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Non, boire un verre de vin par jour n'est pas bon pour la santé, selon des experts

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Même boire un verre de vin ou de bière par jour comporte un risque pour la santé, selon une étude de 2018 sur la fréquence et l'impact de la consommation d'alcool responsable de près de 3 millions de morts chaque année dans le monde.

L'étude, publiée le 23 août 2018 par la revue médicale The Lancet, évalue les niveaux de consommation d'alcool et leurs effets sur la santé dans 195 pays entre 1990 et 2016. L'alcool a causé 2,8 millions de morts en 2016, note-t-elle. 

En 2016, la consommation d'alcool était le septième facteur de risque de décès prématuré et d'invalidité dans le monde et la principale cause de décès chez les personnes âgées de 15 à 49 ans (accidents de la route, suicides, tuberculose...) .

L'alcool est associé à près d'un décès sur 10 dans cette tranche d'âge.

Boire un verre par jour pendant un an augmente parmi les personnes âgées de 15 à 95 ans de 0,5% le risque de développer l'un des 23 problèmes de santé liés à l'alcool (cancers, maladies cardiovasculaires, AVC, cirrhose, accidents, violences, etc.), estiment les auteurs par comparaison avec les non buveurs.

Cela correspond à un excès de mortalité de 100.000 morts par an dans le monde pour un verre par jour, a précisé la Dr Emmanuela Gakidou de l'Institut de métrologie et d'évaluation de la santé (IHME, Université de Washington), co-auteure de l'étude, au moment de sa publication.

"Les risques pour la santé associés à l’alcool sont énormes", a-elle expliqué.

"Le mythe selon lequel un ou deux verres par jour sont bons pour vous n’est qu’un mythe", selon elle.

Seul le "zéro alcool" minimalise le risque global de maladies, souligne-t-elle.

"Si on boit un peu, les risques augmentent un peu et si on boit beaucoup les risques augmentent beaucoup", a expliqué jeudi 8 janvier 2020 le docteur Bernard Basset, président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) et médecin de santé publique.

Un constat partagé par Catherine Hill, épidémiologiste à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) également interrogée par l'AFP le 8 janvier 2020.

"Cette étude est la synthèse de trente années de recherche sur les conséquences de l'alcool sur l'organisme et les conclusions sont sans appel", selon elle. 

"On observe bien un effet protecteur des doses inférieures à 200 grammes d’alcool pur par semaine pour les maladies cardiovasculaires , mais cet effet protecteur est plus que compensé par les effets nocifs de la consommation d’alcool sur les autres risques de décès", a-t-elle estimé.

"Etant donné le plaisir vraisemblablement associé à une consommation modérée, affirmer qu'il n'y a pas de niveau "sûr" ne semble pas être un argument en faveur de l'abstention", estime quant à lui Sir David Spiegelhalter, statisticien, professeur pour la compréhension publique du risque à l'Université de Cambridge.

Conduire non plus n'est jamais sans danger à 100%, pour autant "le gouvernement ne recommande pas aux gens d'éviter de conduire".

À l'occasion du "défi de janvier" lancée par une trentaine d'association de santé en France, AFP Factuel vous propose quatre vérifications d'affirmations virales sur la consommation d'alcool. Retrouvez les trois autres articles ci-dessous :

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-Non, une étude ne prouve pas que boire du vin facilite la perte de poids

-"Ceux qui ne boivent pas d'alcool meurent plus jeunes que les autres" : faux, selon des experts

 
Brigitte Castelnau
François D'Astier