"Inceste" en Allemagne, "bestialité au Canada"... Cette publication virale relaie des affirmations fausses ou infondées

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Une publication relayée près de 10.000 fois sur les réseaux sociaux liste huit affirmations sur des pays à travers le monde : l’autorisation de l’inceste en Allemagne, de la bestialité au Canada et de la pornographie à l’école en Espagne, ainsi que d’autres sujets qui seraient contraires à la "miséricorde divine". Mais six d'entre elles sont fausses ou trompeuses.

"Où va le monde ?" Ainsi débute le texte qui affirme que les sociétés actuelles évoluent en contradiction avec les règles bibliques et coraniques. Ces publications ont circulé sur plusieurs pages Facebook (1, 2) en Afrique de l’Ouest et cumule près de 10.000 partages depuis le 23 juillet 2020. 

Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 13 août 2020.
Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 13 août 2020.

 

Une autre version, quasiment identique, circule également sur le même réseau social : dans celle-ci, les huit affirmations viennent s'ajouter à une autre qui avait déjà fait l’objet d'une vérification par l’AFP le 30 avril 2020, qui prétend que le pape François a "annul(é) la Bible et propos(é) de créer un nouveau livre", ce qui est faux.

 

Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 12 août 2020.
Capture d'écran d'une publication Facebook prise le 12 août 2020.

 

Trompeur. Aujourd'hui, l'adultère n'est ni un délit ni un crime en Afrique du Sud, mais il est toujours "considéré comme une bonne raison pour un conjoint d'affirmer que le mariage est irrémédiablement rompu", précise Amanda Barratt, professeure de droit privé à l'université de Cape Town, contactée le 11 août par l'AFP. 

L'article 4 de la loi sur le divorce de 1979, qui "reconnaît le divorce sans égard à la faute [la loi n'exige pas d'exposer des méfaits pour justifier une demande de divorce], dispose que l'adultère peut être une "preuve" de l'échec d'un mariage.

Capture d'écran de la loi sud-africaine sur le divorce (1979), prise le 12 août 2020.

La justice sud-africaine avait dépénalisé l'adultère en 1914 dans l'affaire Green v. Fitzgerald 1914 AD 88, comme le relève dans un article la professeure de droit Marita Carnelley, de l'université du KwaZulu-Natal.

Elle a ensuite autorisé à partir de 1927 aux conjoints qui avaient été victimes d'adultère de porter plainte contre l'amant ou l'amante mise en cause pour obtenir réparation, une évolution citée par le cabinet d'avocats sud-africain Mc Larens sur son site.

En 2014, la Cour suprême du pays a aboli cette mesure, souligne Amanda Barratt. 

Quant à la répudiation, "nous n'utilisons pas ce mot dans [le] contexte [du mariage]", poursuit la professeure. "La seule base sur laquelle on peut se fonder pour un divorce est le fait que le mariage soit 'irrémédiablement rompu'".

La répudiation, c'est-à-dire la rupture du mariage par la volonté unilatérale d'un époux, n'est pas un motif de divorce reconnu par la loi.

Faux. Les Etats-Unis entretiennent des relations diplomatiques avec certains pays qui n'ont pas autorisé le mariage homosexuel, voire même où l'homosexualité est pénalisée par la loi. 

L'Algérie, par exemple, est décrite sur le site du département d'Etat américain comme un partenaire avec lequel les Etats-Unis développe "une coopération forte en termes de diplomatie, de respect de l'Etat de droit, d'économie et de sécurité".

Or le mariage homosexuel n'est pas reconnu par la loi en Algérie. L'homosexualité est d'ailleurs illégale dans le pays : l'article 338 du Code pénal algérien dispose que "tout coupable d'un acte d'homo-sexualité [sic] est puni d'un emprisonnement de deux mois à deux ans et d'une amende de 500 à 2.000 DA [dinars algériens]".

Capture d'écran du Code pénal algérien prise le 12 août 2020.

Autre exemple : en Pologne, autre "partenaire" des Etats-Unis sur les questions de droits humains, de sécurité, d'économie et d'énergie, le mariage homosexuel n'est pas légal.

L'homosexualité y a été dépénalisée en 1932, comme l'explique la base de données collaborative américaine Equaldex, mais les personnes Lesbiennes, Gaies, Bies, Transgenres (LGBT) font face aujourd'hui encore à d'importantes discriminations comme nous l'expliquions dans cette dépêche

Capture d'écran du site Equaldex prise le 12 août 2020.

Par ailleurs, l'AFP n'a trouvé aucune déclaration officielle, sous quelque forme que ce soit, d'une telle demande de la part des Etats-Unis. 

Faux. Le Code pénal allemand interdit dans son article 173 les rapports sexuels entre personnes appartenant à la même famille, entre parents, entre descendants, ou entre parents et descendants. 

Capture d'écran de l'article 173 du Code pénal allemand prise le 12 août 2020.

Un parent ayant des relations sexuelles avec un de ses descendants "sera puni d'une peine de prison allant jusqu'à trois ans ou d'une amende", dispose la loi allemande. Le descendant sera quant à lui puni "d'une peine allant jusqu'à deux ans de prison ou d'une amende".

Le code pénal précise également que "des frères et soeurs ayant des relations sexuelles ensemble seront également punis".

Cette infox pourrait provenir d'un avis du Conseil d'éthique allemand publié en septembre 2014. "La majorité des membres du Conseil d'éthique allemand plaide pour que les relations sexuelles consenties entre frères et/ou sœurs adultes ne soient plus pénalement répréhensibles", détaillait alors cet organe consultatif. 
 

Capture d'écran de l'avis du Conseil d'éthique allemand prise le 12 août 2020.

"Seules les relations sexuelles entre personnes directement liées biologiquement sont concernées", souligne l'avocat Sascha Böttner, spécialisé dans le droit pénal sexuel, sur son site. Les relations sexuelles consenties entre nièces, neveux, cousins adultes ne sont donc pas pénalisées par la loi.

A ce jour, cet avis n'a pas été suivi d'effet dans la loi. 

Faux. Miami est l’une des 282 villes situées dans l’Etat de Floride. Cet Etat interdit formellement la prostitution et donc également de payer pour des services sexuels, comme en dispose le chapitre 796 des statuts de l'Etat : 

"C’est illégal : 
(e) Pour une personne de 18 ans ou plus d’offrir de commettre, ou de commettre, ou de se livrer à la prostitution, l’obscurité ou la cession. 
(f) Solliciter, inciter ou amener une autre personne à se livrer à la prostitution, à la luxure ou à la cession. 
(g) Résider, entrer ou rester dans un endroit, une structure ou un bâtiment, ou entrer ou rester dans un moyen de transport, à des fins de prostitution, d'obscénité ou de cession.
(h) Pour aider, encourager ou participer à l’un quelconque des actes ou choses énumérés dans la présente sous-section. 
(i) Pour acheter les services de toute personne se livrant à la prostitution.
"

Capture d’écran du chapitre 796 des statuts de l’Etat de Floride, réalisée le 11 août 2020

La Floride, interdit également l'exhibitionnisme (chapitre 800 des statuts de l'Etat). Il est donc non seulement impossible de payer pour des services sexuels mais encore moins  en "public", sur la "route, à l'église, à la mosquée, au marché, au terrain de football" sans encourir des poursuites, comme l’affirme l’auteur de la publication. 

Capture d’écran du chapitre 800 des Statuts de l’Etat de Floride, réalisée le 11 août 2020.

Faux. Le Code criminel canadien interdit les rapports sexuels avec des animaux. Jusqu'en octobre 2018, cette interdiction ne concernait pas les actes sexuels sans pénétration. A cette date, la ministre de la Justice canadienne Jody Wilson-Raybould a proposé une loi (Bill C-84) qui amendait le code pénal de manière à clarifier la définition de la zoophilie. 

Sa proposition a depuis été approuvée et le code criminel a été subséquemment modifié. La bestialité est désormais définie au Canada comme "tout contact, dans un but sexuel, avec un animal". 
 

Capture d’écran de la loi Bill C-84,, réalisée le 12 août 2020.

Faux. L’AFP n’a trouvé aucune trace d’une telle annonce sur les sites d’informations espagnoles, ni dans les communiqués gouvernementaux. 

Contacté par l’AFP le 12 août, le ministère espagnol de l’Education nationale dément. 

"Le délit de pédopornographie est caractérisé par la législation en vigueur dans notre pays: article 186 du code pénal. Dans les écoles secondaires (compétence du ministère de l'Éducation et de la Formation Professionnelle), il n’y a aucun recours à cette pratique."

L'article 186 du code pénal espagnol dispose en effet que "quiconque, par quelque moyen que ce soit, vend, diffuse ou expose du matériel pornographique auprès de mineurs ou de personnes handicapées nécessitant une protection particulière, sera puni d'une peine de prison de six mois à un an ou d'une amende de 12 à 24 mois".

Capture d'écran du Code pénal espagnol prise le 13 août 2020.

De son côté, la Fédération de planification nationale (FPFE) qui a pour mission d’éduquer et de sensibiliser aux questions et aux droits autour de la santé sexuelle en Espagne assure n’avoir jamais eu connaissance d’une telle déclaration. 

Dans un email à l'AFP le 13 août, la FPFE explique que "les ateliers d'éducation sexuelle qui sont menés par la FPFE sont faits de manière à créer un espace d'enseignement et d'apprentissage des aspects biologiques, psychologiques et sociales liés à la sexualité".

Pour permettre aux jeunes de "comprendre la différence entre la pornographie et les relations de la vraie vie", la FPFE explique utiliser des "articles de revues, des scènes de films ou de séries, des clips vidéos, des annonces ou d'autres contenus disponibles sur Internet" qui peuvent venir nourir les réflexions autour de la pornographie. 

Si du contenu audiovisuel peut donc bien être utilisé dans le cadre de ces ateliers, "il ne s'agit en aucun cas de matériel pornographique", conclut la Fédération. 

Invérifiable. Cette affirmation est difficile à vérifier. Il n’est indiqué ni le ou les pays concernés par cette déclaration, ni aucune information concernant Marg Luker, celui à qui ces propos sont prêtés.

En recherchant ce nom sur le moteur de recherches Google, une majeure partie des résultats affichés conduit au même message vérifié dans cet article.

Les autres pages recensées renvoient à des profils ou sites personnels d'homonymes n'ayant aucun lien public avec de telles déclarations. 

Capture d’écran Google, réalisée le 12 août 2020.

Vrai. Il existe plusieurs organisations qui revendiquent les termes "satanique" ou "Satan" aux Etats-Unis. L’AFP en a référencé deux principales, qui sont des organismes privés mais accessibles au grand public. 

La première, l’Eglise de Satan, a été fondée en avril 1966, par Anton Szandor Lavey. Selon le site officiel de l’église satanique nord-américaine, il est nécessaire d’être inscrit au sein de l’église pour participer aux activités. L’inscription est payante. 

Selon un site de référencement des entreprises américaines, Bizapedia, le nom "Church of Satan" est détenu par "Church of Satan, Inc.", basée à Poughkeepsie dans l'Etat de New-York. Or cette adresse est identique à celle indiquée sur le site officiel de l'organisation.

Le mot "Inc", dans le nom de l'entreprise, est un raccourci d'"incorporated" pour "incorporated business", synonyme de "corporation". L'entité qui détient donc la marque "Church of Satan" est privée et pas publique. 

L’autre organisation sataniste majeure aux Etats-Unis est le Temple Satanique. Créée en 2013, l'organisation a un statut d'Église pour l'Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain, comme nous l'expliquions dans cette dépêche.

L'IRS a considéré que le Satanic Temple remplissait les conditions requises pour être reconnu comme Église légitime, bénéficiant d'exemption de taxes, par opposition à une simple association caritative. 

Néanmoins, selon son site, le Satanic Temple est une entreprise également, nommée "Satanic Temple, Inc" et dont le siège se situe à Salem, ville du Massachusetts située au nord de Boston et souvent associée avec la sorcellerie. 

Edit du 14/08/2020 : corrige coquille au point numéro 6
 
Sadia Mandjo
Marion Lefèvre