Ces déclarations du président malgache accusant la Chine et les Etats-Unis ne sont pas avérées

Une publication virale, partagée plus de 37.000 fois sur Facebook en deux jours, affirme que le président de Madagascar, Andry Rajoelina, a déclaré que les Etats-Unis et la Chine lui ont proposé "des millions" pour empoisonner la tisane remède produite à Madagascar censée soigner le nouveau coronavirus. L’AFP n’a trouvé aucune trace de telles déclarations ni dans les médias, ni sur les réseaux sociaux. La présidence malgache a "formellement démenti" ces propos.

Ces dernières semaines, de nombreuses publications virales prêtent des propos au président de Madagascar Andry Rajoelina. 

Il aurait notamment appelé les pays africains à boycotter l’OMS, ou encore repoussé une offre de 20 millions de dollars de l’institution médicale internationale pour "mettre un peu de toxique" dans la tisane Covid-Organics produite à Madagascar et censée guérir le nouveau coronavirus.

Ces affirmations virales, qui ont été partagées des dizaines de milliers de fois sur Facebook, ont été vérifiées par l’AFP.

Depuis le 13 mai, une nouvelle publication, truffée de fautes d’orthographe, lui fait dire que "la Chine et les États-Unis sont les véritables ennemis du continent africain", que ces deux pays lui ont "proposé beaucoup des millions pour mettre un peu des toxiques et du poison" dans la tisane Covid-Organics, et également que Bill Gates "à contribuer à la propagation de cette pandémie COVID-19"(sic).

La publication, parue sur une page intitulée "Afrique World", a cumulé plus de 37.000 partages en deux jours.

(Capture d’écran Facebook du 15 mai 2020).

Des propos "faussement attribués"

L’AFP n’a trouvé aucune trace de ces diverses déclarations ni dans les médias, ni sur les réseaux sociaux où M. Rajoelina est pourtant très actif.

Contactée par l’AFP le 14 mai, la présidence de Madagascar a démenti ces propos. 

"La présidence de Madagascar dément formellement toutes ces allégations", a déclaré la directrice de cabinet de la Présidence, Lova Ranoramoro.

"Depuis le lancement du remède Covid-Organics, de nombreux propos ont été faussement attribués au Président Andry Rajoelina", a-t-elle déploré. 

Le président malgache a lancé le 20 avril une tisane censée prévenir et soigner le Covid-19 élaborée à base d’artemisia, plante très répandue en Afrique utilisée pour traiter le paludisme.

Cette tisane baptisée Covid-Organics, produite par l'Institut malgache de recherche appliquée (IMRA), est un remède à la fois "préventif et curatif contre le Covid-19", selon M. Rajoelina.

(Le président malgache Andry Rajoelina lors du lancement officiel de la tisane Covid Organics, le 20 avril à Antananarivo)

Ce breuvage est au coeur de tensions avec l’Organisation mondiale de  la santé, qui a multiplié les mises en garde contre ce remède n’ayant fait l’objet d’aucun test clinique.

Il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin ou traitement reconnu contre le nouveau coronavirus, dont la pandémie a fait au 15 mai près de 302.000 morts dans le monde.

Sur les réseaux sociaux, l’OMS est accusée d’être le bras armé des grandes puissances occidentales et de l’industrie pharmaceutique. 

Observations scientifiques contre essais cliniques

M. Rajoelina assure de l’efficacité de sa tisane en se basant sur des "observations scientifiques", et en mettant en avant le fait qu’aucun décès lié au coronavirus n’a pour l’instant été déploré à Madagascar.

"Une nette amélioration de l’état de santé des patients ayant reçu ce remède a été observée en 24 heures seulement après la première prise. La guérison a été constatée après sept jours, voire dix jours. Ce remède est naturel, non toxique et non invasif", a-t-il déclaré le 11 mai dans une interview au groupe France médias monde (France 24, RFI).

Mais pour l’OMS, l’efficacité et l'innocuité de ce remède contre le Covid-19 doit être évaluée selon les protocoles scientifiques en vigueur.

"Par rapport à ce médicament, notre position est claire: il n’y a pas eu de test, on encourage la recherche, mais tout médicament recommandé devrait avoir fait l’objet de tests et essais pour prouver son efficacité et son innocuité, afin qu’il ne soit pas néfaste à la population. Ce qui n’est pas le cas pour ce remède", a expliqué le 29 avril à l’AFP Michel Yao, responsable des opérations d’urgence de l’OMS Afrique.

"Des plantes médicinales telles que l’artemisia annua sont considérées comme des traitements possibles de la COVID-19, mais des essais devraient être réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables", a rappelé l’OMS le 4 mai dans un communiqué.

"Le problème, c’est que cela vient d’Afrique"

Selon Andry Rajoelina, les réserves émises sur son remède revêtent une dimension politique. 

"Si c’était un pays européen qui avait découvert ce remède, est-ce qu’il y aurait autant de doutes ? Je ne pense pas", a-t-il lancé dans son interview du 11 mai: "Le problème, c’est que cela vient d’Afrique. Et on ne peut pas accepter qu’un pays comme Madagascar, qui est le 163e pays le plus pauvre du monde, ait mis en place cette formule pour sauver le monde".

"Dans cette bataille, on veut nous freiner. On veut nous décourager, voire même nous interdire d’avancer", a-t-il également estimé.

M. Rajoelina a notamment annoncé avoir transmis des cargaisons de ce breuvage à ses "frères africains". Une quinzaine de pays d’Afrique de l’Ouest (dont la Guinée-Bissau, le Sénégal, la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale) mais aussi la Tanzanie ont reçu des échantillons.

Ange Kasongo