Capture d'écran / Facebook (Capture d'écran / Facebook)

Non, cette photo ne montre pas un matador se rendant compte de “la barbarie de la tauromachie”

Une photographie d’un matador semblant pleurer face à un taureau a resurgi récemment sur les réseaux sociaux. Le cliché est présenté comme celle de l'événement qui a conduit le matador Alvaro Munera à mettre fin à sa carrière, qui aurait à ce moment précis réalisé la cruauté de la tauromachie. En réalité, M. Munera a mis fin à sa carrière à la suite d’une blessure grave, et n’est pas le torero présent sur la photo. Par ailleurs, ce dernier ne pleure pas, mais adopte intentionnellement une pose dangereuse pour désarçonner le taureau.

“Cette photo incroyable marque la fin de la carrière du matador Alvaro Munera”, affirme la légende d’une photo partagée des dizaines de milliers de fois sur Facebook dans plusieurs langues.

Cette image montre un homme assis, tête baissée, une main sur le front, dans une posture qui semble évoquer le regret ou la contrition. Face à lui, à quelques dizaines de centimètres, un taureau blessé par quatre banderilles semble le dévisager.

La publication attribue également une citation à M. Munera. “Et soudain, j’ai regardé ce taureau. Il avait cette innocence que les animaux ont dans leurs yeux, et il me regardait comme s’il implorait ma pitié”.

Depuis plus d’une décennie, cette publication a été relayée sur les réseaux sociaux en anglais, français, espagnol et italien.

Qu’est-il arrivé à Alvaro Munera ?

M. Munera, autrement connu sous le nom d’El Pilarico, est un célèbre matador colombien ayant mis fin à sa carrière en 1984, après avoir été blessé par un taureau. Il s’est depuis engagé contre la corrida.

“Ce n’est pas moi sur la photo, et ce n’est pas ce qu'il m’est arrivé”, a déclaré M. Munera à l’AFP. “J’ai quitté le monde de la tauromachie à la suite d’un accident qui m’a laissé en chaise roulante”.

M. Munera est bien à l'origine de certaines citations présentes dans la publication, mais ces dernières ont été prononcées dans le cadre d’une interview et n’ont pas de rapport avec la photographie, qui montre un autre matador. Celles qui concernent le regard du taureau ont été rapportées par le quotidien espagnol El Pais le 30 juillet 1995 - plus d’une dizaine d’années après le dernier combat d’El Pilarico.

Que se passe-t-il sur cette photographie ?

Le cliché est bien réel, mais la réalité est bien loin de ce que suggère la légende qui lui est associée. Le matador y effectue un “desplante”, une posture fréquente dans la gestuelle des matadors. Au cours du desplante (“insolence”, en espagnol), le torero défie le taureau en se plaçant délibérément dans une posture dangereuse. L’émotion que l’on perçoit dans la photographie est donc la défiance, et non la contrition.

Le matador espagnol David Fandila effectuant un "desplante" pendant le festival de la tauromachie de Granada, le 1er juin 2018 (Jorge Guerrero / AFP)

Trois sources ont indiqué à l’AFP que l’homme présent sur ce cliché est Francisco Javier Sanchez Vara, un célèbre torero espagnol.

“Oui, c’est Javier”, a affirmé à l’AFP l’ancien manager de M. Vara, Cesar Sanchez de Castro.

Veronica Dominguez, une photographe espagnole spécialisée dans la corrida (et elle-même fille du célèbre matador Paco Dominguez), a également confirmé à l’AFP qu’il s’agissait de “Sanchez Vara, sans aucun doute”. Différents médias ont également vérifié cette photographie, dont nous n’avons pu retrouver l’auteur et la date, en affirmant que le matador était Francisco Javier Sanchez Vara.

Le torero espagnol Sanchez Vara aux férias d'Arles, le 24 mars 2008 (Anne-Christine Poujoulat / AFP)

La présentation de ce cliché est donc trompeuse. Comme M. Munera l’a confirmé, il n’est pas l’homme présent sur cette image. L’ancien torero siège désormais au conseil municipal de la ville de Medellin, en Colombie. Sanchez Vara continue quant à lui sa carrière de matador.