L'Assemblée nationale, le 19 novembre 2019 (Philippe Lopez / AFP)

Réforme des retraites : le temps de parole des députés divisé par 2 ?

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe LFI à l'Assemblée, affirme que le temps de parole des députés ayant déposé des amendements sur le projet contesté visant à créer un "système universel" de retraite par points est réduit "à 1 minute", contre deux habituellement. Cependant, cette réduction du temps de parole – qui vise de facto le groupe LFI – ne concerne que la défense d'amendements identiques.

"Alerte : relayez. La direction de LREM vient d'imposer à la commission spéciale #retraites la division par deux du temps de parole des députés. On aura droit à 1 minute pour défendre nos amendements", s'est indigné M. Mélenchon mardi 4 février sur Twitter.

En réalité, les responsables de la commission spéciale ont décidé de réduire de moitié, de 2 à 1 minute, le temps de parole pour la défense des "amendements identiques", comme l'a expliqué mardi soir sa présidente, la députée LREM Brigitte Bourguignon.

De fait, cette mesure revient quasiment à une division par deux du temps de parole des députés de La France insoumise (LFI).

Chacun des 17 députés insoumis a en effet déposé "environ 1.200 amendements identiques", a indiqué une collaboratrice du groupe de Jean-Luc Mélenchon à l'AFP.

Voici un exemple de deux amendements identiques déposés par Jean-Luc Mélenchon et le député LFI Alexis Corbière.

Capture d'écran du site assemblee-nationale.fr prise le 05/02/2020
Capture d'écran du site assemblee-nationale.fr prise le 05/02/2020

 

De source parlementaire, les députés LFI ont déposé au total 19.713 amendements. 449 ont été retirés ou jugés irrecevables. Il en reste donc 19.264 (correspondant à plus d'un millier d'amendements déposés 17 fois).

Quelque 22.000 amendements ont été déposés sur ce projet de réforme des retraites, un record sous cette législature. A la mi-journée mercredi, la commission spéciale avait examiné 507 amendements, 19.331 restant à étudier.

Mardi, des élus MoDem ont critiqué de la part de LFI "des amendements de provocation" ralentissant les débats et "empêchant les autres oppositions de s'exprimer". Le président du groupe LR à l'Assemblée Damien Abad a aussi dénoncé le "jeu de dupes" entre le gouvernement, "obstiné", et LFI, dont l'attitude est selon lui "guignolesque" avec ses 19.000 amendements.

Des élus socialistes et communistes ont eux, à l'instar du groupe LFI, contesté la décision des responsables de la commission.

Anne-Pascale Reboul
Rémi Banet