Une place en EHPAD revient en règle générale à moins de 3.000 euros par mois au résident et des aides publiques existent pour les plus démunis

Une vieille dame, assise dans un fauteuil, fixe un téléviseur. Ce visuel, légendé : “le scandale des tarifs des maisons de retraite”, affirme qu'une personne ayant vécu avec 1.200 euros mensuels doit payer "3.000 euros" pour une "simple chambre” et a été partagé des centaines de milliers fois sur Facebook. Mais les tarifs des maisons de retraite, s'ils excèdent les niveaux moyens de pensions, n'atteignent en général pas les 3.000 euros, surtout pour une retraitée à faibles ressources.

Capture d'écran de Facebook effectuée le 18 décembre 2019

D’où vient cette photo ? 

La première occurence de ce visuel retrouvé par l’AFP remonte au 4 février 2019 sur la page Facebook “Jolie fille à bord”. Il a été partagé depuis près de 120.000 fois, suscitant plusieurs centaines de commentaires, exprimant, dans leur écrasante majorité, colère et indignation.

Une recherche d’images inversée permet de retrouver ce cliché sur le site Silvereco, crédité au photographe Didier Carluccio, spécialisé dans les photos de personnes âgées en structures d’hébergement. 

Combien coûte une place en EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ?

"Évaluer le prix d’une maison de retraite (est) complexe, car les tarifs d’un établissement pour personnes âgées se composent de trois éléments distincts, qui sont fixés par des institutions différentes" (établissement, département, Assurance maladie), explique la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente les établissement publics et associatifs, sur le site maisons de retraite.fr

Quel que soit le statut de l’établissement (public, privé à but lucratif ou privé non lucratif), le tarif se décompose ainsi : le "forfait dépendance", le "forfait hébergement" et le "forfait soins", comme cela est expliqué sur service-public.fr

La partie "soins", qui comprend notamment les médicaments et les soins infirmiers, est directement payée à l’établissement par l’Assurance maladie et non par le résident. 

La partie "dépendance" ("prestations d'aide et de surveillance nécessaires à l'accomplissement des actes de la vie courante" ), est à la charge du résident. 

Ce tarif est fixé par le département mais varie aussi d’un établissement à l’autre car il dépend du niveau moyen de dépendance des résidents de l’EHPAD, comme expliqué sur le site gouvernemental : pour-les-personnes-âgées.gouv.

Pour le résident, l'Aide personnalisée d'autonomie (APA) vient compenser en partie ce tarif, selon son dégré de perte d’autonomie, établi par un médecin. Elle n'est pas cumulable avec certaines autres aides, comme expliqué ici. Si les ressources de la personne âgée n'excèdent pas 2.472  mensuels, l'APA permet de réduire le "tarif dépendance" au niveau le plus bas, soit 5 à 6 par jour en général. 

Le tarif hébergement (restauration, animation, administration, blanchissage, mobilier etc…), fixé par l’établissement, est quant à lui  celui qui varie le plus et peut entraîner le plus gros curcoût pour le résident.

Sur l'annuaire du portail d'information consacré aux personnes âgées, on peut constater des tarifs extrêmement disparates, si bien que les études sur le prix des maisons de retraite parlent plus volontiers de tarifs médians (la moitié des résidents paye plus, l'autre moitié paye moins) ou de fourchettes, plutôt que de moyennes, peu significatives.

Les prix sont particulièrement corrélés au prix du foncier, s'accordent à dire toutes les études officielles.

Dans le département rural du Lot, par exemple, on peut relever des tarifs hébergements en chambre seule entre 44 et 87  par jour. A Paris, dans le XIIIe arrondissement, on trouve des tarifs hébergement de 80 à 168 € par jour environ. Le tarif parisien le plus élevé observé sur le site se trouve dans le très chic XVIe arrondissement, à 237 par jour. 

Par ailleurs, il y a une différence entre les prix affichés par les établissements et ce que doivent débourser les résidents (le "reste-à-charge"), qui peuvent bénéficier d'aides fiscales pour les personnes imposables ou d'aides au logement, permettant de réduire la facture.

Pour avoir une idée un peu globale du prix d'une place en EHPAD, il faut aller sur le site de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA): "fin 2018, le prix médian en hébergement permanent d’une chambre individuelle en EHPAD, calculé à partir des données des 6.668 EHPAD ayant transmis leurs prix, s’élève à 1.977 euros par mois", peut-on y lire .

Cette médiane comprend le tarif hébergement et le tarif dépendance minimal. Une personne très dépendante et aux ressources aisées, peut avoir à payer environ 500 de plus par mois au titre du "forfait dépendance".

Selon une étude de la Drees (statistiques sanitaires et sociales) portant sur 2016, "la participation financière médiane s’élève à 2.420 euros dans les établissements privés à but lucratif, contre 1.850 euros dans les établissements privés non lucratifs, 1.790 euros dans les établissements publics" adossés à un hôpital "et 1.730 euros dans les établissements publics"  autonomes. 

"C’est trompeur de parler de 3.000 euros, le reste-à-charge est plutôt en moyenne autour de 2.000/2.200 euros par mois , et ce, pour un petit-déjeuner, un déjeuner, une collation et un dîner, et tout le reste, l’administration, l’animation, il aussi les agents qui font le ménage etc…", estime auprès de l’AFP Pascal Champvert, président de l’AD-PA, l’association  des "Directeurs au service des Personnes Agées", qui souligne aussi la présence de personnel 24H24.

Ce chiffre de 2.200 € de reste-à-charge courant provient d’un rapport, publié en 2010, par l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas) et portant sur 2009, même s'il relevait également des exemples de reste-à-charge de 3.000 € voire davantage en "milieu urbain".

Si l’expression "trois patates bouillies" présente dans le visuel semble volontairement caricaturale, l’Igas pointait néanmoins en 2009 l’absence "de lien direct entre le coût imposé au résident et la qualité des prestations fournies par l’établissement". 

Les différents calculs disponibles évoquent donc des reste-à-charge plus proches de 2.000 € que de 3.000, mais ces sommes dépassent quoiqu'il en soit le montant moyen des pensions de retraite en France, d’environ 1.500 par mois (pension moyenne brute de droit direct pour les personnes résidant en France) ou 1.420 si l'on compte aussi les non-résidents, comme expliqué dans ce document de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), fin 2017.

Des aides existent pour les retraités les plus démunis

Dans l’exemple du visuel de Facebook, en considérant que la dame a vécu avec 1.200 par mois, elle toucherait logiquement une pension de retraite inférieure et ne paierait donc que le tarif dépendance minimum

Prenons l'exemple d'une maison de retraite du Lot, à Saint-Céré, où l'on constate via l'annuaire officiel un tarif hébergement de 60 € par jour environ, qui correspond au tarif d’hébergement médian constaté en 2018 par la CNSA.

Pour un tarif dépendance de 5,63 par jour, et avec une pension de 1.000 €,  la retraitée aurait un reste à charge de 1.900  mensuels environ, selon le simulateur officiel, qui tient compte des aides au logement, de l'APA mais pas de l’Aide sociale à l’hébergement (ASH) départementale.

En revanche, dans une maison de retraite parisienne à 103 € par jour d’hébergement et 6,19 en tarif dépendance par exemple, son reste à charge serait d’environ 3.200  mensuels, selon le simulateur.

Mais dans les deux cas, si ses ressources et celles de sa famille (conjoint, enfants et leurs conjoints et petits-enfants) ne lui permettent pas de payer et que l’établissement est habilité à l’ASH, elle pourrait bénéficier de cette aide départementale qui couvre la différence entre les frais d'hébergement et ce que peuvent payer le résident et sa famille. 

Le département peut toutefois récupérer les sommes versées sur la succession du bénéficiaire, au moment du décès.

Selon la Drees, en 2015, le montant moyen de l’ASH était de 873 par mois et 120 000 personnes âgées en établissement (EHPAD et foyers-logements...) en bénéficiaient, sur 728.000 résidents.

Julie Charpentrat