FRANCE,Biarritz le 20-08-2019.Visite du Ministre de l'Interieur Christophe Castaner au Poste de Commandement Interministeriel (PCI) dans les locaux du college Fall a Biarritz.Sur la photo:le logo du G7.AFP PHOTO/GAIZKA IROZ. (AFP / Iroz Gaizka)

Inutile ou indispensable : à quoi sert le G7 ?

"Obsolète" pour les uns, toujours nécessaire pour les autres, le “groupe des sept” (G7), qui se réunit à Biarritz, sur la côte basque, à partir du samedi 24 août, fait couler beaucoup d’encre. ​Sommet diplomatique et informel réunissant sept des plus grandes puissances mondiales, à quoi sert le G7 aujourd'hui ? 

En juin 2018, le sommet du G7 s'était soldé par un fiasco: Donald Trump s'était désolidarisé du communiqué commun final, remettant ainsi en question l'efficacité et l'utilité d'un sommet "entre pays homodoxes qui aboutissent plus facilement à des résultats concrets", comme l'explique sur son site le ministère des Affaires étrangères français.

Sans "existence juridique, ni secrétariat permanent, ni membre de droit", le G7 réunit depuis 1976 les Etats-Unis, le Japon, la France, l'Italie, l'Allemagne fédérale, le Canada et la Grande-Bretagne et repose sur "un socle de valeurs communes", selon le site de l’Elysée : "la démocratie, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, le libre marché, le respect du droit international". Mais en quarante ans d'existence, quels résultats concrets pour ses réunions ?

A l'origine, un sommet informel pour coordonner les "politiques économiques et financières"

Comme nous l’expliquons dans la vidéo ci-dessous, le G7 était d’abord un G5 : dans les années 1970, les ministres des Finances des cinq principaux pays industrialisés de l’époque (Etats-Unis, Japon, France, Allemagne fédérale et Royaume-Uni) se réunissent tous les ans de manière informelle pour discuter de la marche de l’économie mondiale. Il réunit les chefs d'Etat à partir de 1975, et prend en 1976 la composition qu'on lui connaît : Royaume-Uni, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et Etats-Unis. 

Tournant géopolitique

En 1998, la Russie est formellement conviée à rejoindre le groupe. Cet ajout est motivé par des raisons purement géopolitiques: la fédération de Russie était le 19e pays le plus riche à l’époque, loin derrière les sept “membres” originels, selon la Banque mondiale

L'intégration de ce pays au "groupe des sept" vise alors à assurer la stabilité du régime après la chute en 1991 de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et favoriser sa transition vers l'économie de marché.

Le pays en est exclu en mars 2014, suite à son annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée, comme nous l’expliquions dans cette dépêche.

Quels résultats depuis 1975 ?

D'après le ministère des Affaires étrangères français, les sommets du G7 ont permis la création de plusieurs instances pour lutter contre le financement du terrorisme et des trafics, contre le sida ou pour agir pour le climat et la stabilité dans les pays arabes, notamment par le biais du Partenariat de Deauville.

Capture d'écran du site du ministère des Affaires étrangères, prise le 23 août 2019

Cependant, le lien renvoyant vers le "rapport annuel de redevabilité", censé permettre l'évaluation des engagements pris pendant les sommets, renvoie vers une erreur 404. 

Capture d'écran du site du ministère des Affaires étrangères, prise le 23 août 2019

Par ailleurs, le "socle de valeurs communes" partagé par les "membres" du G7 n'est plus aussi solide qu'à sa création en 1975.

L’année dernière, le sommet du G7 de juin 2018 à La Malbaie au Québec avait été torpillé par le retrait brusque du soutien de Donald Trump au communiqué final, malgré le compromis qui avait été forgé de haute lutte sur les questions commerciales.

Cette année, des dissenssions se font sentir en amont du sommet de Biarritz. La taxation des géants du numérique (GAFA) tend les relations entre Emmanuel Macron et Donald Trump, ce dernier allant jusqu'à dénoncer "la stupidité de Macron" en la matière. 

Le nucléaire iranien est également sujet de tensions entre le président américain et son homologue français. Ce dernier recevait le 23 août le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et anticipait des "vrais désaccords au sein du G7" au sujet du dossier iranien. 

Le président américain s'est par ailleurs prononcé en faveur du retour de la Russie au sein du groupe, décision à laquelle se sont opposés les chefs d'Etat français et allemand. 

Cette année, c'est donc "le format et l’existence même du G7 qui est en discussion", expliquait l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta le 19 août dans un entretien à l’AFP. Le groupe de discussions se réunit aujourd’hui pour "éviter l’éclatement" et "affiner des positions communes" face aux grandes crises mondiales, ajoutait-il.

Haut lieu de rassemblement pour les chefs d'Etats des grandes puissances, les sommets du G7, auxquels 3.000 personnes liées aux délégations des pays et organisations sont invitées, offrent une occasion rarement égalée dans l'année de s'adresser à près de 2.000 journalistes accrédités.

De par les enjeux internationaux qui y sont évoqués, chaque sommet du G7 a son épisode de discorde: en 2018, Donald Trump avait retiré son soutien au communiqué commun. L'année d'avant, le climat était au coeur des discussions entre la puissance américaine et ses alliés (communiqué). 

Un “format renouvelé”

L’Elysée a donc appelé de ses voeux un “format renouvelé” pour le sommet de Biarritz, réaffirmant notamment le caractère "informel" du sommet. 

Exit le communiqué final : cette édition du sommet marque "la fin du communiqué prénégocié", a expliqué le président français.

Sans exclure entièrement l'idée de publier un ou plusieurs communiqués à l'issue du sommet : "On va parler des grands sujets stratégiques de sécurité, de commerce et d'économie mondiale de manière très informelle, se dire les choses (...) et on verra s'il y a matière à faire des communiqués", a déclaré le président devant la presse, le 21 août. 

Les chefs d'Etats de certaines "puissances de bonne volonté" (Inde, Australie, Chili et Afrique du Sud) ont été invités à assister aux journées de travail, de même que des “acteurs clés de la société civile”, selon le dossier de presse accompagnant le sommet.

Une trentaine d’ONG, réunies au sein de Réseau action climat (RAC), ont malgré tout annoncé qu'elles refusaient d'aller au sommet qui s'ouvre samedi à Biarritz, dénonçant la décision de l'Elysée de "limiter le nombre d'accréditations des ONG" et de "les garder à l'écart du sommet".

Les trois jours (24, 25 et 26 août) se répartiront entre sessions de travail au "format G7" (avec les sept pays) ou élargies (avec des délégations invitées ou représentant des délégations d'organisations internationales) et entretiens bilatéraux. 

Pour autant, ce nouveau format ne convainc pas les détracteurs du sommet, dont certains déplorent le caractère "complètement obsolète", comme l'a affirmé le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure sur France 2 le 22 août. 

Un cadre "obsolète" ?

Il est vrai que les pays du “groupe de sept” ne monopolisent plus le haut du classement des pays les plus riches, selon le site de la Banque mondiale:

Capture d'écran du site de la Banque mondiale, prise le 22 août 2019

En 1975, les pays émergents, c’était 30% de la richesse mondiale, aujourd’hui c’est 52 %, donc les pays autour de la table du G7 n’ont pas le même poids”, a reconnu Emmanuel Macron devant l’association de la presse présidentielle le 21 août. 

"Les pays du G7 représentent aujourd'hui près de 40% du Produit intérieur brut mondial", précise par ailleurs le dossier de presse du sommet.

En comparaison, le G20, créé en 1999, rassemble des pays émergents, dont la Chine, le Brésil ou l'Afrique du Sud pour tenter de résoudre ou éviter les grandes crises mondiales. En 2008, après la crise financière, il réunit pour la première fois les chefs d'état et de gouvernement.

Plus démocratique de par sa composition, il "constitue néanmoins une difficulté pour atteindre un haut niveau d'ambition", concède le dossier de presse du sommet. 

Edit 24/08 - 9h00 - Corrige et reformule avant-dernier paragraphe
Marion Lefèvre