Non, les autorités congolaises n’ont pas enregistré la reddition de "26 groupes armés" dans l’est de la RDC

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Des publications cumulant près de 500 partages sur Facebook affirment que "26 groupes armés" se sont rendus aux autorités en Ituri, province de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où a été instauré le 6 mai un état de siège visant à lutter contre "l’insécurité". Selon les internautes, "plus de 4.000 miliciens" auraient ainsi renoncé au combat dans cette région, déstabilisée depuis  près de trois décennies par la présence de dizaines de groupes armés locaux et étrangers. Il s’agit en réalité d’une fausse information. Contacté par l’AFP, un porte-parole de l’armée a assuré n’avoir pas connaissance d’une telle reddition, par ailleurs démentie par des sources militaire et diplomatique.

L’état de siège décrété le 6 mai dans l’est de la République du Congo (RDC) porterait-il ses fruits? C’est ce que sous-entendent des publications partagées près de 500 fois depuis le 7 mai sur Facebook (1, 2, 3, 4, 5…) et Twitter (1, 2, 3), et largement commentées par les internautes.

Selon ces publications, qui consistent pour la plupart en quelques lignes de textes sur fond coloré, pas moins de "26 groupes armés", totalisant "plus de 4.000 miliciens", ont déposé les armes dans la province de l'Ituri, située à la frontière de l’Ouganda, dans le nord-est de la RDC. 

Les quatre provinces orientales du pays (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Tanganyika) sont en effet déstabilisées depuis plusieurs dizaines d'années par des groupes armés, locaux comme étrangers. Dans un récent rapport, le groupe d'études KST a recensé au moins "122 groupes armés" actifs dans cette région. 

Récemment, une Casque bleu et un journaliste congolais ont été tués dans la province du Nord-Kivu. La première est décédée dans une attaque du groupe armé Forces démocratiques alliées (ADF), tandis que l'identité des meurtriers du second ne sont pas connus à ce jour. 

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 12 mai 2021

Démentis de l'armée et de sources diplomatiques

Contrairement à ce qu’affirment les publications virales, rien ne prouve cependant qu'une trentaine de ces groupes armés, rassemblant plusieurs milliers de miliciens, a décidé de déposer les armes. 

Contacté par l'AFP, le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole de l'armée en Ituri, a déclaré que "les services de sécurité de la province (...) ne sont pas informés de cette reddition". Une autre source militaire, sous couvert d'anonymat, a indiqué qu'aucune reddition n'avait eu lieu de la part des groupes armés actifs dans la région. 

Une source diplomatique, qui a souhaité également rester anonyme, a assuré ne pas être au courant d’un tel événement, jugé hautement improbable. Le dernier rapport interne de l’ONU sur la situation dans l’est du pays, que cette source a pu consulter, n'indique en effet aucune reddition de cette ampleur. Et le nombre de groupes armés mentionnés dans les publications virales dépasse de toute façon le nombre de groupes en activité en Ituri.

Une région sous haute tension sécuritaire

La région de l'est de la RDC est en proie à des tensions sécuritaires extrêmes depuis plusieurs années. Cette situation a poussé le président Félix Tshisekedi à décréter l’état de siège le 6 mai dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. C’est ce que note d'ailleurs un des internautes partageant la rumeur virale, qui met la supposée reddition de ces groupes armés sur le compte de l'efficacité de ce régime juridique d’urgence.  

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 12 mai 2021

En annonçant le 3 mai cet état de siège, dans une adresse à la télévision publique congolaise RTNC, le président Tshisekedi avait affirmé avoir entendu "le cri de détresse" de la population congolaise et ressenti "les douleurs qu’éprouvent nos mères, nos sœurs, nos filles dans ces provinces ravagées par la barbarie".

Des soldats congolais montent la garde à l'entrée du gouvernorat, pendant que le nouveau gouverneur militaire de la province prend ses fonctions à Goma, dans la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, le 10 mai 2021 (AFP / Alexis Huguet)

Succédant au chef d'Etat, son porte-parole Tharsice Kasongo Mwema a déclaré que cet état de siège devait durer 30 jours à dater du 6 mai. "Jusqu'au rétablissement de la paix" dans ces deux provinces du nord-est et de l'Est de la RDC, "l'action des juridictions civiles sera substituée par celle des juridictions militaires", a-t-il précisé.

Des officiers de l'armée et de la police, nommés pour remplacer les autorités civiles, ont ainsi investi ces deux provinces. Cette mesure, destinée à lutter contre les massacres de civils par des groupes armés, a suscité espoirs et inquiétudes dans un pays où une partie de l'armée régulière est accusée d'affairisme et de violations des droits humains.

Riches en minerais, à la frontière de l'Ouganda, du Rwanda et du Burundi, les provinces du Nord et du Sud-Kivu (est) ont basculé dans la violence lors des deux guerres du Congo (1996-97, 1998-2003), sans retrouver une vraie stabilité depuis. Plus au nord, la province de l'Ituri a de nouveau basculé dans la violence fin 2017 après une accalmie d'une quinzaine d'années.

Marion Lefèvre