Le président chinois Xi Jinping (gauche) et son homologue rwandais Paul Kagame (droite) pendant une conférence de presse à Urugwiro Village, le 23 juin 2018 au Rwanda. ( AFP / SIMON MAINA)

Non, Paul Kagame n'a pas ordonné l'expulsion du Rwanda de 18 investisseurs chinois

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Une ancienne rumeur selon laquelle le président rwandais Paul Kagame aurait "ordonné l'expulsion immédiate de 18 ressortissants chinois" pour "maltraitance" envers leurs employés rwandais a resurgi sur les réseaux sociaux. Attention, c'est faux: les autorités rwandaises comme chinoises ont une nouvelle fois démenti cette information, deux ans après leurs premières déclarations au sujet de cette infox.

"Dernières nouvelles: le chef des géants africains, président du Rwanda, le général Paul Kagame, a ordonné l'expulsion immédiate de 18 ressortissants chinois", affirment plusieurs publications circulant sur Facebook en Afrique de l'Ouest.

Ces investisseurs auraient "été reconnus coupables de maltraitance des travailleurs rwandais et d’arrachage de terres sur lesquelles ils exploitaient leur entreprise", poursuivent les internautes.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 24 juin 2022

Ces publications ont été partagées plus d'une centaine de fois depuis le 13 juin (1, 2, 3…). Cette allégation a également circulé sur Twitter. En anglais, elle a été partagée sur plusieurs plateformes (ici, ici et ici). 

Plusieurs médias locaux ont repris cette rumeur, notamment Petites Annonces en Afrique et IOL (en anglais). 

Elle est réapparue sur les réseaux sociaux aussi bien en anglais qu'en français le jour de la diffusion d'un documentaire de la British Broadcast Corporation (BBC) intitulé "Racisme à vendre" (Racism for sale), qui révélait comment des créateurs de contenus chinois avaient forcé des enfants au Malawi à chanter des insultes racistes en chinois devant leur caméra - avant de vendre ces images.

"Fake news"

Attention cependant: cette rumeur est fausse, selon les autorités du Rwanda et de la Chine.

"C'est une fake news, rien de tel n'est arrivé", a déclaré la porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo sur Twitter le 14 juin, en réponse à une internaute qui l'interrogeait à ce sujet.

"Il s'agit tout simplement d'une répétition de la même rumeur, depuis trois ans", a pour sa part commenté sur Twitter Hudson Wang, chancelier économique et commercial de l'ambassade chinoise au Rwanda.

L'AFP avait déjà vérifié plusieurs fois cette rumeur en 2020 (en anglais et en français) puis en 2021, lorsqu'elle était réapparue sur Facebook (en anglais). 

L'ambassade chinoise au Rwanda avait déclaré à l'AFP en 2021 que les deux pays "s'engageaient à approfondir leur coopération bilatérale et à ce que les peuples chinois et rwandais en bénéficient". 

Cette "fake news" a pour but d'"empêcher la bonne tenue de cette coopération économique et de cette amitié entre nos peuples", a jugé sur Twitter le 15 juin Hudson Wang.

Tensions sino-africaines

Les tensions entre les populations locales et la diaspora chinoise présente dans différents pays d'Afrique subsaharienne ont été ravivées ces dernières années, dans un contexte d'implantation économique de plusieurs acteurs chinois - notamment dans le secteur minier.

Le président chinois Xi Jinping (sur l'écran) prononce un discours lors du sommet pour la Coopération sino-africaine à Dakar, au Sénégal, le 29 novembre 2021. ( AFP / SEYLLOU)

Les images, vidéos et affirmations - vérifiées ou non - sur la maltraitance chinoise d'ouvriers africains, sont aujourd'hui monnaie courante sur les réseaux sociaux en Afrique de l'Ouest.

En avril 2022, un ressortissant chinois a été condamné à 20 ans de prison pour avoir torturé des mineurs locaux au Rwanda, après qu'une vidéo le montrant en train de fouetter un homme attaché à un poteau est devenue virale sur les médias sociaux. 

Quelques mois auparavant, en septembre 2021, une vidéo avait circulé sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo, provoquant la colère des internautes qui croyaient y voir un Congolais battu par un contremaître chinois. 

Ces images provenaient en réalité du Rwanda; deux personnes avaient été arrêtées en lien avec cette affaire. 

Des Chinois avaient également été accusés - à tort - d'enlèvements d'enfants et de cannibalisme, toujours en RDC, en août 2021.

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