Une capture d'écran de la webcam pointée sur Notre-Dame de viewsurf.com, lundi 15/04 à 17h05

Un point lumineux sur les échafaudages de Notre-Dame avant l'incendie ? Une vraie vidéo, mais qui ne prouve rien

Une vidéo, très largement partagée depuis 24 heures, prétend montrer une personne qui ne serait pas un ouvrier sur les échafaudages de Notre-Dame peu avant l'incendie et causant une étincelle. Les posts qui relaient cette vidéo laissent entendre que cette personne aurait déclenché l'incendie. Si la vidéo est authentique, tirée d'une webcam, elle ne prouve rien et a été tournée au moins 1h30 avant la première alerte incendie.

Le compte Twitter @tipsypianobar a diffusé dans la nuit de mercredi à jeudi plusieurs vidéos selon lesquelles il y a une personne sur le toit à 17h05, soit une heure et demie avant le début de l'incendie qui a ravagé la cathédrale. Cette personne aurait créé "deux flashes de lumières ou deux étincelles. Cette personne n'aurait pas de veste de sécurité, et il n'y aurait pas d'autre travailleur présent".

La vidéo a été aussi diffusée sur Twitter par Damien Rieu, figure des identitaires français.

Comment nous avons retrouvé la vidéo

Sur son tweet, @tipsypianobar affirme que sa source est le site viewsurf.com à 17h05.

Viewsurf diffuse un extrait d'une minute de la webcam pointée sur Notre-Dame chaque heure. Nous avons contacté viewsurf.com pour obtenir la vidéo tournée lundi, 17h05. Mais le responsable qui nous a répondu a refusé de transmettre les vidéos à l'AFP.

Nous avons toutefois pu retrouver cette vidéo sur Internet.

Dans le navigateur Google Chrome, en faisant un clic droit sur la vidéo et en cliquant sur "inspecter", Chrome affiche le code de la page avec le lien vers la vidéo. 

Une capture d'écran du site viewsurf.com, prise le 18/04/2019

L'URL de la vidéo du 17 avril, 00h05, la dernière disponible en ligne, finissait comme suit : "1555452308.mp4". Nous avons présumé que ce chiffre correspondait à des secondes et retranché 111600 pour 111.600 secondes, soit 31 heures, la vidéo qui nous intéresse ayant été capturée le 15 avril à 17h05.

En réécrivant cette nouvelle URL, 

Le site a renvoyé une "erreur 404", soit la page qui est affichée quand elle n'existe plus.

Une capture d'écran du site viewsurf.com, prise le 18/04/2019

Mais le site WaybackMachine, dont nous avions auparavant installé le plug-in sur notre navigateur, nous a affiché une alerte selon laquelle il existait "une version archivée" de cette page. En cliquant dessus, on obtient la bonne vidéo.

Une capture d'écran du site viewsurf.com avec l'alerte du plug-in Wayback Machine, prise le 18/04/2019

Que montre la vidéo ?

Sur cette vidéo, désormais en haute qualité, on voit bien une personne déambuler à l'est de l'échafaudage entourant la flèche désormais effondrée. 

A plusieurs reprises, dans cet extrait d'une minute, on aperçoit effectivement des lumières qui peuvent être des flashes, des étincelles, des reflets, etc.

Une capture d'écran de la webcam pointée sur Notre-Dame de viewsurf.com, lundi 15/04 à 17h05

Il n'est pas possible de déterminer de quoi il s'agit, mais plusieurs éléments laissent à penser que ces points lumineux ne sont pas à l'origine de l'incendie qui a ravagé la charpente :

- Ces points lumineux apparaissent au moins 1h20 avant la première alerte concernant l'incendie.

Lundi à 18H20, en effet, une première alerte est donnée à Notre-Dame "mais aucun départ de feu n'a été constaté", a indiqué le procureur de Paris Rémy Heitz. Une vingtaine de minutes plus tard, après une nouvelle alerte, le feu est cette fois repéré.

- Le feu s'est déclenché au niveau de la charpente, longue de plus de 100 mètres. Sur cette vidéo, les points lumineux sont situés dans la partie supérieure de l'échafaudage.

- La webcam qui enregistre ces images est située sur la Tour Montparnasse, soit à 2,35 km environ de Notre-Dame selon Google Maps : il ne paraît guère possible, en plein jour, de distinguer la flamme succincte d'une étincelle à cette distance, d'autant qu'il y avait du vent ce jour-là.

- Nos confrères de Checknews ont pu observer que dans les vidéos précédentes de l'après-midi, prises à 15h05 ou 16h05, auxquelles nous n'avons pu accéder, des flashes comparables apparaissaient.

Un chantier en cours

Nous avons contacté l'entreprise travaillant jusqu'à lundi sur l'échafaudage, Le Bras Frères, qui avait exclu "toute responsabilité" dans l'incendie. Elle n'a pas souhaité faire de commentaires sur le sujet.

D'après le porte-parole de l'entreprise, cité mercredi par l'AFP, "il n’y avait pas de point chaud sur l’échafaudage" et "aucun travail de soudure" n'avait été effectué ce lundi.

"Quand on quitte un chantier on doit couper toute l’électricité, le disjoncteur du chantier, fermer la porte à clef et remettre les clefs à la sacristie de la cathédrale, ce qui a été fait et dûment noté dans les cahiers", a assuré ce porte-parole.

"Le dernier (salarié) a quitté les lieux à 17H50 (soit une heure avant le déclenchement de l'incendie, NDLR) et le premier à 17H20", descendant "par les deux ascenseurs qui desservaient l’échafaudage", a-t-il détaillé.

A 17h05, il est donc possible que ce soit l'un des employés de l'entreprise qui était présent sur l'échafaudage dans le cadre normal de son activité.

Une personne qui ne travaillait pas sur place ?

L'un des tweets sur le sujet assure que la personne suspecte ne portait pas de tenue de travail telle qu'un gilet jaune, excluant ainsi qu'il s'agisse d'un employé affecté aux travaux. 

Outre que c'est difficile à distinguer de manière certaine à une telle distance, on peut voir à partir de la 5e seconde de cette vidéo AFP tournée le 11 avril dernier des ouvriers sur le chantier de Notre-Dame qui portent un casque blanc et une tenue sombre mais ni gilet jaune, ni casque jaune. 

La vidéo n'apporte donc pas de preuve formelle que la personne sur l'échafaudage est extérieure aux travaux en cours.

Guillaume Daudin