Non, la vidéo virale de la gifle à Emmanuel Macron n'a pas été filmée par un gendarme

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Des publications partagées plusieurs milliers de fois depuis le 9 juin sur Facebook et Twitter affirment que la vidéo montrant un homme gifler Emmanuel Macron à Tain-l'Hermitage (Drôme) a été filmée par un gendarme et évoque un "coup monté". C'est faux.

"Quand on regarde la vidéo du journaliste BFM, celle d'un 'autre angle', on se rend compte que la vidéo de base est celle d'un gendarme?!? Coup monté vous dites?!?", écrit l'auteur de l'une de ces publications.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 10 juin 2021

On retrouve des posts quasiment identiques, suggérant l'existence d'un "coup monté" par les services de l'Elysée, ici, ici ou encore ici sur Facebook ou encore ici et ici sur Twitter.

L'image utilisée dans les publications est tirée d'une vidéo filmée par un témoin de la scène et diffusée sur par la chaîne BFMTV mardi 8 juin, quelques heures après les faits.

A la 8e seconde de la séquence diffusée par la chaîne d'info, on peut voir un gendarme du peloton de surveillance et d'intervention (PSIG) avec un téléphone à la main, à quelques mètres d'Emmanuel Macron, au moment où ce dernier se fait gifler.

Mais ce que l'internaute dans la publication trompeuse nomme la "vidéo de base", partagée des dizaines de milliers de fois et relayée dans de nombreux médias nationaux et internationaux depuis sa diffusion mardi en début d'après-midi sur Twitter, n'a pas été tournée par ce gendarme.
Celle-ci est visible ci-dessous. 

Elle dure 25 secondes : le coup est porté au président de la République à la 3e seconde. On voit ensuite pendant une bonne vingtaine de secondes les services de sécurité de l'Elysée éloigner Emmanuel Macron avant qu'il ne revienne serrer des mains.

La personne qui filme cette séquence est quasiment immobile derrière les barrières de sécurité pendant sa prise de vue. Directement à sa gauche se trouve un homme en costume sombre et un autre en t-shirt bleu, que l'on peut voir à la 13e seconde.

Capture d'écran de la vidéo virale réalisée sur Twitter le 10 juin 2021

L'autre angle de la scène, diffusée par BFMTV, montre le gendarme, soupçonné par certains internautes d'être à l'origine de la vidéo virale, en train de ranger son téléphone une poignée de secondes après la gifle. 

L'homme en costume sombre et l'autre en t-shirt bleu se trouvent alors à plusieurs mètres. Le gendarme avance à hauteur des barrières pour porter assistance et ne filme rien.

Capture d'écran des images diffusées par BFMTV le 10 juin 2021

De plus, on voit précisément le gendarme passer devant le champ dans la vidéo virale :

Capture d'écran de la vidéo virale réalisée sur Twitter le 10 juin 2021

Cette vidéo a été diffusée pour la première fois sur Twitter à 14h15 mardi, environ une heure après les faits, mais la séquence a également été relayée sur Snapchat, sans que l'on puisse dire précisément quand.

L'auteur du tweet viral a affirmé dans l'après-midi qu'il n'était pas l'auteur des images. Il s'agit vraisemblablement de l'une des personnes à droite de l'homme en costume sombre, derrière les barrières.

18 mois de prison, dont 14 avec sursis pour l'auteur de la gifle

Le tribunal correctionnel de Valence a condamné jeudi 10 juin Damien Tarel, l'auteur de la gifle, à 18 mois de prison, dont 14 mois avec sursis, avec mandat de dépôt.

Le procureur de la République de Valence avait requis 18 mois de prison pour violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique. L'homme de 28 ans, qui a reconnu avoir donné cette gifle au chef de l'Etat lors de l'audience, a été incarcéré.

Interpellé avec lui, l'un de ses amis s'est vu délivrer une convocation en justice pour la fin du second semestre 2022 "pour répondre des infractions en lien avec les armes détenues illégalement" trouvées à son domicile, selon le procureur de la République de Valence Alex Perrin.

Résidant à Saint-Vallier, au nord de Valence, les deux hommes ont été arrêtés tout de suite après les faits. Ils sont "tous deux inconnus des services judiciaires et des services de renseignements".

La gifle adressée à Emmanuel Macron, une première dans son quinquennat, a suscité l'indignation de l'ensemble de la classe politique, même si le chef de l'Etat a tenté de relativiser "un fait isolé" commis par "des individus ultraviolents". "C'est de la bêtise. Et quand la bêtise s'allie à la violence, c'est inacceptable", a-t-il dit.

D'autres publications virales, affirmant également que les images étaient une "mise en scène" ont été vérifiées par l'AFP ici.