Non, l’armée camerounaise n’a pas arrêté huit soldats français combattant aux côtés de Boko Haram

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Des publications relayées près de 200 fois sur Facebook depuis le 9 juin assurent, photo à l’appui, que l'armée camerounaise a arrêté "8 soldats français" combattant aux côtés du groupe jihadiste Boko Haram. C’est faux : l’armée camerounaise et l'ambassade de France au Cameroun ont démenti auprès de l’AFP cette "fake news", qui circule depuis au moins 2015 et a déjà été réfutée à plusieurs reprises. La photo, au demeurant, ne montre pas des soldats française: elle a été prise en 2016 lors d'une session de formation dispensée par les Marines américains à la compagnie camerounaise des Palmeurs de combats.

"L’armée Camerounaise arrête 8 soldats français combattant aux cotés de Boko Haram", assure une capture d'écran largement relayée sur les réseaux sociaux. Sur cette capture, on voit huit soldats noirs, debout et arme en bandoulière pour la plupart, face à deux soldats blancs. L’un est assis, lunettes de soleil sur le nez, et l’autre est allongé sur l’herbe.

Cette publication a été partagée près de 200 fois sur Facebook depuis le 9 juin (12...) et a suscité de nombreux commentaires, parfois outrés. "Ils doivent quitter l’Afrique avant qu’on les chasse", s’agace ainsi un internaute. "Ces soldats ont failli, ils doivent les exécuter", estime un second.

Capture d’écran d’un post Facebook, réalisée le 11 juin 2021

Pourtant, cette histoire est fausse. Contacté par l’AFP le 10 juin 2021, le colonel Cyrille Atonfack, porte-parole de l’armée camerounaise, a dénoncé une "intox" et une "infox".

Cette rumeur et l’image qui l’accompagne avaient déjà fait l’objet d’une vérification par l’AFP en 2019 : elle avait alors été réfutée par l'ambassade de France au Cameroun. Recontactée le 10 juin 2021, l'ambassade a apporté un nouveau démenti. "Je peux à nouveau vous confirmer qu'il s'agit d'un faux", a indiqué sa porte-parole.

Des Marines américains aux côtés de soldats camerounais

La rumeur de l’arrestation de soldats français au Cameroun a en réalité été publiée pour la première fois sur un blog le 15 janvier 2015, avec pour titre en lettres capitales : "HUIT SOLDATS BLANCS ARRETES DANS LE NORD CAMEROUN PAR L'ARMÉE CAMEROUNAISE". Depuis, elle refait régulièrement surface sur les réseaux sociaux, illustrée par diverses images sans rapport avec le sujet. 

La photo qui circule actuellement n’a ainsi rien à voir avec Boko Haram d'une part, et avec des soldats français d'autre part: elle montre des Marines américains aux côtés de soldats camerounais.

Une recherche d’images inversée permet de retrouver ce cliché sur le site officiel des Marines. Selon la légende qui lui est associée, elle a été prise en février 2016 à Limbé, dans l'ouest du Cameroun, lors d’une session de formation dispensée par les forces américaines à la compagnie camerounaise des Palmeurs de combats.

Cette initiative va permettre aux forces armées d'"accroître leurs capacités de lutte contre les activités illicites et accroître la sécurité des voies navigables et des frontières du Cameroun", précise la légende.

Mort du chef de Boko Haram

La fausse information sur ces soldats français refait surface alors que la mort du chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, vient d'être confirmée par un groupe jihadiste rival, qui a assuré dans un enregistrement audio qu’il s’était "suicidé lors de combats contre le groupe jihadiste rival de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap)". 

"Shekau a préféré l'humiliation dans l'au-delà à l'humiliation sur Terre. Il s'est donné la mort en déclenchant un explosif", assure dans cet enregistrement une voix semblant être celle du chef de l'Iswap Abu Musab Al-Barnawi. Ce document a été remis à l'AFP par une source relayant habituellement les messages du groupe.

La mort d’Abubakar Shekau, figure historique de Boko Haram, connue pour son ultraviolence et sa cruauté, avait été évoquée dès le 20 mai par des médias du Nigeria, fief du groupe jihadiste. Ce dernier est resté depuis lors silencieux sur la mort de son chef, l'armée nigériane ayant assuré de son côté qu’elle enquêtait.

Le conflit dans le Nord-Est du Nigeria, où sévissent Boko Haram et le groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), qui en est une branche dissidente, a fait plus de 36.000 morts depuis 2009, dont la moitié sont des civils. Il a contraint plus de deux millions de personnes à fuir leur domicile, selon l'ONU. La violence jihadiste dans le Nord-Est du Nigeria a depuis essaimé au Tchad, au Cameroun et au Niger voisins.