Un champ de blé à Inverleigh, près de Melbourne, en Australie, le 12 janvier 2021 (archive). ( AFP / WILLIAM WEST)

Non, une loi australienne n'interdit pas de "cultiver sa propre nourriture"

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Dans des publications partagées des centaines de fois sur Facebook et sur Twitter depuis le 9 mai 2022, des internautes dénoncent l'adoption d'une loi, en Australie, qui interdirait "de faire pousser sa propre nourriture". Ils s'inquiètent d'une atteinte grave aux libertés qui pourrait gagner d'autres pays. Mais le projet de loi en question, en cours de débat parlementaire et visant au contraire à soutenir l'agriculture,  ne contient pas une telle disposition, comme le confirment le gouvernement et le parlement de Victoria à l'AFP.

"Nouvelle loi en Australie où il sera interdit aux citoyens de faire pousser sa propre nourriture… l’étau se resserre…", "En Australie, le Premier ministre de Victoria, Daniel Andrews, fait passer un projet de loi qui signifie que vous n'aurez plus le droit de cultiver votre propre nourriture"... 

A en croire cette affirmation, qui a cumulé, depuis le 9 mai, des centaines de partages sur Facebook (1, 2) et sur Twitter (3), ainsi que plus de 11.000 vues sur une publication Telegram (4), le Parlement de l'Etat de Victoria, en Australie, aurait adopté une loi particulièrement restrictive en matière d'agriculture.

Et pour certains de ces internautes, ces prétendus dispositifs adoptés pour des raisons de "biosécurité" pourraient bien faire des émules dans d'autres pays, dont la France. 

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 12 mai 2022.
Capture d'écran réalisée sur Twitter le 12 mai 2022.

 

 

Mais contrairement à ce qu'affirme cette rumeur,  ce texte ne prévoit pas une telle mesure : aucune interdiction de cultiver sa propre nourriture ne figure dans le projet de loi, consultable en intégralité sur le site du parlement de Victoria. 

"Les changements induits [par ce texte] n'interdisent à personne de cultiver leur propre nourriture, ils visent à soutenir le secteur agricole, qui représente plus de 17 milliards de dollars annuels pour l'économie de l'Etat et plus 67.100 emplois", confirme en outre un porte-parole du gouvernement de Victoria à l'AFP.

Joint par l'AFP, le parlement de Victoria souligne quant à lui que "l'affirmation selon laquelle la loi Agriculture interdit de cultiver sa propre nourriture est fausse". 

Que prévoit ce texte ? 

Intitulé "Projet de loi d'amendement 2022 sur la législation relative à l'agriculture", ce texte présenté pour la première fois au parlement local le 5 avril 2022 vise à modifier onze lois différentes, datant pour certaines des années 1980 ou 1990, afin d'en améliorer "le rendement, le fonctionnement, l'administration et l'application", comme l'expliquait la présidente du parlement de Victoria, Jacinta Allan, lors de sa seconde lecture parlementaire, le 6 avril.

Plusieurs amendements de ce projet de loi concernent la "loi sur le captage et la protection des terres de 1994".

"La mondialisation et l'essor du commerce exposant Victoria à des risques accrus de biosécurité comme à l'augmentation du nombre de nouvelles incursions au sein de l'Etat [...], ces amendements instaurent de nouvelles infractions et mettent en place de nouvelles exigences pour y faire face. Ces amendements améliorent notre capacité à gérer les risques associés aux mauvaises herbes et aux organismes nuisibles", détaillait Jacinta Allan lors de cette présentation. 

Lors des débats parlementaires du 3 mai, retranscrits sur le site du parlement de Victoria, la députée d'opposition Roma Britnell avait elle-même défendu certains éléments du projet de loi : "Certains de ces amendements sont positifs, notamment le fait de permettre aux officiers habilités [...] de mieux enquêter pour éviter l'invasion de plantes nuisibles, la contamination par les maladies infectieuses de certains animaux ou des des problèmes de biosécurité".  Ce changement devrait selon elle permettre de faire face à des épidémies comme celle "vécue en ce moment avec l'encéphalite japonaise", une maladie virale transmise par les piqûres de moustique. 

A la date du 13 mai, le projet de loi se trouvait encore devant la chambre haute du parlement, après avoir été adopté en chambre basse.

Une "dénaturation" et une "mauvaise interprétation" du texte

Face à l'ampleur de la rumeur sur la prétendue interdiction de cultiver sa propre nourriture, le ministère de l'Agriculture de Victoria est revenu en détail, dans une page dédiée, sur cette allégation comme sur d'autres affirmations trompeuses.

De son côté, dans un communiqué publié dès le 6 mai, la Fédération des agriculteurs de Victoria (VFF), expliquait "avoir eu connaissance de la désinformation circulant autour du projet de loi d'amendement 2022 sur la législation relative à l'agriculture, actuellement débattu au parlement de Victoria.

"La désinformation relative à ce projet sous-entend que les officiers habilités pourront réaliser des fouilles sans mandat, sans l'accord du propriétaire du terrain et sans être obligé de s'identifier [eux-mêmes]", ce qui relève, selon la VFF d'une "dénaturation" et d'une "mauvaise interprétation" des amendements prévus dans le texte. 

Début mai, l'Australie s'est engagée, au même titre que d'autres grandes puissances agricoles comme l'Union européenne, les Etats-Unis et le Canada, à assurer la sécurité alimentaire du monde en dépit des chocs provoqués par l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

"Nous nous engageons à travailler ensemble pour assurer qu'il y ait de la nourriture en quantité suffisante pour tout le monde, y compris les plus pauvres, les plus vulnérables et les personnes déplacées", écrivaient ces 51 membres de l'Organisation mondiale du commerce dans un communiqué conjoint.