Mohammad à Saint-Etienne, le 11 avril 2019 (AFP / Jeff Pachoud)

Mohammad

Âge 15
Blessé le 12 janvier
Lieu de la blessure Saint-Etienne
Oeil Droit
Certificat médical consulté Non
Arme mise en cause LBD
Plainte Oui
Enquête administrative IGPN

Ses parents avaient fui la Syrie pour gagner le Liban, puis la France. Mohammad, 15 ans, s'est retrouvé mutilé en marge d'une manifestation de "gilets jaunes". A l'occasion des un an du mouvement des "gilets jaunes", l'AFP a recontacté son avocate pour faire le point sur sa situation. 

"J'ai fui la guerre en Syrie et voilà, je perds mon œil", résume avec fatalisme cet adolescent timide, rencontré à son domicile stéphanois.

Aîné d’une famille de trois enfants arrivée en France en mai 2018, Mohammad explique s'être trouvé mêlé malgré lui à des manifestants poursuivis par la police, le samedi 12 janvier, dans le centre de Saint-Étienne.

C'est alors que selon lui une munition en caoutchouc tirée par un lanceur de balle de défense (LBD) lui a fait perdre définitivement l’usage de l’œil droit.

"Il est évident qu’il ne fait pas partie des jeunes qui se mêlent parfois aux manifestations de +gilets jaunes+", affirme son avocate. Me Solange Viallard-Valézy est catégorique: Mohammad "observait l'agitation autour de lui lorsqu’un tir de LBD l’a atteint".

"Il y avait du gaz lacrymogène, les +gilets jaunes+ couraient. Moi, je suis resté là où j’étais, à côté de l’arrêt de tram", raconte Mohammad, parti ce samedi faire des courses avec son père dans une épicerie discount, finalement fermée pour cause de manifestation.

"J'ai continué à regarder le policier devant moi et d'un coup j'ai été frappé au visage et je suis tombé par terre. Je ne voyais plus rien", se souvient l'adolescent.

Alors qu'il gît à terre, les policiers lui "parlent pour qu'il ne s'endorme pas", se rappelle-t-il encore.

Dans l'appartement mis à leur disposition par une association, ses parents n'apprendront qu'après plusieurs heures l'hospitalisation de leur fils et l'accord donné par le parquet de Saint-Étienne à une intervention chirurgicale pour tenter de sauver son œil. En vain.

A la suite de la plainte déposée par la famille, le procureur de la République David Charmatz a confié à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) une enquête pour violence commise par personne dépositaire de l’autorité publique.

L'enquête est en cours et l'adolescent a été de nouveau entendu la semaine dernière.

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A l'occasion du premier anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé mi-octobre les manifestants éborgnés.

Solange Viallard-Valézy, son avocate, a expliqué à l'AFP qu'il y avait "de l'incompréhension par rapport à tous ces problèmes de justice, par rapport au fait que les choses n'évoluent pas plus rapidement". "Moralement, c'est difficile, il y a une tendance à se décourager".

Le procureur de Saint-Etienne David Charmatz a indiqué à l'AFP le 24 octobre que l'enquête IGPN était "terminée" et que "l'enquête est en cours de se voir confier à un juge d'instruction".

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Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil durant l'hiver 2018-2019.