(AFP / Dominique Faget)

Cette liste comparant différents coûts entre la Wallonie et la Flandre comporte des chiffres faux et des imprécisions

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Une publication partagée plus de 2 000 fois sur Facebook depuis deux semaines compare différentes dépenses des ménages entre la Flandre et la Wallonie, jugée plus "chère". Certaines de ces charges peuvent effectivement être plus onéreuses en Wallonie qu’en Flandre, mais attention : les chiffres évoqués dans cette liste sont pour la plupart faux, ou infondés. 

"Très chère Wallonie"... C’est ainsi que commence cette publication, qui compare différents coûts entre la Flandre et la Wallonie, les deux grandes régions belges (la troisième étant la région de Bruxelles-capitale). 

 

Capture d’écran réalisée le 3 septembre 2020 sur Facebook

 

L’auteur de cette liste mentionne un article d’Ubu Pan, un hebdomadaire satirique belge marqué très à droite, selon lequel "pour la première fois", plus de Wallons vont s’établir en Flandre que l’inverse. 

Cette information avait été diffusée par plusieurs médias il y a quatre ans : il s’agissait alors d’un constat du CIB Vlaanderen, l’association flamande des professionnels de l’immobilier, qui notait pour la première fois en 2016 que davantage de Wallons allaient s’installer en Flandre que l’inverse. 

La publication mentionne par ailleurs Paul Magnette, Ministre-président de la Wallonie jusqu’en 2017 ainsi qu’André Flahaut, ministre du budget dans le précédent gouvernement.

Cette publication, partagée plus de 2 000 fois depuis le 20 août, semble donc dater de plusieurs années. On la retrouve d’ailleurs dès février 2017 sur le compte Facebook du président de l'auto-proclamé "parti de l’Union citoyenne belge", qui ne compte aucun élu. 

Au moins un des coûts évoqués - la redevance - n’existe plus en Wallonie depuis 2018, et la plupart des autres sont faux ou trompeurs. 

Les chiffres du "coût réel" des titres-services ne correspondent à rien

Selon des chiffres avancés sans plus de détails par cette publication, "le coût réel des titres-services en Wallonie" serait de "1.620 euros", contre "1.260 euros" en Flandre.

Le titre-service est utilisé en Belgique comme moyen de paiement pour des services de proximité. Il peut se présenter sous format papier (en forme de chèque) ou dématérialisé. Les titres-services permettent, en tant que particulier, de faire effectuer certains types de travaux ménagers à un tarif avantageux. 

En Wallonie, un particulier peut commander un maximum de 500 titres-services par an. Ceux-ci lui coûteront 9 euros par titre-service pour les 400 premiers commandés, puis 10 euros. Un utilisateur peut également bénéficier d’une réduction d’impôt qui ramène le prix des 150 premiers titres-services commandés à 8,1 euros.

En Flandre, un titre-service coûte également 9 euros pour les 400 premiers achetés, et les utilisateurs peuvent également profiter d’une réduction fiscale sur les 169 premiers titres achetés, faisant passer leur coût à 7,2 euros.

L’AFP a contacté Sodexo, l’entreprise qui émet les titres-services, ainsi que le Service Public de Wallonie : aucun des deux ne peut expliquer l’origine et la signification des chiffres avancés par la publication. 

Céline Marchal, responsable du services des titres-services au sein du Forem (service public wallon de l’emploi et de la formation), a indiqué à l’AFP le 3 septembre 2020 que ces chiffres ne correspondent à rien de concret. 

Chaque titre-service coûte toutefois plus cher à la Wallonie qu’à la Flandre, explique Mme Marchal, pour des raisons propres à la politique régionale : "La Flandre rembourse 23,36 € par titre-service aux entreprises agréées, tandis que la Wallonie rembourse 23,86 € par titre-service. Ces différences d’intervention sont justifiées par un environnement socio-économique différent entre les deux régions."

Sur un an, en valeur absolue, la région Flandre dépense davantage que la Wallonie pour ce système, car elle concentre plus d’emplois et investit donc davantage dans ce marché. 

Consommation annuelle de gaz par les ménages : les chiffres sont bien plus bas 

Selon cette publication, la consommation annuelle de gaz pour une famille wallonne lui coûterait en moyenne 1 490 euros. Pour une famille flamande, ce coût s’élèverait à 1 240 euros. 

La Commission de Régulation de l’Electricité et du Gaz (CREG), l’organisme fédéral chargé de la régulation des marchés de l'électricité et du gaz naturel en Belgique, a publié récemment une analyse de l’évolution des prix de l’énergie en Belgique. 

En se basant sur les chiffres du premier semestre 2020, la CREG estime que le gaz naturel coûtera en moyenne 847 euros pour l’année 2020 à un client belge dit "résidentiel" (c’est-à-dire un ménage qui achète du gaz pour une consommation domestique) situé en Flandres et 1 112 euros à un client résidentiel situé en Wallonie.

Capture d’écran réalisée le 1er septembre 2020 sur le site de la CREG

Si le prix du gaz reste moins cher en Flandre qu’en Wallonie, les chiffres de la CREG sont donc bien plus bas que ceux évoqués dans la publication que nous vérifions.

On ne peut pas calculer la taxe de mise en circulation d’une voiture sur la seule base de la marque

Selon cette publication, la taxe de mise en circulation (TMC) pour un véhicule est bien plus élevée en Wallonie qu’en Flandre. Pour le prouver, l’auteur compare le montant de la taxe dans les deux régions pour une Range Rover puis pour une Ford C-Max. 

Selon Kris de Sagher, responsable de la communication pour le Service des impôts flamands, contacté par l’AFP le 1er septembre 2020, "la taxe de mise en circulation d’un véhicule reste généralement plus élevée en Wallonie qu’en Flandre ". Contactée le 3 septembre, l’administration fiscale de Wallonie nuance : "La différence de montant n’est pas toujours en faveur de la Flandre."

La tendance peut en effet s’inverser pour certains types de véhicules. Estimer la TMC d’un véhicule en se basant seulement sur la marque, sans connaître sa puissance ou les émissions de Co2 n’a pas de sens, explique Kris de Sagher : "Il est possible de trouver des exemples dans lesquels vous trouverez confirmation ou déni de la thèse que la taxe de circulation en Flandre serait plus élevée qu’en Wallonie ou vice-versa…"

En Wallonie, la taxe de mise en circulation (TMC) d’un véhicule sur le marché varie en fonction de la puissance en Kilowatts (Kw) du moteur, du type de véhicule, de son âge et de son carburant. Certains véhicules sont également soumis à un éco-malus si leur émission de CO2 est supérieure à 146g/km. 

En Flandre, le montant de la TMC est calculé en fonction des caractéristiques environnementales du véhicule, y compris les émissions de CO2, la norme Euro (qui fixe les limites maximales de rejets polluants pour les véhicules roulants neufs), le type de carburant, la présence d’un filtre à particules, etc. 

Le montant de la TMC peut donc varier énormément pour une même marque de voiture, poursuit Kris de Sagher : "Si je fais le calcul pour une Ford C Max Ecoboost Titanium neuve, essence, kW 92, CC 998, CO2 129 g/km, euronorm 6: la taxe de mise en circulation serait de 432,10 €" en Flandre, explique-t-il, tandis que "pour la même marque mais pour une Ford C-Max TDCi Business Class, diesel, neuve, kW 70, CC 1499, CO2 125 g, euro 6, la TMC s’élèvera à 846,35 €."

Le précompte immobilier diffère en fonction des communes et provinces, non en fonction des régions

Le précompte immobilier est un impôt régional que les belges doivent payer chaque année sur leurs biens immobiliers. Le calcul du précompte immobilier s'effectue sur la base du revenu cadastral (RC), un revenu fictif qui évalue la valeur d’un bien immobilier. 

Le taux d’impôt en fonction du revenu cadastral varie entre chaque région : il est de 1,25% dans les régions de Bruxelles-capitale et de Wallonie, et 3,97% dans la région flamande. 

A ce calcul s’ajoutent des "centimes additionnels", fixés par chaque province et chaque commune. "Le précompte immobilier peut donc varier très fortement d’une province et d’une commune à l’autre, au sein d’une même région", explique Eric Pascal Rwamucyo, avocat spécialisé en droit de l’immobilier, contacté par l’AFP le 1er septembre 2020.

"Il est donc faux d’affirmer qu’un même revenu cadastral induira d’office le même montant de précompte immobilier sur toute une région", poursuit l'avocat. "Un immeuble situé dans une commune de Flandre peut tout à fait se voir imputer un précompte immobilier nettement supérieur à celui d’un immeuble situé en Wallonie, pour un revenu cadastral identique."

Pour un même revenu cadastral de 900 euros, le précompte immobilier variera donc en fonction de la commune et de la province dans lequel le bien immobilier se trouve, et non en fonction de sa région (wallonne ou flamande), contrairement à ce que la publication affirme. 

Extrait d’un document comparant les taxes additionnelles (à droite, en centimes) aux précomptes immobiliers dans différentes communes de Wallonie en 2020. Document fourni à l’AFP par le SPF finance le 1er septembre 2020.

La redevance télé a été supprimée en Wallonie en 2018

Selon ce visuel, la redevance télé s’élève à 100 euros en Wallonie et à 0 euros en Flandre. Or, la redevance télé a été supprimée en Wallonie en 2018. Auparavant, elle était effectivement de 100 euros.

En Flandres, la redevance n’existe plus depuis 2002. Elle a été supprimée lorsque cette taxe est devenue une compétence régionale. L’audiovisuel public y est financé par l’impôt.

Les chiffres pour le droit d’enregistrement sont corrects

Le droit d’enregistrement est un impôt que l’acheteur d’un bien immobilier doit payer à une région. Le taux normal de ce droit est bien de 12,5% en Wallonie. Il peut descendre à 6% dans certains cas, comme l’achat d’un habitat "modeste".  

En Flandre, le droit d’enregistrement est bien de 10%. Un taux réduit de 6% existe également pour certains logements.

Le prix de l’eau indiqués correspondent au prix du mètre cube, pas du litre

Les prix évoqués dans la publication ne désignent pas le prix du litre d’eau mais celui du m3 d’eau.

En Wallonie, le prix moyen du m3 d’eau (c’est-à-dire pour 1 000 litres d’eau) est de 5,20 euros. En Flandre, le prix moyen était de 4,5 euros en 2016/2017 selon ce rapport de l’agence environnementale flamande. 

Difficile de comparer les deux régions, même si la Flandre reste plus riche que la Wallonie 

De manière générale, la Flandre est plus riche que la Wallonie. La région détient par exemple le revenu moyen par habitant le plus élevé de la Belgique. 

Comme expliqué dans cet article (payant) de nos collègues du Soir, qui cite cette étude publiée en 2019 par trois instituts de statistiques belges,  le flux migratoire intérieur belge est historiquement en faveur de la Wallonie depuis les années 1970. Mais, comme évoqué plus haut, la tendance s’inverse : 2016 a été la première année où les Wallons ont été plus nombreux à s’exiler vers la Flandre que l’opposé.  

Il reste compliqué d’évaluer très précisément la différence entre le coût de la vie dans les deux régions. Comme expliqué plus haut, certains coûts dépendent de la politique des communes et des provinces et certains marchés, comme celui de l’immobilier, restent moins chers en Wallonie qu’en Flandre, comme l’explique cet article du Soir. 

 
Marie Genries