Non, une étude ne prouve pas que boire du vin facilite la perte de poids

Des articles, repris des dizaines de milliers de fois depuis février, soutiennent que "boire un ou deux verres de vin aiderait à perdre du poids", affirmant se baser sur une étude américaine. Mais c'est faux : comme l'indique l'auteur de la recherche, il s'agit d'une étude sur les effets du resvératrol - antioxydant que l'on retrouve dans le raisin- sur les souris, et non d'une étude sur les effets du vin.

Cet article de RTL, qui a généré 55.000 réactions sur Facebook depuis le 14 février 2019, affirme que boire du vin avant de dormir aiderait à perdre des kilos : “D'après une étude américaine, boire un ou deux verres de vin avant de dormir favoriserait la perte de poids.” 

L'information revient régulièrement : nos confrères du Monde avaient déjà contesté en décembre 2018 cette conclusion.

L'étude menée par des chercheurs de la Washington State University, a été publiée en juin 2015 dans le Journal médical International de l'Obésité. Elle est reprise alors par deux quotidiens britanniques, the Independent et The Telegraph, qui publient chacun des articles nuancés, malgré un titre trompeur : "Le guide de la perte de poids : boire plein de vin rouge."

Qu'affirme véritablement l'étude?

Au risque de faire des déçus, l’étude ne porte pas sur le vin rouge, mais uniquement sur le resvératrol, un polyphénol (soit un antioxydant naturel) que l’on trouve dans le raisin.

L'étude conclut en réalité que le resvératrol transforme la “graisse blanche”, qui tend à stocker l'énergie tout en s’accumulant, en “graisse brune”, qui aide à brûler les calories et permet ainsi de lutter contre l’obésité.

L'étude n’a en plus pas été réalisée sur des humains. Les chercheurs n’ont en effet pas donné de merlot à leurs douze souris, mais pour la moitié d’entre elles, une alimentation agrémentée de 0.1% de resvératrol.

Contacté vendredi 21 juin par l’AFP, l’auteur principal de l'étude, Min Du, note que l’expérience a eu recours à d’importantes concentrations de resvératrol, bien plus qu’un humain consomme normalement. Le chercheur rappelle que “les vins, tels qu'un merlot ou un cabernet sauvignon, ne contiennent qu’une fraction de resvératrol, une composante du raisin.” Les vins rouges en contiennent cependant plus que le vin blanc. 

Il ajoute que “la plupart des bénéfices des polyphénols sont insolubles et sont donc filtrés hors de la boisson pendant le processus de production”.

Nous n’avons aucune preuve que boire deux verres de vin avant de dormir puisse aider à perdre du poids,” conclut-il. “Au contraire, l'énergie du vin augmente l’apport calorique journalier, ce qui neutralise probablement les bienfaits du resvératrol sur le métabolisme.”

Comme le rappelle un communiqué de la NHS, le système de santé national britannique, le vin reste un alcool calorique, qui risque plutôt de faire gagner du poids.

Un verre de merlot représente par exemple 98 calories, un verre de pinot noir 89 calories.

Cette étude allemande de 2016 conclut aussi qu’il n’est pas possible d'absorber la quantité désirée de cet antioxydant en buvant du vin, mais qu’il faudrait des suppléments alimentaires.

L'interprétation des études est à risque

Certains scientifiques mettent en outre en garde contre les conclusions que l'on tire des études sur la nutrition, d'après cette dépêche AFP publiée en mai 2018. 

John Ioannidis, professeur de médecine à Stanford et auteur d’un article de 2005 intitulé "Pourquoi la plupart des études publiées sont fausses", y affirme que "le régime alimentaire est l'un des domaines les plus consternants", et pas seulement à cause des conflits d'intérêts avec l'industrie agroalimentaire. "Mesurer un régime alimentaire est extrêmement difficile", explique-t-il. Comment quantifier exactement ce que les gens mangent ?

Interrogé par l’AFP dans cet article, Ivan Oransky, journaliste cofondateur du site Retraction Watch, considère notamment que “le problème vient aussi des médias, qui doivent mieux expliquer à leurs lecteurs les incertitudes inhérentes à la recherche scientifique, et résister au sensationnalisme.”

"Le problème, c'est la succession sans fin d'études sur le café, le chocolat et le vin rouge", se plaint-il. "Il faut qu'on arrête".

Consommation de vin en France

En moyenne en 2016, chaque Français d'âge adulte a absorbé 51,2 litres de vin, avec ou sans bulles, selon les statistiques de l'Organisation internationale du vin (OIV) de cette dépêche AFP.

Près d'un quart des Français de 18 à 75 ans, soit environ 10,5 millions d'adultes, boivent trop d'alcool, selon l'agence sanitaire Santé publique France.

Les recommandations de Santé publique France fixent la limite à deux verres par jour (soit 20 grammes d’alcool pur), quatre les jours de fête, en évitant une consommation quotidienne.