L’effet contre le coronavirus de la vernonie, également connue sous le nom de "kongolo bololo" et "ndolè", n’est pas prouvé

Copyright AFP 2017-2020. Droits de reproduction réservés.

La vernonie, plante répandue en Afrique centrale également connue sous les noms de "ndolè" ou "kongo bololo", est présentée sur les réseaux sociaux comme une solution pour prévenir ou guérir le Covid-19. Mais l’efficacité de cette plante contre le nouveau coronavirus n’a jamais été scientifiquement prouvée, rappellent l’OMS sanitaires et des scientifiques interrogés par l’AFP. Il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement homologué contre le Covid-19. 

La vernonie (gymnanthemum amygdalinum) est une plante très répandue à travers l'Afrique tropicale.

Pour son amertume, de la tige à la feuille, on l’appelle "bitterleaf" (feuille amère, en anglais) en Afrique anglophone (Ouganda, Kenya, Nigeria...).

Elle a aussi des dénominations plus locales, dans des langues vernaculaires.

Au Nigeria, les ethnies Igbo, Yoruba ou Haoussa l’appellent respectivement "onugbu", "shiwaka" ou "ewuro". Au Cameroun, on l'appelle "ndolè" et elle donne son nom à un plat éponyme, emblème du pays. En République démocratique du Congo (RDC), elle est nommée "kongo bololo" en langue lingala.

Capture Facebook prise le 12/05/2020

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, elle est également présentée comme un remède capable de prévenir et soigner le nouveau coronavirus, qui a fait près de 286.000 morts dans le monde depuis décembre, selon un bilan établi le 12 mai par l'AFP à partir de sources officielles.

Anonymes, tradipraticiens, personnalités  

De nombreux internautes sur les réseaux sociaux vantent son efficacité, comme sur cette publication partagée plus de 17.000 fois depuis le 21 mars 2020 qui assure que la plante "met fin au coronavirus".  

Capture Facebook prise le 12/05/2020

En RDC, outre les anonymes et les tradipraticiens (personnes dispensant cette médecine traditionnelle), des personnalités locales ont fait la promotion du "kongo bololo" contre le Covid-19. 

Fiston Sai-Sai, vedette de la scène théâtrale congolaise, a ainsi incité ses abonnés sur Facebook à suivre son exemple en s’approvisionnant en "kongo bololo". Dans une vidéo partagée plus de 5.800 fois, le comédien a étalé ses provisions de "kongo bololo", de citron et de gingembre, censés le protéger du Covid-19. 

Capture Facebook prise le 12/05/2020

Morts en RDC

Mais l’engouement pour cette plante a eu des conséquences dramatiques dans le pays.

Fin mars, plusieurs médias, dont la radio onusienne Okapi, ont rapporté le décès de trois enfants de moins de dix ans "après avoir été purgés par leur mère de kongo bololo mélangé avec le citron" dans la commune de Selembao, dans le sud de la capitale Kinshasa.

"Cette plante est traditionnellement utilisée dans les villages", explique à l’AFP le scientifique congolais Théophile Mbemba, docteur en sciences et spécialiste en biochimie de la nutrition.

Elle est utilisée pour "traiter des maux de ventre, parfois des fièvres" et "renforcer le système immunitaire". "Mais malheureusement, la dose n’est pas bien connue, et même à l’époque, cela entraînait beaucoup d’accidents en milieu rural", note  le professeur Mbemba. 

Le bureau de Médecins sans frontières en RDC a rappelé récemment sur Facebook que "rien ne prouve" les vertus du "kongo bololo" contre le coronavirus. 

Capture Facebook prise le 12/05/2020

Une amertume trompeuse

On lui prête des vertus contre le Covid-19 notamment du fait de son amertume. 

"Il est compréhensible que les populations  profanes assimilent le ndolè à la chloroquine ou la quinine, à cause de leur goût amer. Mais passée cette similitude de goût, ces produits sont bien différents", explique à l’AFP le Dr Roger Etoa, responsable du centre médico-social du Port autonome de Douala (Cameroun).

Si l’efficacité de la chloroquine, dérivé de synthèse de la quinine utilisée dans les traitements du paludisme, contre le Covid-19 n’a pas été prouvée, les vifs débats scientifiques autour de cette molécule ont déclenché, en pleine pandémie de coronavirus, une ruée sur les plantes réputées antipaludiques en Afrique.

Le quinquina, dont l’écorce contient la quinine, a des propriétés antipaludiques reconnues. La plante du "ndolè" a, elle, "des vertus thérapeutiques présumées sur les parasites intestinaux mais jusqu’ici, il n’est pas prouvé qu’elle est une solution contre le Covid-19", ajoute Roger Etoa.

L’OMS appelle à la prudence

"Pour l’heure, le kongo bololo n’a aucun rôle à jouer dans la lutte contre le nouveau coronavirus. Pour qu’on accepte que cette plante soit considérée comme un remède, il faut qu’on trouve une molécule en son sein qui agit contre le germe, le virus", abonde Richard Ndambo, médecin généraliste à l’hôpital de Kinkole, à Kinshasa (RDC).

Tout en assurant "soutenir la médecine traditionelle", l’OMS a répété les mises en garde contre les remèdes naturels utilisés sans "éléments scientifiques probants".

Dans un communiqué le 4 mai 2020, l’institution a rappelé que "l’utilisation de produits destinés au traitement du Covid-19, mais qui n’ont pas fait l’objet d’investigations strictes, peut mettre les populations en danger et les empêcher d’appliquer des mesures telles que le lavage des mains et la distanciation physique qui pourtant sont des éléments cardinaux de la prévention du Covid-19".

L’OMS s'inquiète que ces pratiques "accentue(nt) le recours à l’automédication et accroît le risque pour la sécurité des patients".

"Même lorsque des traitements sont issus de la pratique traditionnelle et de la nature, il est primordial d’établir leur efficacité et leur innocuité grâce à des essais cliniques rigoureux", insiste le communiqué.

Les praticiens interrogés par l’AFP ne sont pas opposés au recours à des substances et molécules naturelles mais soulignent eux aussi la nécessité de voir leur efficacité démontrée.

 "La pharmacopée traditionnelle pourrait fournir des remèdes anti-infectieux", estime ainsi Marc Litaudon, ingénieur de recherche à l’Institut de chimie des substances naturelles (ICSN) basé à Gif-sur-Yvette, rattaché au Centre national de la recherche scientifique (CNRS): "Mais des enquêtes sérieuses et des évaluations rigoureuses doivent être menées pour valider les allégations".

Ange Kasongo
 
Monique Ngo Mayag