
Une photo détournée pour montrer la réalité d'une route endommagée au Cameroun
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 20 juin 2019 à 18:04
- Lecture : 5 min
- Par : Monique NGO MAYAG
Copyright AFP 2017-2025. Toute réutilisation commerciale du contenu est sujet à un abonnement. Cliquez ici pour en savoir plus.

Une des légendes qui accompagnent cette image sur Facebook affirme qu’il s’agit du tronçon reliant la ville de Garoua au Nord du Cameroun, à celle de Ngaoundéré, dans la région de l’Adamaoua. "8h de voyage pour 250km. Le Cameroun est le seul pays au monde où tu détruis tout pendant 37 ans et on te vote à 71%", note l’auteur de la publication avec sarcasme.
Il critique manifestement le réseau routier bitumé du pays qui totalise 6760 kilomètres en 2016, selon des chiffres communiqués en mars 2018 par le ministre des Travaux publics et relayés dans cet article.
L’auteur d’une autre publication soutient lui que cette image a été prise au Togo, mais quelques internautes penchent plutôt pour la "route Tahoua-Agadez, au Niger".


Et ces derniers ont raison.
Une recherche sur Google avec les mots-clé "Tahoua-Agadez" permet notamment de retrouver un article sur le flux migratoire au Niger, illustré par une photographie portée au crédit du journaliste italien Giacomo Zandonini.
Le décor de ce cliché présente des similitudes avec celui de l’image qu’on situe à la fois au Cameroun et au Togo. On y voit notamment le même bitume, les même fissures, un pick-up stationné à la gauche du tronçon.
On la retrouve par ailleurs en couverture de son compte Facebook. Contacté par l’AFP, Giacomo Zandonini confirme qu’il est bien l’auteur des deux clichés susmentionnés.


"Je les ai prises en juillet 2017 à Abalak, au Niger, lorsque je participais à un projet de documentaire", explique-t-il.
"Cette photo [du tronçon d’Abalak] circule sûrement parce qu’il évoque un sujet sensible, notamment pour les Touaregs du Niger", commente le journaliste. La route Tahoua-Agadez bifurque sur Abalak et mène à la ville industrielle d’Arlit où se trouve la mine d’uranium d’Areva (devenue Orano en janvier 2018), l'un des plus grands gisements d'uranium d'Afrique.
Le documentaire en question s'appelle "Issalam Taret : Any news from the road". "Ce film sur les opérations de sauvetage dans le désert a été financé par l’Organisation internationale des migrations", explique Florence Kim, responsable régionale de la communication et des médias pour l’Afrique de l’Ouest et du centre.
Il traite du phénomène des migrants qui atteignent Agadez, au Nord du Niger avant de traverser le désert du sahara en direction de la Libye ou de l’Algérie, puis de l’Europe.
En le visionnant, on retrouve d'ailleurs la route d’Abalak (à 14'56' et 15'05').


Un reportage de France TV, publié en janvier 2015, rapporte que "les Touaregs qui vivent à proximité des mines [d’uranium], dénoncent cette exploitation, à cause de la pollution qu’elle provoquerait, notamment autour de la mine chinoise d’Azelit ouverte en 2010, où les déchets industriels s’entassent à ciel ouvert."
L'axe Garoua-Ngaoundéré
Ce qui est vrai en revanche, c'est que l’axe Garoua-Ngaoundéré subit régulièrement des critiques des voyageurs pour son état de dégradation.


En 2016 par exemple, le quotidien public Cameroon Tribune, relatait l’effondrement d’une buse sur cette route, paralysant la circulation "pendant plusieurs heures" et causant l'affaissement du bitume.
En mars dernier, un article publié sur le site CRTV qualifiait encore la route de "chemin de croix pour de nombreux usagers", alors que des travaux de réhabilitation doivent améliorer la situation. Leur conclusion est prévue pour fin juin 2019.
