Non, cette photo n’a pas été prise dans une maternité au Cameroun

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L’auteur d’une publication partagée des centaines de fois sur Facebook depuis le 16 août affirme que cette photographie illustre la mauvaise prise en charge de nouveaux-nés dans un hôpital du Cameroun. C’est faux, elle a été prise dans une formation sanitaire en Ouganda. 

Capture d'écran Facebook prise le 20/08/2019

Sur le cliché, six nouveaux-nés en couches sont allongés sur des chaises en plastique, tandis qu’un autre repose confortablement dans un berceau. La présence d’une personne en blouse rose aux mains gantées laisse penser que le cliché a été pris dans un hôpital. La photo peut amener à croire que les lits sont en nombre insuffisant dans ce centre hospitalier. Une situation scandalise cet internaute qui interpelle le président camerounais Paul Biya.

"Ils ont fait quoi pour mériter ça ? Même à la maternité Paul Biya, la maternité ? Toi qui avais pour première épouse une sage-femme ?? Yaaaah Bi Mvodo....! ", mentionne la personne dans sa publication.

Parmi les commentaires sous ce post, un internaute a posté une capture d’écran du groupe Facebook nigérian "Kiss Me Quick", ayant utilisé la même image pour décrier l’absence de lits pour nouveau-nés dans un pays "producteur de pétrole". Sous la publication de "Kiss Me Quick" quelques commentaires notent que cette image a été prise dans un hôpital de Kampala en Ouganda et non au Nigeria.

Capture d'écran Facebook prise le 20/08/2019

Une recherche inversée de cette photo sur Google Images montre une longue série de tweets d’internautes ougandais illustrés avec ce cliché et un autre. Tous déplorent les conditions exécrables de prise en charge de bébés à l’hôpital national de référence de Kawempe, dans le Centre de l’Ouganda.

Capture d'écran Twitter prise le 20/08/2019

Ces deux images ont provoqué une vague d’indignation d’internautes ougandais. Le cliché qui circule au Cameroun est largement partagé en Ouganda comme dans ce tweet et celui-ci. Il est par ailleurs visible dans cette publication du 13 août 2019 sur Facebook.

La viralité de ces images a poussé le 15 août 2019 la ministre ougandaise de la Santé publique à reconnaître dans un communiqué que la prise en charge des bébés à l’hôpital national de référence de Kawempe est difficile. Elle assure que les bébés ont été transférés dans un autre hôpital pour désengorger celui de Kawempe.

Contacté par l’AFP le 19 août 2019, Emmanuel Ainebyoona, responsable des relations publiques du ministère ougandais de la Santé admet que cette image a bien été prise à l’hôpital de Kawempe. Toutefois, tempère-t-il, cette situation n’est plus celle qui prévaut à l’heure actuelle. "La situation s’est depuis améliorée", a-t-il assuré. Une amélioration relayée par des médias ougandais ici et ici.

Les deux images qui ont fait le tour des réseaux sociaux ont aussi été reprises dans des reportages de la chaîne de télévision ougandaise NBS Tv.

Capture d'écran Facebook prise le 20/08/2019

Cette photo attribuée à tort à un hôpital camerounais suscite beaucoup de réactions dans un pays, où le taux de mortalité néonatale est l’un des plus élevés en Afrique, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). "En 2015, il a été estimé à 25,7 décès pour 1000 naissances vivantes, contre 28 pour 1000 dans la région Afrique. En zone rurale il est plus élevé qu’en zone urbaine au cours de la même période", lit-on dans le rapport de suivi des 100 indicateurs clés de santé au Cameroun en 2017.

Le pays a aussi été marqué par la mort en mars 2016 d’une femme enceinte sur le perron de l’hôpital public de Douala, refoulée faute de moyens financiers. Monique Koumatéké a été éventrée post-mortem par sa sœur, pour sauver des jumeaux, qui, eux non plus, n’ont pas survécu.

Cette scène atroce avait donné lieu à une marche, initiée par des acteurs de la société civile, pour revendiquer des soins de santé pour tous et relancer la question de l’assurance maladie.

 
Monique Ngo Mayag