(AFP / Guillaume Souvant)

Non, il n'y a pas eu "4472 homicides" en France en 2020

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Des articles, partagés plusieurs centaines de fois en quatre jours sur les réseaux sociaux affirment qu'"avec un pic de 4 472 homicides en 2020, la France a enregistré l'un de ses pires scores depuis 20 ans". C'est faux, la France n'a pas enregistré 4 472 homicides. Ce nombre, donné dans un article du Figaro par le criminologue Alain Bauer, comprend selon ce dernier plusieurs catégories de faits, dont "les homicides", mais aussi les "tentatives d'homicides". Selon les premiers chiffres du service de statistiques du ministère de l'Intérieur, il y a eu 863 homicides pour l'année 2020.  

"Avec un pic de 4 472 homicides en 2020, la France a enregistré l’un de ses pires scores depuis 20 ans. Le criminologue Alain Bauer parle 'd’épidémie d’homicides'", peut-on lire sur le site fdesouche.com dans un article du 3 février.

Une différence significative avec les 863 homicides recensés par le service statistique du ministère de l'Intérieur en 2020 (ces chiffres peuvent faire l'objet d'actualisations futures au gré de procédures judiciaires ou de découvertes de doublons dans les remontées par exemple). 

Capture d'écran du rapport "Insécurité et délinquance en 2020 : une première photographie" du service statistiques du ministère de l'Intérieur, prise le 3 février 2021

D'où vient ce nombre ? 

Le site paraît reprendre cette phrase d'un article publié sur Valeurs actuelles quelques jours plus tôt (le 1er février). L'hebdomadaire y affirme également qu'il y a eu 4 472 homicides en France en 2020, mais parle tour à tour d'homicides et de "faits divers violents", et explique que le criminologue Alain Bauer "a décidé de regrouper tous ces actes pour créer son propre indicateur, appelé 'l’homicidité'", citant un entretien au journal Le Figaro. 

Capture d'écran du site Valeurs actuelles, prise le 4 février 2021

Le 1er février, le Figaro a effectivement publié un article, réservé aux abonnés, dans lequel le criminologue Alain Bauer détaille une analyse de l'évolution de faits violents en France, comprenant les homicides mais également les tentatives d'homicides. 

D'abord intitulé "les homicides ont bondi de 90% en vingt ans". Mais son titre a rapidement été modifié en "les homicidités ont bondi de 90% en France en 20 ans".  

Capture d'écran d'une version archivée du site du Figaro, prise le 5 février 2021
Capture d'écran du site du Figaro, prise le 5 février 2021

 

D'où provient ce terme ? Contacté par l'AFP, Alain Bauer explique qu'il a choisi de créer un "nom générique", "pour prendre en compte les homicides et les tentatives d'homicides" et rendre compte de l'évolution de ces faits violents en France. 

"Au lieu de m'en tenir simplement aux homicides ayant réussi, j'ai pris en compte les homicides et les tentatives d'homicides (...) A la différence de ce qui se fait depuis 4 ans où les tentatives d'homicides ne sont plus prises en compte par les services de l'Etat, je les ai réintégrées", explique auprès de l'AFP. Le criminologue, qui précise s'appuyer sur "le 4001", une base de données en accès libre, recensant le nombre de crimes et délits enregistrés mensuellement par les services de police et de gendarmerie

Capture d'écran de la base de données, prise le 5 février 2021

Quels sont les faits intégrés dans ce nombre ? 

Pour être précis, le nombre donné par le criminologue comprend différentes catégories de crimes : "les homicides pour voler ou à l'occasion de vol, les homicides pour autre motif, les tentatives d'homicides pour voler ou à l'occasion de vol, les tentatives d'homicides pour d'autres motifs, les réglements de compte entre malfaiteurs, les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort et les homicides sur mineurs de 15 ans", pour aboutir à un total de 4 472 faits. 

Or il faut noter que pour la seule année 2020, 3331 tentatives d'homicides ont été répertoriées dans la base de données des faits enregistrés par les forces de l'ordre (données provisoires). Il est donc faux d'affirmer qu'il y a eu "4 472 homicides", il faudrait a minima soustraire les "tentatives d'homicides" ou mentionner qu'elles sont prises en compte.  

Contacté par l'AFP, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) avance par ailleurs que les chiffres contenus dans le "4001" sont "des chiffres bruts, non requalifiés, non fiabilisés par le SSMSI, dont le travail consiste justement à consolider ces données après prise en compte des requalifications des infractions enregistrées au cours de l’année (...) et en effectuant une correction des doublons", ce qui expliquerait donc que le ministère recense après vérification 863 homicides pour l'année 2020. 

Selon le SSMSI, sont pris en compte dans ces homicides : "les règlements de comptes entre malfaiteurs", les "homicides pour voler et à l'occasion de vols et pour d'autres motifs", les "coups et blessures volontaires suivis de mort" et les "homicides d’enfants âgés de moins de 15 ans". Une partie des homicides dits "involontaires" est prise en compte à travers les "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner"; en revanche d'"autres homicides involontaires correspondent à des accidents, notamment routiers, ne sont pas inclus", selon la même source. 

"Concernant les tentatives d’homicides, ce travail de consolidation est en cours au sein du SSMSI", explique le service.

En conclusion : il est faux de dire qu'il y a eu 4 472 homicides en 2020 en France. Ce nombre comprend d'autres faits, notamment un nombre conséquent de tentatives d'homicides. Selon les chiffres provisoires du ministère de l'Intérieur, il y a eu 863 homicides en France sur l'année 2020.