elle avait été prise au Pakistan, notamment le Times of India, Asian News International (ANI) et le journal en langue hindi Amar Ujala .

Tombe verrouillée en Inde

Une recherche par mot-clé en anglais sur Twitter a permis de trouver la même photo dans un tweet d’un activiste en Inde, Mohammad Asif Khan. Il a tweeté le 30 avril que la tombe en question se trouvait à Hyderabad en Inde, et non au Pakistan (lien archivé ).

L'AFP a géolocalisé le cimetière où la photo a été prise (lien archivé ici) à l'aide des images de Google Street View. Le cimitière se trouve en face d'une mosquée d'Hyderabad appelée Masjid-e-Salar Mulk.

Un journaliste de l'AFP à Hyderabad s'est rendu dans ce cimetière le 2 mai et a pris une photo de la même tombe.

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Comparaison d'une capture d'écran de l'image du faux message et d'une photo de la tombe verrouillée prise par un photographe de l'AFP (à droite) ( Noah Seelam)

Le tweet de l’activiste Mohammad Asif Khan comprenait une vidéo du muezzin de la mosquée, Muqtar Sahab, expliquant que la tombe avait été barricadée pour empêcher qu’une autre dépouille soit enterrée au-dessus de la tombe existante.

"Cette tombe a environ deux ans et la seule raison pour laquelle on la verrouille est que beaucoup de gens enterrent des cadavres dans d'anciennes tombes, sans autorisation", dit-il en langue hindi.

"Souvent, les gens enterrent une autre personne au-dessus d'une précédente tombe et plus tard, lorsqu'une personne vient rendre hommage à un ancêtre, elle est déçue de ne pas retrouver sa tombe", a-t-il déclaré.

Il a ajouté que la famille du défunt enterré dans la tombe photographiée n'avait pas demandé l'autorisation des autorités de la mosquée pour installer la grille.

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