
La Minusma détruit une partie de ses équipements avant son retrait total du Mali ? C'est vrai, mais attention à cette image décontextualisée
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- Publié le 26 décembre 2023 à 11:35
- Lecture : 8 min
- Par : Monique NGO MAYAG, AFP Sénégal
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Contactée par l'AFP, la Minusma explique qu'elle devait initialement rendre son matériel aux différents pays contributeurs de sa force, propriétaires des équipements armés, mais qu'une partie n'a pu être rétrocédée en raison de l'insécurité et de restrictions logistiques. Elle précise que le matériel restant est rendu "inopérant" pour empêcher qu'il ne soit "utilisé par des tiers ou nuire aux populations civiles".
Des internautes ouest-africains ont multiplié des posts sur Facebook et X (ex-Twitter) début novembre accusant la mission de l’ONU au Mali de détruire inutilement selon eux (publications archivées ici et ici), des équipements militaires. Bon nombre de ces publications sont associées à une photo d’un blindé incendié, supposé appartenir à l’ONU.

"La Minusma met hors service des équipements, des véhicules, des munitions ou des générateurs, faute de pouvoir les emporter !", croit savoir un internaute. "Vous quittez un Pays en guerre que vous étiez venus soutenir, vous détruisez matériels en partant.", poursuit-il.
Bien que la Minusma ait effectivement détruit une partie de son matériel, la photographie utilisée sur les réseaux sociaux pour soutenir cette information est décontextualisée. Ce cliché montre en réalité un blindé d’un convoi de la Minusma, attaqué fin octobre alors qu’il était en route vers le Sénégal voisin.
Pour le savoir, nous avons procédé à une recherche d’image inversée du cliché viral. Nous l’avons ainsi retrouvé dans une publication du 27 octobre 2023 d’un journaliste malien, Issiaka Tamboura, sur Facebook (archivée ici). Dans un autre post (archivé ici) publié une heure plus tôt, ce dernier alerte sur "une attaque armée contre un convoi de véhicules transportant des engins de la Minusma à destination de Dakar". Il affirme que ledit convoi a été intercepté entre les localités de Diema et Didieni, dans l’ouest du Mali.
"Deux véhicules blindés ont été incendiés et une remorque à plate-forme gravement endommagée. C’était un convoi logistique qui se dirigeait vers le Sénégal dans le cadre du plan de retrait de la mission de maintien de la paix de la MINUSMA.", détaille Menastream.
Le GSIM a effectivement revendiqué cette attaque du 27 octobre, le groupe affirmant que ces combattants ont tendu une embuscade à des camions à plate-forme transportant des blindés de la Minusma, provoquant un incendie, a rapporté la plate-forme de propagande Al-Zallaqa selon le site internet de SITE, une ONG américaine spécialisée dans le suivi des groupes radicaux.
Le blindé incendié sur la route entre Diema et Didieni le 27 octobre n'a donc pas été détruit par la Minusma elle-même. En revanche, la mission de l'ONU a bien commencé à mettre hors service une partie de ses équipements, au moment où elle est sommée de quitter définitivement le territoire malien d’ici au 31 décembre.
Défiance réciproque
La junte, au pouvoir depuis 2020, a en effet réclamé le retrait de la Minusma en juin, proclamant "l'échec" de sa mission entamée dix ans plus tôt et dénonçant "l’instrumentalisation" qu'elle aurait faite de la question des droits humains. Déployée depuis 2013 au Mali, la force onusienne avait pour mission de stabiliser ce pays en proie au jihadisme et à une profonde crise multidimensionnelle.
La Minusma souligne dans une vidéo de 2’18 secondes publiée sur ses réseaux sociaux Facebook et X qu’elle ne "dispose pas d’armes de combat" (post archivé ici). Les équipements utilisés dans le cadre de sa mission au Mali appartiennent aux pays contributeurs. Pour la force militaire par exemple, il y avait 53 contingents impliqués parmi lesquels ceux de l'Egypte, la Côte d’Ivoire, l'Allemagne ou encore le Sénégal (lien archivé ici).
Mais selon elle, des contraintes logistiques et sécuritaires "n’ont pas permis de renvoyer tout ce matériel dans les pays d’origine". Il a dont été "détruit ou rendu inopérant afin qu’il ne puisse pas être utilisé par des tiers ou des populations civiles".