Attention, ces images de massacre au Cameroun remontent au moins à août 2018

Une publication virale prétend montrer des images de neufs villageois tués par l'armée camerounaise le matin du 20 février, dans une zone anglophone du sud-ouest du pays. Ces images, diffusées dans un contexte de vives tensions au Cameroun, sont réelles mais elles remontent en réalité au moins à août 2018.
 

En moins de 24 heures, la publication a été partagée plus de 1.400 fois sur Facebook. Elle montre cinq photos de corps sans vie d'adultes et d'enfants, certains gisant dans le sang, et également de villageois affligés par la vue de ces cadavres.

Capture Facebook du 21/02/2020

"Breaking news. Plus de 9 civils(y compris des enfants) tués ce matin à BAKUNDU (sud-ouest) par la milice du tyran", écrit l'auteur, un homme dont le profil Facebook indique qu’il est basé à Kuala Lumpur et originaire de Bangangté, ville de l'ouest du Cameroun.

Le sud-ouest du Cameroun, d’où proviendraient ces images, est en proie depuis 2017 à un conflit entre armée et séparatistes anglophones.

Mais ces images évoquant un massacre le 20 février datent en réalité de plus d'un an et demi.

Des captures d'écran d'une vidéo

Avec une recherche d’images inversée avec l’outil Invid*, il apparaît que ces clichés illustraient il y a un an un article sur un site internet pro-séparatiste intitulé: "Genocide continues in Southern Cameroon-Pete Bakundu”. 

Capture d'écran Youtube prise le 21/02/2020

En poursuivant la recherche sur Youtube avec les mots-clé "Pete Bakundu", nous retrouvons une vidéo, postée le 9 août 2018, présentant les mêmes cadavres, dans les mêmes positions, avec les mêmes vêtements. Les mêmes villageois contemplent la scène.

Les images diffusées le 20 février ont visiblement été capturées de cette vidéo.

Capture d'écran de la vidéo prise sur Twitter le 21/02/2020
L'une des images visibles sur la publication virale sur Facebook

 

Avec les mots-clé "Pete Bakundu", nous retrouvons également plusieurs fois la vidéo, dans des versions longue et courte, diffusée sur Twitter (1234) essentiellement en août 2018.

Les auteurs dénoncent tous des exactions commises dans la localité de Pete Bakundu, située dans la région du Sud-Ouest. 

Sur cette vidéo, on entend des voix d’hommes s’exprimant en pidgin camerounais (variante d'anglais locale). L’un accuse l’armée d’avoir attaqué le village de Pete Bakundu "ce matin" à 5h30 et d’avoir détruit des maisons et tué "neuf civils"

Ces commentaires confirment que cette scène horrible a bien eu lieu à Pete Bakundu. Et si on ignore les circonstances précises du drame, il apparaît qu'il remonte au moins à août 2018. 

Des images détournées dans un contexte politique tendu

Cette publication intervient moins d'une semaine après le massacre de 23 civils -dont 15 enfants et deux femmes enceintes- selon l’ONU à Ntumbo, localité du nord-ouest du pays, autre région où s'affrontent forces gouvernementales et séparatistes anglophones.

Une partie de l'opposition camerounaise, et de nombreux témoins interrogés par l’ONU et des ONG, accusent des militaires d'avoir perpétré la tuerie, en "tirant sur les habitants et brûlant des maisons".

L'armée a rejeté ces accusations, invoquant "un malheureux accident" et un bilan de cinq victimes civiles. Selon elle, six militaires en patrouille ont été la cible de tirs de "terroristes" et les combats qui ont suivi ont entraîné l'explosion de réservoirs de carburant, provoquant un incendie qui a tué "une femme et quatre enfants".

Cette tuerie du 14 février a suscité un vif émoi. L'ONU et la France, traditionnel allié du Cameroun dirigé depuis 37 ans par Paul Biya, ont demandé une enquête aux autorités camerounaises. 

La publication de ces images d’un prétendu nouveau massacre a suscité la colère mais aussi beaucoup d'exaspération d'internautes.

Capture d'écran Facebook prise le 21/02/2020
Capture d'écran Facebook prise le 21/02/2020

 

Depuis le massacre du 14 février, plusieurs images ont été détournées sur les réseaux sociaux, comme le montrent cette publication de AFP Factuel.

Monique Ngo Mayag