
Tchad: attention, ces images datent de 2008 et ne montrent pas des habitants de N'djamena fuyant une attaque
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- Publié le 21 avril 2021 à 12:45
- Lecture : 4 min
- Par : Monique NGO MAYAG
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Les deux clichés accompagnent un post Facebook publié le 18 avril, soit une semaine après le scrutin présidentiel au Tchad. La publication, encore partagée ce 21 avril, a totalisé plus de 500 partages en 24 heures. Ils présentent un long pont soutenu par des colonnes en béton sur lequel des centaines de personnes se déplacent, certains lourdement chargés. "LE FACT FONCE SUR NDJAMENA. SAUVE QUI PEUT!" alerte l'auteur de la publication.
"FACT" fait référence au Front pour l'alternance et la concorde au Tchad, un groupe armé rebelle qui mène depuis neuf jours une offensive contre le régime tchadien.
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Capture de la fausse publication Facebook, réalisée le 20 avril 2021

Le même message alarmiste est repris dans plusieurs autres publications (1,2,3…).
Ces publications circulent sur Facebook au moment où le décès, mardi 20 avril 2021, du président tchadien Idriss Déby Itno préfigure des lendemains incertains au Tchad. Le "président-maréchal", au pouvoir depuis 30 ans, est mort des suites de blessures subies au front contre les rebelles, selon le porte-parole de l'armée.
Sa mort intervient après des combats meurtriers opposant des rebelles du FACT en incursion depuis la Libye et l'armée gouvernementale tchadienne. Les affrontements ont fait au moins 300 morts du côté des rebelles, assure l'armée tchadienne.
Idriss Déby Itno venait d'être réélu pour un mandat de six ans avec 79,32% des suffrages exprimés, selon des résultats provisoires proclamés lundi 19 avril.
Le jour du vote a été émaillé de violences. Ce jour-là, les rebelles du FACT avaient fait une incursion dans le nord du Tchad, revendiquant "la libération totale de la région du Tibesti".
Cependant, les deux images qui circulent, censées montrer la fuite des habitants de la capitale tchadienne, sont anciennes. Elles montrent le retour de Tchadiens vers leur pays après avoir fui des heurts en février 2008.
Une photo du 6 février 2008
Une recherche d'images inversée avec l'outil Yandex a permis de retrouver la première photo dans la banque d'images Getty Images. Elle a été prise par un photographe de l'Agence France-Presse.

La légende explique que cette photo date du 6 février 2008 et montre des réfugiés tchadiens franchissant un pont à Kousséri, à la frontière camerounaise, alors qu'ils retournent à N'djamena, la capitale du Tchad. Ces habitants avaient quitté N'djamena pour échapper aux combats entre rebelles et forces gouvernementales.
En février 2008, une attaque rebelle avait atteint les portes du palais présidentiel avant d'être repoussée grâce au soutien français. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estimait à 20 000 le nombre de Tchadiens partis dans la ville frontalière camerounaise de Kousseri.
Cette image n'a donc aucun rapport avec le contexte actuel au Tchad.
La seconde photo remonte au 10 février 2008
Une recherche d'images inversée avec l'outil Yandex a permis de retrouver la seconde image dans les archives de Radio France internationale (RFI). Elle illustre un article publié sur leur site web le 11 février 2008 et elle est créditée AFP.
L'article évoque la période ayant suivi la tentative de putsch des rebelles dans la capitale tchadienne, en février 2008. On retrouve effectivement la photo d'illustration dans la banque d'images de l'AFP.

La légende qui lui est associée mentionne des réfugiés et résidents tchadiens traversant le pont Ngueli le 10 février 2008, à la frontière entre le Cameroun et le Tchad, pour rentrer dans leur pays après les affrontements qui avaient confronté rebelles et forces armées gouvernementales. Elle a été prise quatre jours après la première photo.
Ces deux images renvoient donc à des événements survenus en 2008 et ne montrent pas ceux en cours.
Le déplacement massif des réfugiés quittant le Tchad sur fond de crise sécuritaire est un épisode récurrent dans ce pays d'Afrique centrale.
Pour l'heure, l'ambiance reste très tendue à la suite du décès du président Idriss Déby Itno et des combats avec les rebelles du FACT.
L'ambassade américaine à N'Djamena avait ordonné samedi à son personnel non-essentiel de quitter le Tchad, évoquant "la possibilité de violence dans la ville". Le Royaume-Uni a également recommandé à ses ressortissants de quitter le pays "dès que possible".
Un Conseil militaire de transition présidé par le général Mahamat Idriss Déby, 37 ans, fils du défunt président et jusqu'alors chef de la redoutable Garde présidentielle, garde prétorienne du régime, a dissous gouvernement et Assemblée nationale.
Ce conseil a affirmé que de nouvelles institutions verraient le jour après des élections "libres et démocratiques" dans un an et demi.