Non, ces photos n’ont pas été prises en Guinée en 2021 mais en Côte d'Ivoire en 2020

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Des photos partagées des milliers de fois sur plusieurs pages Facebook depuis le début du mois de mai prétendent montrer l'arrestation en Guinée d'orpailleurs clandestins venant du Burkina Faso. Ces images sont accompagnées d'un texte soulignant les discriminations dont sont victimes les Burkinabè dans la zone aurifère guinéenne. Ces dernières années, des opérations de ratissage ont été menées par l'armée pour arrêter les orpailleurs clandestins, comme celle en 2017 qui a conduit à l'arrestation de nombreux burkinabè. Cependant, ces photos n'ont aucun lien avec la Guinée. Elles ont été prises en Côte d'Ivoire en septembre 2020 lors d'arrestation d'orpailleurs clandestins. 

Motos, camionnettes à trois roues, tentes, équipement de travail... partis en fumée.  Les photos partagées plus de 2 000 fois sur des pages Facebook depuis le 7 mai principalement au Burkina Faso veulent montrer "la souffrance des burkinabé" en Guinée. Elles auraient été prises lors d'arrestations d'orpailleurs d'or clandestins dans les mines guinéennes. 

Pour l'auteur d'une des publications, partagée plus de 1 700 fois depuis le 7 mai, cette "chasse" utilise l'excuse de la lutte contre l'orpaillage clandestin pour s'en prendre "uniquement aux Burkinabè" puisque les orpailleurs illégaux "Maliens, Sénégalais, Ivoiriens sont en paix".

Un acharnement qui durerait depuis "6 ans (...) Les autorités Guinéennes arraches nos téléphone ,argent ,habit ,or, tu fais commerce on brûle ton magasin s'il su que tu est burkinabè" détaille le texte accompagnant les quatre photos.

Capture d’écran Facebook, réalisée le 19 mai 2021
Capture d’écran Facebook, réalisée le 19 mai 2021

 

Une autre publication, partagée plus de 200 fois depuis le 15 mai, avec les mêmes photos, abonde dans le sens de la discrimination : "Si par hasard il te repère et t'étiquette "burkinabè" pour ne pas dire mossi (une ethnie vivant au Burkina Faso, ndlr), la chasse à l'homme démarre...et bonjour les dégâts et pillages de toutes sortes."

Capture d’écran Facebook, réalisée le 19 mai 2021

Photos prises en Côte d'Ivoire en 2020

L'AFP a utilisé la recherche d'image inversée pour retracer l'origine des photos. Sur la page Facebook de la Brigade de répression des infractions au Code Minier en Côte d'Ivoire (BRICM), nous retrouvons des images similaires. 

Elles ont été publiées le 14 septembre 2020 et détaillent le matériel saisi et brûlé lors "des opérations de répression du 24 août au 04 septembre 2020 dans la région du HAMBOL précisément dans les départements de Katiola et Dabakala", comme l'a relayé Guinée Check dans cet article publié le 17 mai.

Capture d’écran Facebook du BRICM, réalisée le 19 mai 2021
Capture d’écran Facebook du BRICM, réalisée le 19 mai 2021

 

Contacté par l’AFP, le ministère des Mines a confirmé que ses images avaient bien été prises en Côte d'Ivoire. Il s'agissait d'une opération "impersonnelle" et il n'y a "pas eu d'arrestation. Seulement des saisies et du matériel détruits, comme listés sur la page Facebook de la BRICM". 

Le ministère a partagé avec l'AFP les photos originales. En comparant les images détournées et les originales, la seule différence notable réside dans le recadrage des clichés.

Capture d’écran Facebook de la publication que nous vérifions, réalisée le 21 mai 2021
Photo originale prise par la BRICM

 

Capture d’écran Facebook de la publication que nous vérifions, réalisée le 21 mai 2021
Photo originale prise par la BRICM

 

Capture d’écran Facebook de la publication que nous vérifions, réalisée le 21 mai 2021
Photo originale prise par la BRICM

 

 

Nous avons aussi retrouvé ces photos sur des pages facebook ivoiriennes, datées du 1er septembre 2020 et sourçant la BRICM comme visible ici et ici.

Capture d’écran Facebook, réalisée le 19 mai 2021
Capture d’écran Facebook, réalisée le 19 mai 2021

 

Une majorité de Burkinabè dans les mines du nord de la Guinée

La Guinée, pays d'Afrique de l'ouest qui produit 8 à 10 tonnes d'or par an, autorise l'exploitation artisanale que de façon stricte aux personnes de nationalité guinéenne ou pour les entreprises dont les capitaux sont entièrement détenus par des Guinéens.

Ce qui n'empêche pas de nombreux étrangers de traverser les frontières pour y travailler souvent de manière clandestine. Selon un rapport de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) publié en octobre 2020 sur les conditions des migrants étrangers en Guinée, 58% des migrants étrangers qui travaillent comme orpailleurs sur les sites de la préfecture de Siguiri, l'un des plus importants du pays, sont de nationalité burkinabé. 

En 2017, le ministère des Mines a missionné l'armée pour ratisser les zones où se pratiquent l'orpaillage artisanal, interdit aux étrangers. Des dizaines de Burkinabè avaient été arrêtés et détenus dans la région de Siguiri par les autorités guinéennes comme l'avait rapporté l'AFP dans cette dépêche.

La réalité décrite par les personnes interpellées dans la dépêche de l'AFP fait écho à des extraits du texte qui accompagnent les photos que nous vérifions. 

"Depuis cinq jours, nous vivons dans l'enfer. Nous sommes pourchassés, arrêtés, humiliés (...) par les forces de sécurité guinéennes". 

Cependant, récemment il n'y a pas eu d'opération de ce type, selon les autorités et des observateurs sur place, contactés par l'AFP.

Lutte active contre l'orpaillage clandestin en Côte d'Ivoire

La Côte d'Ivoire, où l'orpaillage clandestin a conduit à l'exploitation de 22 tonnes d'or en 2019 selon des analystes, sanctionne également ces pratiques qui se font sans autorisation. 

La Brigade de répression des infractions au code minier (BRICM) a été créée en 2018 pour mettre fin à ce que les autorités considèrent comme un fléau. Des opérations sont régulièrement menées sur tout le territoire ivoirien, pour déloger les travailleurs illicites comme récemment en février et en mars 2021. 

Si les autorités se défendent de ne pas brutaliser, encore moins de nuire en ciblant les populations en situation irrégulière, l'usage de la violence revient fréquemment dans les témoignages de ces derniers. 

Le secteur minier rapporte 5% du produit interieur brut (PIB) de la Côte d'Ivoire. Trois grandes multinationales se partagent le marché : l'australien Perseus Mining et les canadiens Barrick Gold et Endeavour Mining.