Attention, cette photo ne montre pas des "jihadistes de Syrie envoyés par la Turquie" au Nagorny Karabakh

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Une photo partagée des centaines de fois sur Facebook depuis le 3 octobre prétend montrer des "jihadistes de Syrie envoyés par la Turquie" pour combattre "les Arméniens" au Nagorny Karabakh, région séparatiste, théâtre d'affrontements entre l'armée arménienne et l'armée azerbaïdjanaise depuis la fin septembre. Les deux camps s'accusent mutuellement de recourir à des mercenaires, notamment syriens. Mais le cliché utilisé dans la publication est une photo AFP prise en Syrie en février dernier, au moment de l'offensive sur Idleb.

"Les jihadistes de Syrie envoyés par la Turquie pour se battre contre les Arméniens en Artsakh (Nagorny Karabakh, NDLR), veulent rentrer chez eux, mais en sont empêchés par les autorités d'Azerbaïdjan", peut-on lire dans la publication qui diffuse le cliché.

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 7 octobre 2020)

Une recherche d'image inversée (voir notre article Comment nous travaillons ?) sur le moteur Yandex permet de retrouver la trace de cette photo dans la banque d'images de l'Agence France-Presse :

(Capture d'écran réalisée sur AFP Forum le 7 octobre 2020)

Selon la légende, ces hommes sont bien des combattants syriens soutenus par la Turquie, mais ils ont été photographiés le 10 février 2020 dans le village de Qaminas, situé à 6 kilomètres au sud-est d'Idleb en Syrie.

A cette époque, les forces du régime de Bachar al-Assad, aidées par la Russie, progressaient dans la région pour tenter de reprendre la ville d'Idleb, face à des rebelles soutenus par l'armée turque.

Qui sont les combattants étrangers au Nagorny Karabakh ?

Les armées azerbaïdjanaise et arménienne, engagées dans des combats sanglants dans la région séparatiste du Nagorny Karabakh, s'accusent depuis plusieurs jours de recourir à des mercenaires, notamment syriens.

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a accusé vendredi 2 octobre la Turquie d'être impliquée militairement au côté de l'Azerbaïdjan notamment en dépêchant "des milliers de mercenaires et de terroristes depuis les zones occupées par les Turcs dans le Nord de la Syrie". 

La Turquie n'a pas officiellement réagi à ces accusations.

Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a catégoriquement nié la présence de combattants syriens sur son sol. "C'est de la désinformation", a dit le conseiller à la présidence azerbaïdjanaise, Hikmet Hajiyev.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG basée en Grande-Bretagne qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, a affirmé samedi 3 octobre que plus de 1.200 combattants de factions syriennes proturques étaient arrivés au Nagorny Karabakh, via la Turquie. Au moins 64 d'entre eux ont péri dans les combats, selon l'ONG.

Un combattant syrien, contacté le 2 octobre par l'AFP, a confirmé sa présence en Azerbaïdjan. L'AFP a pu en outre confirmer la mort de trois combattants via leurs familles.

A qui sont-ils affiliés ?

Le président français, Emmanuel Macron, a affirmé que "selon nos propres renseignements, 300 combattants ont quitté la Syrie pour rejoindre Bakou en passant par Gaziantep (Turquie). Ils sont connus, tracés, identifiés, ils viennent de groupes jihadistes qui opèrent dans la région d'Alep (nord)".

L'OSDH assure toutefois que ce ne sont pas des jihadistes qui partent au combat mais des Syriens affiliés à des factions pro-Ankara.

Des étrangers aux côtés des Arméniens ?

L'Azerbaïdjan accuse lui aussi l'Arménie d'avoir recours à des "mercenaires" étrangers, notamment de la diaspora arménienne.

"Des Arméniens de Syrie et du Liban sont déployés en Arménie et combattent dans les rangs des forces arméniennes", selon Hikmet Hajiyev, conseiller de la présidence azerbaïdjanaise.

D'après l'OSDH, quelques centaines d'Arméniens syriens se sont rendus en Arménie pour participer aux combats, mais un responsable arménien local dans le Nord de la Syrie, contacté par l'AFP et s'exprimant sous couvert d'anonymat, a démenti ces informations.