Non, le Gabon ne vient pas de célébrer son premier mariage homosexuel

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De nombreuses publications ont annoncé sur les réseaux sociaux que le Gabon venait de célébrer son "premier mariage homosexuel", en s’appuyant sur des images de deux femmes en train de s’embrasser. Si ces photos sont bien réelles, il ne s’agit pas d’un mariage officiel, mais d’une cérémonie sans aucun caractère légal. Les deux femmes sont actuellement incarcérées et poursuivies pour "outrage aux bonnes mœurs".

“LE GABON VIENT D'OFFICIALISER SON PREMIER MARIAGE HOMOSEXUEL À MAKOKOU DANS LA PROVINCE DE L'OGOUE IVINDO”, prétend annoncer, en lettres capitales, une publication partagée plus de 700 fois sur les réseaux sociaux.

Capture d’un post Facebook, réalisée le 16 novembre 2020

Ce message, également relayé au Cameroun, en Côte d’Ivoire (1, 2, 3) ou en République démocratique du Congo (1, 2), est accompagné d’une série de photos où l’on voit deux femmes affichant tous les signes d’un couple nouvellement uni: des tenues assorties, un échange d’alliance et un baiser. ​

Capture d’un post Facebook, réalisée le 16 novembre 2020
Capture d’un post Facebook, réalisée le 16 novembre 2020

 

Ces publications suscitent de nombreux commentaires d’internautes scandalisés, voire agressifs.

"Pour rappel, le Gabon avait fait son choix de dépénaliser l'homosexualité en juillet 2020", notent certaines publications.

Le 23 juin, le parlement gabonais a en effet voté une loi dépénalisant l'homosexualité, après des débats houleux à l’assemblée nationale et un mouvement de constestation d’une grande partie de l’opposition et des autorités religieuses.

Mais le mariage homosexuel reste, lui, illégal dans ce pays.

"La loi ne permet pas de célébrer d'union entre personnes du même sexe ou de s'embrasser en public car cela heurte la moralité", a rappelé un procureur gabonais auprès de l’AFP.

Que s’est-il passé à Makokou?

Ces photos ont été prises le vendredi 6 novembre à Makokou, dans l’Est du Gabon, où deux femmes, Patricia, 47 ans (en pantalon sur les photos), et Catherine, 26 ans (en robe), ont effectivement simulé un mariage.

Cette cérémonie a eu lieu en l’absence des autorités. "Il n’y avait ni chef de village, ni chef de quartier, ni maire, ni prêtre, ni pasteur", a affirmé Ben Ekouaghet, le frère aîné de Patricia, contacté le 13 novembre par l’AFP.

Ce dernier explique que la "cérémonie" a eu lieu à huis clos.

"Il y a eu amplification de l’information", estime-t-il. 

Dans une dépêche de l’AFP, le maire de la commune de Makokou, Guy-Roger Ekazama, a confirmé ne pas avoir célébré de mariage entre les deux femmes. "La loi est claire, un mariage se fait entre deux personnes de sexes différents", a-t-il insisté.

Selon Ben Ekouagnet, sa soeur Patricia a organisé cette cérémonie afin de "marquer" un "accord" passé avec son amie Catherine: elle souhaite en effet adopter le prochain enfant porté par la jeune femme, enceinte de 8 mois.

Les deux femmes ont été arrêtées lundi 9 novembre pour "outrage aux bonnes mœurs".

Elles sont actuellement détenues à la prison centrale de Makokou en attendant leur jugement.

Selon le code pénal gabonais, les outrages aux bonnes mœurs sont passibles de deux ans de prison et de 2 millions de francs CFA (3.500 euros) d'amende. 

En Afrique subsaharienne, l'homosexualité est largement illégale, plus de la moitié de ses pays interdisent ou répriment les rapports homosexuels, parfois jusqu’à la peine de mort.