Manifestation de partisans du parti du Congrès à New Delhi le 30 août (AFP / Sajjad Hussain)

Non, des journalistes français n'ont pas été expulsés d'un briefing sur les Rafale de la ministre indienne de la Défense

Un média indien affirme que deux journalistes français ont été expulsés lundi à New Delhi d'un briefing de la ministre de la Défense indienne portant sur la polémique autour du contrat Rafale, qui fait rage dans le pays. Si des journalistes d'une agence étrangère ont bien été sommés de quitter la réunion, ils ne sont pas Français.

Dans un article publié lundi soir, le site indien National Herald rapporte que deux journalistes français ont dû quitter un briefing à la presse de la ministre de la Défense indienne, Nirmala Sitharaman, sur la controverse autour de l'achat par l'Inde de 36 avions de chasse Rafale à la France en 2016. Une éviction qui "met le monde des médias de Delhi en effervescence", selon le journal.

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Capture d'écran du site nationalheraldindia / DR (Capture d'écran du site nationalheraldindia / DR)

L'"affaire des Rafale" est un sujet brûlant dans ce pays d'Asie du Sud et fait les gros titres des journaux locaux ces derniers jours. Ce contrat constitue le fer de lance des attaques de l'opposition, dont le National Herald est proche, contre le gouvernement nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi.

Courant depuis presque un an, la polémique a tourné à la tempête politique la semaine dernière suite à des propos de l'ex-président français François Hollande, dans lesquels les adversaires du gouvernement indien ont vu la confirmation de leurs accusations.

C'est dans ce contexte, rapporte le National Herald, que la ministre de la Défense tenait lundi après-midi dans la capitale indienne une conversation "off the record" - signifiant que les propos qui y sont tenus ne peuvent pas être attribués ou utilisés - sur le dossier avec des journalistes.

"En apprenant que des journalistes français étaient présents, elle leur aurait demandé de partir", écrit ce site en ligne qui est spécifiquement proche du parti du Congrès, la principale formation d'opposition et à l'origine de la polémique sur les Rafale.

Un geste, selon un reporter présent sur place et cité de façon anonyme par le média, qui "trahit la nervosité du gouvernement Modi vis-à-vis de la polémique du contrat Rafale".

"Bien que les journalistes n'aient pas pu être identifiés, il se dit que tous deux travaillent pour Bloomberg", indique l'article.

Pourtant, les correspondants habituels des médias français à New Delhi ont affirmé à l'AFP avoir été absents de ce briefing. Aucun d'entre eux n'avait connaissance de la présence d'un journaliste français à cette occasion.

En réalité, selon plusieurs journalistes basés à Delhi et interrogés par l'AFP, ce sont deux employés de l'agence internationale Bloomberg qui ont été interdits d'assister à la discussion. "Quelques minutes après que le briefing off-the-record a commencé, la ministre s'est soudainement arrêtée. Suite à quoi des responsables de la presse ont demandé aux deux reporters de Bloomberg de partir", a décrit à l'AFP un témoin de la scène qui a requis l'anonymat pour des raisons professionnelles.

L'article fait donc une erreur notable, vu le caractère sensible du dossier Rafale à Paris et New Delhi : aucun des deux journalistes en question n'est de nationalité française.

Agence économique internationale dont le siège est à New York, Bloomberg n'emploie en effet aucun reporter français à New Delhi. D'après plusieurs journalistes locaux, l'un des intéressés est canadien et l'autre indien.

Sollicitée par l'AFP, l'entreprise n'avait donné suite au moment de la publication. Le porte-parole du ministère de la Défense indien n'était pas non plus joignable dans l'immédiat.

L'Inde figure au 138e rang sur 180 au classement mondial 2018 de la liberté de la presse établi par l'ONG Reporters sans frontières, qui s'est récemment alarmée de la "hausse significative" de l'autocensure au sein des médias indiens.

Objet d'une bataille politique et médiatique en Inde, le débat autour des chasseurs Rafale tourne principalement autour des accusations de népotisme envers le gouvernement Modi.

L'opposition lui reproche d'avoir privilégié le conglomérat privé d'un industriel présumé proche de M. Modi comme bénéficiaire d'une partie des réinvestissements contractuels en Inde du constructeur Dassault, au détriment de l'entreprise publique Hindustan Aeronautics Limited (HAL).

Au détour d'une interview à Mediapart la semaine dernière, l'ex-président de la République François Hollande a ravivé la polémique. Il a déclaré que la France n'avait "pas eu le choix" du partenaire de Dassault, en l'occurrence Reliance Group du magnat Anil Ambani. Ce sont ces propos qui sont au coeur de la polémique en Inde.

La phrase de M. Hollande a fait grincer des dents officiels indiens et français, qui assurent que Dassault a pu choisir librement son partenaire. Cette déclaration "ne rend pas service à la France", a critiqué le secrétaire d'État français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, dimanche sur Radio J.

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