Non, la viande de boeuf n'est pas le "meilleur vaccin" contre le coronavirus

Une publication partagée 3.000 fois en 24 heures sur Facebook, affirme que, selon des travaux de virologues chinois, les consommateurs de viande de boeuf sont immunisés contre le coronavirus. C'est faux, aucun travail scientifique ne prouve cela. Une telle étude épidémiologique prendrait beaucoup plus de temps explique l'Agence de sécurité sanitaire française à l'AFP.

"Les chercheurs de l’Institut de Virlogie de Wuhan aurait découvert que les patients les plus gravement atteint par le virus avaient une caractéristique commune… il ne mangeaient pas de viande de boeuf (sic)" affirme un article publié cette semaine sur une page web d'informations-services spécialisée dans l'agriculture, Agri-Web.

Capture d'écran prise le 28 février 2020

Diffusé sur Facebook  jeudi matin, l'article a été partagé plus de 3.000 fois en 24 heures selon l'outil de mesure d'audience Crowd Tangle, et suscite plusieurs réactions méfiantes.

Capture d'écran prise le 28 février 2020

Les consommateurs de viande rouge immunisés contre l'épidémie ? Cette semaine, d'autres rumeurs prétendaient que le thé au fenouil, des herbes médicinales ou l'ail bouilli guérissaient du coronavirus. 

Or pour valider une telle découverte, "il faut d'abord publier dans une revue scientifique à comité de lecture, telle que Nature ou The Lancet. C'est-à-dire être revu par des pairs qui vont valider la qualité scientifique", explique un expert vétérinaire de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, l'ANSES.

Pour prouver l'association entre consommation de viande et immunité au virus il faudrait "plusieurs mois d'enquêtes pour reunir énormément de cas et de témoins" explique le vétérinaire. "C'est comme cela que l'on a trouvé que la surconsommation de viande était associée à un risque accru de cancer du colon".

L'OMS rappelle sur son site qu'il n'existe pas, à ce jour, de médicaments spécifiques pour prévenir ou guérir du nouveau coronavirus.

L'article d'Agri-Web affirme également que les chercheurs de l'Institut de virologie de Wuhan, ville de l'épicentre de l'épidémie, auraient communiqué leur "découverte" "à leur collègues européens et notamment italiens".

"À notre connaissance il n'y a pas de publications qui valident cette hypothèse scientifique", a réagi l'ANSES, contactée par l'AFP.

La publication virale affirme également que "la consommation de viande bovine étant beaucoup moins répandu en Chine cela favoriserai la propagation rapide du virus (sic)".

Selon les données de l'OCDE et de la FAO, les Chinois consommaient 3,8 kg de viande bovine par habitant, en moyenne en 2018 . C'est peu comparé à l'Union européenne (10,8 kg par an et par habitant), mais cela ne signifie en rien qu'une forte consommation protège du virus.

Avec 10,9 kg par an et par tête, les Sud-Coréens mangent presque 3 fois plus de viande bovine que les Chinois, selon la même source. Le pays est pourtant aujourd'hui le deuxième plus gros foyer de contamination du coronavirus, avec 2.337 personnes infectés au 28 février.

La publication affirme également que le gouvernement chinois a "mis en place un plan pour augmenté la consommation nationale de viande de 50% (sic)".

Les dernières directives diététiques éditées par le ministère chinois de la Santé en 2016 recommandaient plutôt une consommation de viande modérée, et à la baisse pour rapport aux directives de 2007, selon l'analyse d'universitaires et de la presse locale.

Thomas Saint-Cricq