L'Etat "vient d'acheter 100 millions d'euros des hôtels Formule 1 pour loger des migrants" ? Pourquoi c'est trompeur

Une publication Facebook, partagée 1.500 fois depuis le 8 août, assure que "l'État vient d'acheter pour 100 millions d'euros 60 hôtels Formule 1 pour loger les migrants". Une filiale de la caisse des dépôts a bien acheté 59 hôtels pour les transformer en centres d'accueil, mais c'était en 2017.

"100 millions d'euros, c'est 3 Canadair", s'insurge l'auteur de la publication, qui reprend le texte d'une infox de 2017,  qui refait surface au mois d'août après la mort d'un pilote de bombardier d'eau, vendredi 2 août dans le crash de son appareil, alors qu'il luttait contre des incendies dans le Gard.

"Les pilotes de Canadair en Colère veulent déposer un préavis de grève. Pas d'argent pour les soldats du feu, mais l'état vient d'acheter pour 100 millions d'euros 60 hôtels Formule 1 pour loger des migrants"peut-on lire dans cette publication.

(Capture d'écran facebook du 13 août 2019)

Deux publications identiques, partagées 34.000 et 33.000 fois depuis l'été 2017, font l'objet de dizaines de partages et commentaires depuis le début du mois, malgré un travail de vérification effectué dès 2017 par plusieurs médias (Checknews, Europe 1, LCI...).

(Capture d'écran facebook du 13 août 2019)

 

Quand et pourquoi ont été achetés ces hôtels ? 

A la fin de l'année 2016, le gouvernement a lancé deux appels d'offres, portés par le ministère du Logement (pour 5.000 places d'hébergement d'urgence) et le ministère de l'Intérieur (pour 5.351 places) afin d'étoffer un parc largement saturé avec la crise migratoire de 2015*.

Le texte que l'on retrouve sur le site du ministère de l'Intérieur précise que les quelque 10.000 places à créer, devront être "pour moitié destinées à accueillir des personnes relevant de l'asile et pour moitié dans le cadre du dispositif d'hébergement généraliste". 

(Capture d'écran du site du ministère de l'Intérieur le 13 août 2019)

En mars 2017, la CDC Habitat, filiale immobilière de la Caisse des dépôts, annonce sur son site avoir remporté la totalité de l'appel d'offres du ministère de l'Intérieur et la moitié de l'appel d'offres lancé par le ministère du Logement.

Un fonds d'investissement, réunissant la CDC mais aussi des investisseurs privés (Aviva France, BNP Paribas, CNP Assurances, PRO BTP...), investit alors 100 millions d'euros dans l'achat et la rénovation de 59 hôtels Formule 1 au groupe hôtelier Accor.

"La CDC a mis 20 millions d'euros", a affirmé mardi 13 août à l'AFP un représentant de Adoma, branche de la CDC Habitat en charge de la gestion de ces hôtels transformés en centre d'hébergement d'urgence.

Des hôtels achetés "pour les migrants" ?

"À ce jour, 38 de ces hôtels renovés sont dédiés à l'accueil des migrants", selon l'Adoma. "L’ensemble de ces 38 hôtels offre une capacité de 3700 places", a ainsi précisé à l'AFP Thomas Le Drian, directeur réseau Adoma.

Les 21 autres hôtels, soit 2.000 place d'hébergement, sont des centres HUAS (hébergement d’urgence avec accompagnement social), ajoute M. Le Drian.

Ces centres, conformément à l'appel d'offres lancée par le ministère du logement (extrait ci-dessous), doivent accueillir des personnes en situation de grande précarité "quelle que soit leur situation administrative", et peuvent donc théoriquement aussi recevoir des demandeurs d'asile.

(Capture d'écran de l'appel d'offres du ministère du Logement sur les places HUAS)

Et l'État ? Il paye les places d'hébergement aux personnes accueillies "avec un prix de journée fixe entre 16,5€ et 18,5€ par jour, selon les zones", détaille Thomas Le Drian.

La mise en place de ce dispositif ne s'est toutefois pas fait sans heurt. Il a suscité un certain nombre d'inquiétudes, notamment auprès des associations d'aide aux migrants, comme nous l'écrivions dans cette dépêche.

L'AFP a par ailleurs réalisé un reportage au sein de l'un de ces anciens hôtels Formule 1 à Bailleul dans le Nord, le 8 août 2017, disponible ici.

*Quelque 86.000 demandes d'asile ont été enregistrées en 2016, 
alors que les centres d'accueil dédiés (Cada) offraient seulement 40.000 places
Edit 14/08 Chapô raccourci
François D'Astier