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Non, la Chine n'a pas ouvert de commissariats de police en Afrique du Sud

Un post très partagé sur Facebook affirme que des commissariats de police chinois auraient été ouverts en Afrique du Sud. La Chine n’a ouvert aucun commissariat dans le pays, mais a inauguré quatorze centres de coopération pour travailler en collaboration avec la police sud-africaine. Ces centres n’ont aucun pouvoir de police, en vertu de la Constitution d’Afrique du Sud. La photographie lié au post Facebook montre des agents de police chinois assistant à l’inauguration du 14e centre de ce type à Port Elizabeth.

C’est un post daté du 30 octobre 2018, accompagné d’une photo de l’inauguration du quatorzième "Community and Police Cooperation Center” (CPCC). Sur ce cliché, la commissaire de la province du Cap-Oriental, Liziwe Ntshinga, est entourée de deux dignitaires chinois en uniforme de police. “Les chinois ouvrent désormais leurs propres commissariats de police en Afrique du Sud pour protéger leurs ressortissants et leurs business. Ramaphosa et l’ANC ont vendu notre pays au plus offrant. Maintenant, on est b***sés !”, indique le commentaire, en allusion au président sud-africain Cyril Ramaphosa et au parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC).

Le post a depuis été partagé 2.180 fois et a généré 166 réactions et 46 commentaires.

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Dans un post similaire partagé sur Twitter par un compte suivi par 473.000 abonnés, quatre images sont liées au tweet, lequel affirme que “désormais, les Chinois ouvrent leurs propres commissariats en Afrique du Sud [...] Ils apprennent même aux policiers à parler mandarin pour que les Chinois n’aient pas de mal à communiquer avec eux”.

De nombreuses versions de cette rumeur ont fleuri sur divers sites d’informations, à l’instar de Zambianobserver ou encore News-Africa.

Contactée par l’AFP, la colonelle Priscilla Naidu, responsable du Service de police sud-africain (SAPS) pour la région du Cap-Oriental a apporté des précisions par courriel. “Ces centres de coopération ne sont PAS des commissariats et ne sont PAS gérés par des agents de police sud-africains”.

“Le SAPS est habilité par la Constitution sud-africaine à servir et protéger tous les citoyens de notre pays et les pouvoirs qui leurs sont conférés ne peuvent émaner d’aucune autre nation”, a-t-elle déclaré.

La colonelle Naidu a aussi indiqué à l’AFP que des membres du SAPS avaient été invités à l’inauguration du centre de coopération de Port Elizabeth et que c'est à cette occasion qu'ils avaient appris que 13 Community and Police Cooperation Centres (CPCC) avaient déjà été ouverts dans le pays.

Le président des CPCC, Jie Lee Zhang, a affirmé à l'AFP que le premier centre de coopération avait été inauguré en 2005 à Johannesburg. Il a précisé que leur emplacement dépendait du nombre de ressortissants chinois présents dans chaque région.

A l’heure de l’écriture de ces lignes, 14 centres de coopération ont été ouverts en Afrique du Sud pour répondre aux besoin des ressortissants chinois vivant en Afrique du Sud, qui selon le CPCC sont entre 250.000 et 300.000, dans un pays comptant 57 millions d’habitants.

“Les centres de coopération policière ne sont pas des commissariats de police”, tranche Lee Zhang : ils ne peuvent arrêter ou maintenir en garde à vue qui que ce soit.

Leur objectif est “d’établir de bonnes relations avec le SAPS, la police urbaine et la police de proximité. Nous ne sommes pas un organisme de maintien de l’ordre, mais un organisme à but non-lucratif. Nous faisons le lien entre nos deux pays et nos deux communautés et nous bénéficions de soutien de la part des deux gouvernements”, a-t-il ajouté.

La photographie des représentants chinois en uniforme a, selon lui, contribué à entretenir une certaine confusion vis-à-vis des missions et fonctions de ces centres.

“Les gens voient des représentants chinois en uniforme et pensent qu’un commissariat de police chinois a été ouvert. La personne présente sur le cliché est un conseiller de police en mission en Afrique du Sud, accompagné de l’un de ses collègues. Il ne porte l’uniforme que pour répondre aux normes du protocole”, a encore expliqué Jie Lee Zhang. “Certaines personnes imaginent que nos centres sont des commissariats de police chinois, mais cela ne sera jamais le cas --le contraire serait une violation de la Constitution et des lois sud-africaines”, a-t-il insisté.

Les CPCC offrent des cours de mandarin gratuits aux fonctionnaires du SAPS afin d’améliorer la communication entre la communauté chinoise et la police sud-africaine.

“Que les choses soient claires : les Chinois n’ont pas leurs propres commissariats de police. Si un ressortissant chinois a besoin d’aide concernant un crime ou un délit, il doit s’adresser au SAPS le plus proche pour obtenir de l’assistance”, a insisté de son côté le colonel Naidu.

Pour l’heure, le responsable chinois affirme qu’aucun autre centre de coopération policière ne devrait voir le jour le territoire sud-africain, les quatorze CPCC “couvrant” déjà tout le pays.