Non, une délégation européenne n'a pas été chassée d'une localité en RDC pour avoir apporté des vaccins contre le Covid-19

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Une vidéo virale sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo montre un véhicule humanitaire chassé de la localité de Masisi, dans l’est du pays. Ces publications affirment qu’il s’agit d’une délégation d’Européens qui aurait apporté des "vaccins". Selon le Programme alimentaire mondial et les autorités locales, il s'agit en réalité d'une délégation de l'organisation humanitaire venue pour identifier des bénéficiaires d’aide alimentaire, et qui a dû quitter les lieux après avoir été pris à partie par des jeunes lui reprochant de ne pas faire appel à la main-d'oeuvre locale.

Un véhicule 4x4 blanc qui s’en va, suivi d’un pick-up de la police, dans un tohu-bohu de musique et de huées de la foule massée au bord de la route. 

"Le vaccin chassé par les jeunes de Masisi cet après-midi", affirme une publication Facebook partagée près d’un millier de fois depuis le 11 juin.

Capture d'écran Facebook, réalisée le 19 juin 2020

Une autre publication, diffusée le lendemain, avec la même vidéo affirme: "La population de Masisi vient de chasser la délégation de l'union Européenne qui soit disant est venue avec des vaccins anti Coronavirus. Le peuple n'a même pas attendue car les rumeurs couraient déjà" (sic).

Ces messages sont relayés dans un contexte tendu sur le continent africain où, avec la propagation de la pandémie de Covid-19, de puissantes rumeurs circulant notamment sur les réseaux sociaux affirment qu’un vaccin contre le nouveau coronavirus sera testé en Afrique. 

En avril dernier, un groupe d’Européens avait été chassé par la foule dans la banlieue de Kinshasa, la capitale de la RDC, sous prétexte qu’ils transportaient des vaccins. 

Une récente visite d’une délégation de l’Union européenne en RDC dans le cadre d’un "pont aérien humanitaire" a ravivé ces rumeurs dans l’opinion.

Une publication virale a notamment appelé la population à être vigilante sur la visite d’une délégation de l’Union européenne en RDC où, affirme-t-elle, "l'heure est au vaccin et à la balkanisation de notre pays". "N'acceptons aucun traitement ou test de masse, refusons tout don en vivres,  faisons obstacle à leur présence dans nos villages et territoires. Prenons-nous en charge. Ns ne leur avons rien demandé" (sic), lance-t-elle. 

Ce message est également largement relayé sur la messagerie Whatsapp depuis le 12 juin. 

Capture d'écran Whatsapp, réalisée le 19 juin 2020

Un incident sans lien avec des vaccins 

En visionnant la vidéo diffusée sur Facebook, on entend une personne relater la situation alors que le 4x4 blanc passe devant lui: "Les voilà en train de partir ! C’est la délégation PAM qui rentre à Goma (grande ville de l’Est de la RDC, ndlr), refoulée par la jeunesse du territoire de Masisi, accompagnée par la police"

PAM est l’acronyme du Programme alimentaire mondial, agence de l’Onu pour la lutte contre la faim dans le monde. Sa mission n’a aucun lien avec les vaccins ou l’aide médicale.

Contacté le 17 juin, le service de communication du PAM en République démocratique du Congo a confirmé à l’AFP cet incident à Masisi, située à environ 80 km à l’ouest de Goma.

"Le 5 et 6 juin, lors d’une mission visant à identifier des bénéficiaires pour l’assistance alimentaire, le PAM a été pris à partie par un groupe de jeunes qui estimait que l’Organisation ne recrute pas suffisamment d’enquêteurs locaux", a expliqué Claude Kalinga, chargé des relations avec la presse au sein du PAM. 

"L’organisation recrute localement mais vu qu’elle travaille dans un très grand nombre de localités et que des travailleurs tels que des enquêteurs doivent être formés, il n’est pas faisable de recruter une nouvelle équipe dans chaque localité", a-t-il justifié. 

Malgré les tentatives d’explication des personnels du PAM, "certains jeunes ont toutefois continué de manifester leur hostilité, donc le PAM a mis fin à cette mission d’identification de bénéficiaires".

"Un petit problème"

Les autorités locales de Masisi ont confirmé cette version.

"Je démens catégoriquement des rumeurs qui affirment que les jeunes s'en sont pris à la délégation de PAM parce qu’elle aurait emmené des vaccins", a déclaré à l’AFP Cosmas Kangakolo, administrateur du territoire de Masisi.

"C’est plus un ras-le-bol exprimé par les jeunes de Masisi qui reproche à cette organisation d’embaucher toujours les compatriotes de Goma alors qu’il y a de la main-d'oeuvre dans le territoire de Masisi. C’est un constat que nous avons fait depuis deux ans déjà", a-t-il ajouté.

"C’était un petit problème, la police était là pour sécuriser les membres du Programme alimentaire mondial", a-t-il ajouté. 

Par ailleurs, malgré un grand nombre de projets scientifiques en cours, aucun vaccin contre le Covid-19 n’est disponible à l’heure actuelle. 

Un récent "pont aérien" de l’UE vers la RDC

Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, l’Union européenne a lancé le 8 juin un "pont aérien" afin d’acheminer vers la RDC médicaments, matériel médical et personnels humanitaires.

Le premier des trois vols prévus vers la RDC est parti de Bruxelles le 8 juin, avec à bord Janez Lenarcic, commisssaire européen à la Gestion des crises, et les ministres français et belge des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et Philippe Goffin. 

Cette délégation comptait 93 personnes, a précisé la représentation de l’UE en RDC, contactée par l’AFP le 17 juin. 

"De Kinshasa à Goma, il y avait dans l’avion 16 personnes pour le compte de la délégation ministérielle européenne. Tous les passagers ont été testés négatifs au Covid-19", a-t-elle précisé. 

L’Union européenne a détaillé sur son site internet les types de matériels expédiés: "des purificateurs d'eau, un soutien nutritionnel et des fournitures médicales générales, d’autres fournitures, telles que du matériel de laboratoire, des masques, des gants et des équipements de protection individuelle, qui sont également destinées à soutenir la réaction face au coronavirus en RDC".

Depuis début mai, l'UE a organisé quatre autres vols humanitaires, trois vers la République centrafricaine et un vers São Tomé e Príncipe.

Au total, l'Union européenne a alloué début avril à l'Afrique 3,25 milliards d'euros en financements et 1,4 milliard d'euros de prêts pour aider à couvrir les besoins des pays les plus touchés.

Ange Kasongo