Le chef Raoni en février 2014. (Yasuyoshi Chiba / AFP)

Non, ce chef indien ne pleure pas à cause de la construction d’un barrage sur ses terres

Une photo montrant le chef indien Raoni en larmes est virale depuis près de 10 ans, mais l'interprétation qui lui est attribuée est fausse. Elle montre en fait un rituel de lamentations de sa tribu, et non des larmes de tristesse.

Les pleurs du cacique Raoni, chef de la tribu indigène brésilienne des Kayapo, ont ému des milliers d’internautes. Depuis sa première parution en 2011, cette photo du grand chef en larmes, soi-disant à cause de la construction du barrage de Belo Monte sur les terres de son peuple, a été publiée de nombreuses fois. Une de ces publications a récemment réuni plus de 30.000 partages sur Facebook.

La publication par la page "La vérité sur notre monde" a réuni plus de 200 commentaires et 5.000 réactions.La publication par la page "La vérité sur notre monde" a réuni plus de 200 commentaires et 5.000 réactions.

Pourtant la photo a été recadrée et sortie de son contexte. Le cliché a été pris en 2009 par Magna Oliveira da Silva, une professeure d’histoire. Elle publie sur sa page Facebook la photo non-tronquée en dénonçant son détournement.

La photo originale non tronquée.La photo originale non tronquée. (Magna Oliveira da Silva)

Contactée par Le Monde en 2013, elle a déclaré “Raoni ne pleure pas en raison du barrage de Belo Monte. Il s’agit d’un rituel de lamentations entre les membres Kayapo, qui venaient de tout le pays et ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Cela n’a rien à voir avec son combat.

Par ailleurs, la coupure de journal contient également des erreurs factuelles. L’article parle de 400.000 hectares de forêt inondés et 40.000 indiens déplacés. Or, même le chef Raoni, figure de proue de la lutte contre le barrage, ne parle que de 40.000 hectares de forêt inondés et de 20.000 indiens qui devront trouver un nouveau lieu de vie. Ces informations sont corroborées par celles fournies par Le Monde et France Info.

Le barrage de Belo Monte existe bien, et ses conséquences sur l’environnement ont notamment été dénoncées par l’actuel ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Le chef Raoni a également reçu le soutien du pape dans son combat.

Bien que basée sur des faits réels, cette information a donc été fortement déformée et sortie de son contexte à plusieurs reprises, sur une période de près de dix ans. Mais la popularité de cette fausse information donne une vision erronée de la situation, que l’équipe du chef Raoni elle-même a souhaité dénoncer sur son site : “On peut légitimement déduire en visionnant (cette photo) que Raoni est abattu, découragé voir résigné : il n'en est rien. Le chef nous a confirmé être plus déterminé que jamais.