Capture d'écran de la carte figurant dans le rapport "2019 Global Peace Index. A snapshot of the global state of peace", prise le 26/07/2019.

La France en "chute libre" dans un classement des pays les plus sûrs ? C'est exagéré

Un tweet et plusieurs publications Facebook partagés près de 3.000 fois depuis début juillet affirment que la France est en "chute libre (...) dans le classement des pays les plus sûrs". Ces posts s'appuient sur un classement, le Global Peace Index (GPI), mais exagèrent ses résultats.

"Chute libre de la France dans le classement des pays les plus sûrs du monde", affirme un internaute dans ce tweet, en citant comme source le "Global Peace Index", un rapport international publié tous les ans qui classe les pays en fonction de leur degré de "pacifisme". Pour justifier ses dires, il publie le classement de la France selon ce rapport entre 2009 et 2018. 

Capture d'écran d'un tweet relayant le classement du Global Peace Index, prise le 19 juillet 2019.

Comme le prouvent les différentes éditions du "Global Peace Index" de 2009 à 2019 disponibles en ligne, ces chiffres sont justes. 

Mais leur interprétation est erronée : "Le GPI mesure le pacifisme d'un pays", précise à l'AFP un porte-parole de l'Institute for Economics and Peace, qui publie chaque année cet index. Celui-ci "inclut la notion de sécurité, mais l'indicateur vise à exprimer une notion beaucoup plus vaste".

Le tweet et les publications Facebook "utilisent le classement global de la France en 2018 plutôt que le classement de la catégorie 'Sûreté et sécurité', qui n'est pas disponible en ligne".

Le "Global Peace Index" est en effet un indicateur qui agrège trois facteurs pour mesurer le degré de pacifisme d'un pays :

  • Conflits domestiques et internationaux (implication dans ces deux types de conflits, durée et rôle du pays)
  • Sûreté et sécurité (taux de criminalité, terrorisme, manifestations violentes, relations avec les pays voisins, stabilité politique, populations déplacées)
  • Militarisation (dépenses militaires, accès à l'armement et pacifisme, aux niveaux national et international).

Chacune de ces sous-catégories prend plusieurs éléments en compte (23 au total) : le thème "sûreté et sécurité" inclut par exemple le taux d'incarcération. 

Le score final de chaque pays est composé à 60% d'éléments relevant de la sécurité intérieure, et à 40% d'indicateurs traitant de la sécurité extérieure.

Le score de la France ne signifie donc pas que le pays chute dans "le classement des pays les plus sûrs du monde", mais dans celui des pays les plus "pacifiques", selon les critères du GPI. 

Selon les données fournies à l'AFP par l'Institute for Economics and Peace, la France n'a en réalité "chuté" que de sept places entre 2009 et 2018 (onze places entre 2008 et 2019) en termes de "sûreté et sécurité". 

Capture d'écran des données envoyées par email à l'AFP par l'Institute for Economics and Peace, prise le 26/07/2019.

Voici les indicateurs pris en compte pour mesurer la sécurité et la sûreté au sein du pays : 

  • La criminalité perçue dans la société,
  • Le nombre de personnes se réfugiant dans un autre pays et de personnes déplacées sur le territoire (en pourcentage de la population), 
  • L'instabilité politique,
  • La violence politique (étatique et non-étatique),
  • L'impact du terrorisme,
  • Le nombre d'homicides pour 100.000 personnes,
  • Les crimes violents,
  • La probabilité de manifestations violentes,
  • Le taux d'incarcération,
  • Le nombre d'officiers de sécurité et de policiers sur le territoire pour 100.000 personnes.

La France, un pays pacifique ?

En 2018, la France était le 61e pays le plus pacifique au monde sur 163 répertoriés, selon le GPI. Elle était 31e en termes de sûreté et sécurité, 33e pour les conflits domestiques et internationaux, et en 157e position pour la militarisation. 

En 2019, l'Hexagone progresse d'une place au classement général et se classe au 60e rang. La situation s'est très légèrement détériorée en termes de sûreté et sécurité (34e) et de militarisation (159e), et améliorée en termes de conflits domestiques et internationaux (22e). 

Le GPI classe cependant en 2019 la France comme un pays au pacifisme "élevé", comme indiqué sur la carte ci-dessous.

Capture d'écran de la carte figurant dans le rapport "2019 Global Peace Index. A snapshot of the global state of peace", prise le 26/07/2019.
Capture d'écran de la légende de la carte tirée du rapport "2019 Global Peace Index. A snapshot of the global state of peace", prise le 26/07/2019.

 

Pourquoi le classement global de la France se dégrade-t-il ? 

"L'instabilité politique, les répercussions liées au terrorisme, la violence dans les manifestations et la criminalité violente sont les éléments qui ont conduit à une dévaluation du classement français" en 2019, explique l'institut, qui précise que "le mouvement des 'gilets jaunes' a eu un impact sur le score de la France en ce qui concerne l'indicateur mesurant les manifestations violentes".

Par ailleurs, "la France est classée cinquième dans deux des indicateurs de 'militarisation'", la possession d'armes nucléaires et d'armes lourdes, ainsi que les exportations d'armes, "ce qui explique son score si bas dans [le] domaine [de la militarisation]".

Selon les chiffres les plus récents du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), en 2018, la France était le cinquième pays le plus dépensier au monde sur le plan militaire.

Cette évolution s'inscrit dans celle, plus générale, d'une dégradation du pacifisme au sein des démocraties occidentales, conclut le porte-parole de l'Institute for Economics and Peace.

En conclusion, le tweet et les publications Facebook exagèrent les chiffres du "Global Peace Index" de 2019 : ce classement n'est pas celui des pays les plus sûrs, mais des pays les plus pacifiques. Selon l'institut qui publie le GPI, la France est de moins en moins pacifique, et la sûreté et la sécurité se sont dégradées, mais de manière bien plus modérée que ce qui est relayé sur les réseaux sociaux. 

Edit 29/07/2019: Correction d'une coquille dans la liste des indicateurs visant 
à mesurer la sûreté et la sécurité des pays
Marion Lefèvre