(AFP / Sebastien Salom Gomis)

Des gendarmes et pompiers français font le plein au Luxembourg ? Une pratique "marginale", se défendent-ils

Des photos montrant des véhicules de police, de pompiers et de gendarmerie du nord-est de la France dans des stations-service luxembourgeoises sont devenues virales ces dernières semaines sur les réseaux sociaux. Des internautes s'en émeuvent, en pleine mobilisation des "Gilets jaunes" contre la hausse des taxes sur les carburants. Les principaux intéressés qualifient cette pratique de "marginale" et purement "géographique".

"Pendant que nous payons le carburant plein pot, au luxembourg les pompiers de Moselle vont y faire le plein, que devons nous penser??", s'interroge un internaute. Sous son commentaire, une photo montre un camion des pompiers dans une station-service de Esch-sur-Alzette (Luxembourg), à moins d'un kilomètre de la frontière française.

Capture d'écran Facebook réalisée le 15/11/2018Capture d'écran Facebook réalisée le 15/11/2018

En un mois, et en pleine mobilisation contre la hausse des taxes sur les carburants, une série de publications similaires, montrant tour à tour des véhicules de police, de pompiers ou de gendarmerie effectuer leur plein de carburants au Luxembourg a totalisé plus de 30.000 partages sur Facebook et Twitter.

"Je serai curieux de connaître l'explication de Macron", commente un internaute sur le groupe Facebook "Je suis Gilet Jaune".

"C'est acté et légal"

L'image la plus virale (plus de 20.000 partages) montre une voiture d'une police municipale française dans une station-service de Dudelange, au Luxembourg. Joint par l'AFP, le policier au volant du véhicule (voir ci-dessous) a confirmé s'approvisionner en carburant côté luxembourgeois :

"C'est acté et légal. On fait ça depuis Schengen. C'est le trésor public qui paie les factures. Nous, on ne paie pas directement, on émet un mandat et c'est le trésorier qui paie la station-service", explique Pascal Locatelli, chef de service de la police municipale de Volmerange-les-Mines (Moselle), commune frontalière du Luxembourg.

Capture d'écran Facebook réalisée le 15/11/2018Capture d'écran Facebook réalisée le 15/11/2018

"Toutes les collectivités locales frontalières ont le droit d'aller acheter leur carburant au Luxembourg", assure le policier, qui se défend de traverser la frontière pour profiter du carburant moins cher : "Pour faire le plein côté français il faudrait que je fasse 22km aller-retour en allant à Thionville. Là, je fais 2 km".

Peu de stations-service sont en effet implantées côté français à la frontière franco-luxembourgeoise, de nombreux frontaliers s'approvisionnant au Luxembourg, où les prix des carburants sont largement inférieurs. En moyenne, les prix à la pompe oscillent actuellement au Luxembourg entre 1,16€/l pour du diesel et 1,22€/l pour de l'essence, contre 1,44€/l et et 1,48€/l en France, selon les dernières statistiques publiées par l'Union européenne.

"Logique de proximité géographique"

La préfecture de Moselle a confirmé à l'AFP que les pompiers de la caserne d'Audun-le-Tiche, commune française frontalière du Luxembourg, s'approvisionnent en carburants de l'autre côté de la frontière. Pour autant :

"Il s'agit d'un cas particulier en Moselle, puisque la station essence la plus proche du centre d'Audun-le-Tiche est celle située en Luxembourg à Esch-sur-Alzette. Les sapeurs-pompiers s'y rendent, non pas pour faire des économies, mais pour gagner du temps et ainsi rendre leurs véhicules disponibles pour leurs opérations de secours le plus rapidement possible", fait valoir un porte-parole de la préfecturesoulignant qu'il "n'est pas interdit d'aller faire le plein à l'étranger".

"On ne peut pas nier l'existence de la pratique, mais le dispositif est retreint à quelques unités (de gendarmerie) frontalières, plus pour des contraintes opérationnelles qu'économiques", explique également la gendarmerie de Lorraine. "Les gendarmes ont des cartes et peuvent prendre du carburant aussi bien en France qu'en Europe dans les sociétés partenaires. C'est un dispositif ancien, encadré."

"Les pleins effectués au Luxembourg par le SDIS (pompiers), la police et la gendarmerie sont marginaux. Ils relèvent tous d'une logique de proximité géographique et non fiscale", indique pour sa part la préfecture de Meurthe-et-Moselle, selon laquelle, "pour tout l'ancien périmètre de la région Lorraine, ces achats représentent 1,5% des dépenses en carburants pour la gendarmerie".

"Bien que l'approvisionnement se fasse au Luxembourg, le paiement s'effectue auprès du prestataire (de Total, Shell ou Intermarché) en France, au taux de TVA appliqué en France", affirme par ailleurs la préfecture. 

Contacté à plusieurs reprises depuis le 14 novembre, ni les Douanes ni le ministère des Collectivités territoriales n'avaient répondu à l'AFP au moment de la publication de cet article.

Rémi Banet
Murielle Kasprzak