Non, l'eau chaude n'a pas le pouvoir de guérir les cancers, le diabète ou les maladies cardiaques

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Un article partagé plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux, et qui resurgit régulièrement depuis 2016, affirme que l'eau chaude est "à 100% efficace" pour résoudre de nombreux problèmes de santé et maladies tels que les cancers, les problèmes cardiaques, l'asthme, l'épilepsie ou encore la migraine. Cette affirmation attribuée à "un groupe de médecins japonais" est "absurde" et n'est appuyée par aucune étude scientifique, selon un expert interrogé par l'AFP. 

Diabète, "problèmes liés à l'estomac", cancers, manque d'appétit, "maladies liées aux problèmes d'utérus", "problèmes d'ORL" ou "de menstruation", maladies cardiaques, migraine, cholestérol, épilepsie, paralysie, asthme... L'eau chaude serait "100% efficace" pour soigner tous ces problèmes de santé et maladies selon une publication Facebook partagée plus de 8.400 fois depuis le 24 août 2018, et qui reprend mot pour mot un article erroné circulant en français et en anglais sur de nombreux sites internet et sur les réseaux sociaux depuis 2016 (123) . 

L' article affirme également que l'eau froide est "nocive" pour la santé et peut provoquer cancers et crises cardiaques. 

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, prise le 15 novembre 2019.

Cet article, qui a également récolté des milliers de vues sur Youtube depuis février 2017 (1, 2), recommande la "thérapie à l'eau chaude" suivante: "Se lever tôt le matin et boire à peu près 4 verres d'eau chaude alors que l'estomac est encore vide. Ne rien consommer dans les 45 minutes qui suivent (...)". Ce traitement permettrait une guérison en quelques jours ou mois.

Outre des délais de guérison qui semblent très rapides ainsi que le spectre très large de maladies que prétend soigner cette "thérapie à l'eau chaude", l'absence de source clairement identifiée et de liens renvoyant à une étude scientifique, laissent dubitatif.  

L'information est attribuée à "un groupe de médecins japonais" qu'il n'est pas possible d'identifier plus précisément. Sur de nombreuses publications, l'article est signé d'un certain "Dr D. Mensah-Asare". Une recherche sur plusieurs moteurs de recherche n'a pas permis d'identifier cet homme comme un véritable médecin, le lieu où il exercerait, ou encore de trouver des publications scientifiques dont il serait l'auteur. 

Par ailleurs, une recherche d'image inversée à partir d'une photographie supposée du "Dr D. Mensah-Asare" illustrant l'article sur un site, aboutit à plusieurs résultats identifiant plutôt la personne photographiée comme un entrepreneur ghanéen dans le secteur de la banque. Son image semble donc avoir été détournée. 

Capture d'écran d'un site reprenant l'article erroné, prise le 14 novembre 2019.

Sur le fonds, plusieurs scientifiques ont démenti auprès de l'AFP l'efficacité de toute "thérapie à l'eau chaude" ainsi que l'idée de nocivité de l'eau froide.  

"L'eau est indispensable à la vie, mais bien sur qu'elle n'a pas le pouvoir de soigner les maladies", a notamment confirmé à l'AFP, Bruno Falissard, professeur de Santé publique à l'Université Paris-Saclay, et directeur  d'un centre de recherche en Epidémiologie à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

"Il n'y a aucune étude scientifique sur les avantages de l'eau chaude" pour guérir des maladies et "le rationnel derrière cette idée de "thérapie à l'eau chaude" est nul et absurde", ajoute M. Falissard.

D'après le professeur, la variation de température de l'eau lorsqu'elle est ingérée n'a aucune incidence sur la santé et le corps, si ce n'est une possible brûlure à température trop élevée. 

"Que ce soit de l'eau chaude ou de l'eau froide, cela n'a pas d'importance. Elle ne guérit pas et n'est pas non plus nocive. Le corps est fait pour tolérer de l'eau de 0 à 40 degrés", précise-t-il.

L'eau peut toutefois être un "élément de soin" comme par exemple pour les cas de déshydratation.

Mais "ce qui est intéressant c'est de se demander pourquoi les gens croient à quelque chose d'aussi fou ? Cela traduit un désespoir", estime M. Falissard. "Les gens sont face à une médecine efficace mais elle est déshumanisée, elle repose sur un discours raide, scientifique, quand les gens ont besoin de plus de spiritualité. (...) Plus c'est fou, plus on a envie d'y croire". 

Le scientifique souligne le danger de ce type d'informations erronées qui "jouent sur le désespoir de certains malades"

 
Aglaé Watrin