L'OMS n'a pas admis que le futur éventuel vaccin contre le Covid ne marcherait pas

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Une publication partagée au moins 1.800 fois sur Facebook depuis le 13 juin prétend que l'OMS "admet par inadvertance que les vaccinations ne fonctionneront pas contre le coronavirus". C'est faux: non seulement, l'Organisation mondiale de la santé n'a pas dit cela mais le texte se fonde sur un contresens quant à la façon dont fonctionne la vaccination. 

Ce texte, publié le 13 juin sur le site Cogiito.com, qui a déjà publié de fausses affirmations sur les vaccins comme celle-ci, vérifiée par l'AFP- a été partagé au moins 1.800 fois sur des groupes et pages Facebook, selon l'outil de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle.

Ecrit dans un français parfois approximatif, le texte est en fait la traduction via le logiciel Google Traduction de cet article, publié un mois plus tôt, le 18 mai, par le site américain Naturalnews.com, qui a déjà publié des affirmations erronées par le passé, également vérifiées par l'AFP (1, 2). 

Montage de captures d'écran faites le 18 juin 2020

Le nombre de décès mentionnés dans le texte -"310.000"- est d'ailleurs reproduit tel quel dans la version française, sans mise à jour. Au 13 juin, le Covid-19 avait tué plus de 425.000 personnes selon un décompte de l'AFP basé sur des chiffres officiels. Au 18 juin, le bilan provisoire à 16h15 GMT était de plus de 450.000 morts.

L'OMS ne dit pas cela 

Pour étayer son propos, le texte renvoie vers un article (en anglais) de la chaîne France24, reprenant une dépêche de l'AFP du 25 avril. On peut y lire des déclarations faites par l'OMS à propos de la question de l'immunité des personnes infectées par le Covid-19. Des propos relayés plus en détails par l'AFP ici en anglais, et en français.

Ce que disait l'OMS en avril, c'est qu'il "n'y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du Covid-19 et qui ont des anticorps soient prémunies contre une seconde infection". Autrement dit, on ne sait pas si une personne infectée crée une immunité qui l'empêcherait d'être réinfectée.

Des citations que l'on retrouve dans ce communiqué daté du 24 avril, qui ne concernait pas la question des vaccins.

D'où l'importance, soulignée régulièrement par l'OMS, de respecter les mesures barrière et de poursuivre ardemment la recherche de traitement et de vaccin accessibles à tous.

(AFP / Fabrice Coffrini)

Au 18 juin 2020, il n'existe ni de traitement validé, ni de vaccin, et l'on ne sait toujours pas avec certitude si les personnes infectées sont immmunisées contre une nouvelle infection, et si elles le sont, pour combien de temps.

L'article déduit des propos de l'OMS que cette dernière a exclu la possibilité d'une "immunité naturelle" contre le nouveau coronavirus. Son interprétation est erronée.

Immunité naturelle contre immunité vaccinale, un contresens

Il enchaîne sur cette question rhétorique : "Si l’immunité naturelle est hors de question, alors pourquoi l’immunité induite par le vaccin serait-elle meilleure ?"

L'auteur du texte surenchérit un peu plus loin: "si notre propre système immunitaire naturel ne peut pas lutter contre la chose, alors il n’y a aucun moyen qu’un vaccin fasse autre chose que des effets indésirables inutiles" (sic).

Mais cette affirmation méconnaît le principe même de la vaccination, qui justement "consiste à protéger un individu contre une maladie en stimulant son système immunitaire", comme l'Inserm l'explique sur son site.

C'est donc précisément parce que le système immunitaire du corps humain peut se retrouver impuissant à lutter contre une maladie que le vaccin est conçu pour faire "mieux" que lui. 

"Lorsque nous rencontrons un microbe et tombons malade, notre système immunitaire se défend en fabricant des anticorps, destinés à neutraliser et éliminer ce microbe", explique le site officiel français vaccination-info-service.fr. 

"La vaccination fonctionne de la même manière, tout en évitant les dangers liés à la maladie. Lorsque nous recevons un vaccin, un microbe rendu inoffensif est introduit dans notre corps", est-il aussi expliqué.

Le vaccin "ne nous rend pas malade, mais notre système immunitaire fabrique quand même des anticorps pour le neutraliser et l’éliminer. Si nous rencontrons un jour le vrai microbe, notre système immunitaire le reconnaîtra tout de suite et l’éliminera avant qu’il ne puisse nous rendre malade", peut-on encore lire sur le site.

On peut aussi voir dans cette vidéographie de l'AFP le principe de fonctionnement de la vaccination.

Les effets indésirables, réels mais très rares

Les effets indésirables liés aux vaccins existent mais sont extrêmement rares et en général sans gravité, comme expliqué par l'AFP notamment ici.

Comme en atteste une abondante littérature scientifique, "le risque de développer une maladie grave en ne se vaccinant pas est beaucoup plus important que celui de voir apparaître un effet indésirable lié à la vaccination", comme le dit le site vaccination-info-service, qui ajoute que "la plupart des réactions vaccinales sont mineures et passagères, et les éventuels effets indésirables des vaccins sont très surveillés".

La sécurité des vaccins est en outre surveillée de près par l'OMS, qui recense et étudie tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin, mais aussi par les autorités nationales.

L'OMS explique que "les vaccins efficaces (c.-à-d. les vaccins qui induisent une immunité protectrice) peuvent être à l’origine de certains effets secondaires indésirables qui, le plus souvent, sont bénins et disparaissent rapidement".

Par exemple, les vaccins peuvent entraîner des réactions allergiques à l'un des produits qu'ils contiennent, comme expliqué par la Revue médicale suisse ou dans ce document de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et de l'Inserm.

Autre point souligné par l'OMS, un effet indésirable survenu après un vaccin n'est pas forcément causé par celui-ci. 

"La majorité des manifestations que l’on pense liées à l’administration d’un vaccin ne sont en réalité pas dues au vaccin lui-même – beaucoup sont simplement des évènements fortuits qui se produisent par pure coïncidence, d’autres (notamment dans les pays en développement) sont dues à des erreurs, humaines ou programmatiques", précise encore l'OMS.

Bill Gates, cible régulière des antivaccins 

Le texte relaie ensuite des théories complotistes autour de Bill Gates, cible favorite des antivaccins parce qu'il finance via sa Fondation des campagnes de vaccination.

Plusieurs affirmations infondées contre le milliardaire (l'accusant de vouloir profiter de la pandémie pour vacciner de force la population et pucer l'humanité etc...) ou de prôner une réduction de la population mondiale ont été démontées par l'AFP.

Des vaccins ont bien permis d'éradiquer de nombreuses maladies

La fin du texte laisse également entendre que les vaccins sont de toutes façon inutiles, puisqu'il "existe déjà des vaccins pour d’autres problèmes de santé comme la rougeole qui n’ont pas été éradiqués".

L'efficacité des vaccins dans la lutte contre les maladies infectieuses fait pourtant l'objet d'un consensus scientifique.

On peut voir ci-dessous les effets de la vaccination en France.

Capture d'écran du site Vaccination info service faite le 18 juin 2020

Les vaccins ont très clairement montré leur efficacité, souligne auprès de l'AFP le Dr Julian Leibowitz, du Texas A&M College of Medicine, aux Etats-Unis, citant par exemple le "succès" du vaccin contre la rougeole ou rappelant que "le vaccin contre la polio a quasiment éradiqué la poliomyélite".

Après une campagne de vaccination massive, l'OMS déclarait en mai 1980, que "tous les peuples" étaient "libérés de la variole", une maladie infectieuse d'origine virale touchant essentiellement les enfants, comme raconté dans cette dépêche AFP du 18 mai 2020.

Quant à la rougeole, maladie virale extrêmement contagieuse qui touche surtout les enfants et qui "peut entraîner de graves complications, notamment une cécité, une encéphalite, une diarrhée sévère, une infection auriculaire ou une pneumonie", elle n'est, en effet, pas éradiquée à l'échelle du monde entier.

Mais l'OMS estime qu'entre 2000 et 2016, la vaccination contre la rougeole a permis d'éviter plus de 20 millions de décès.

Cependant, "les objectifs d’élimination de la rougeole pour 2015 n’avaient pas été atteints en raison de la persistance des lacunes en matière de couverture vaccinale", ajoutait l'OMS fin 2019.

Une écolière se fait vacciner contre la rougeole et la rubéole en Inde en 2018 (AFP / Biju BORO)

Et le virus a connu des flambées dans plusieurs pays, y compris en Europe et aux Etats-Unis depuis 2018, mais aussi aux îles Samoa, qui ont dû vacciner en urgence la population fin 2019.

Au total, 142.000 personnes en sont mortes dans le monde en 2018, surtout en Afrique sub-saharienne, la RDC étant particulièrement touchée. C'était quatre fois moins qu'en 2000, mais en hausse de 15% par rapport à 2017.

Julie Charpentrat