Fiorina Lignier, le 13 février 2019 à Amiens (Philippe Huguen / AFP)

Fiorina Lignier

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Âge 20
Blessé le 8 décembre
Lieu de la blessure Paris
Oeil Gauche
Certificat médical consulté Oui
Arme mise en cause Grenade lacrymogène
Plainte Oui
Enquête administrative IGPN
   

Fiorina Lignier, 20 ans, a été blessée grièvement à l'oeil suite à un tir de grenade lacrymogène, le 8 décembre sur les Champs-Elysées à Paris. Son cas a suscité une vague de soutien en ligne, fortement relayée par la sphère identitaire et l'extrême droite, dont elle est proche. Sa cagnotte a dépassé les 50.000 euros. L'AFP l'a rencontrée chez elle à Amiens, le 13 février, et l'a recontactée à l'occasion des un an du mouvement des "gilets jaunes" pour faire le point sur sa situation. 

Pourquoi étiez-vous là ?

Je n'avais jamais manifesté de ma vie, je ne suis pas investie en politique. Au départ, je pensais que le président Macron allait réagir mais pas du tout, il a fait le sourd. Ce sont des problèmes qui touchent tout le monde et si personne ne bouge, ca ne changera pas. Donc j'ai voulu y aller moi-même pour porter la parole des "gilets jaunes". Certes ca ne touche pas les jeunes mais ça nous touchera dans cinq ans. On est la 6e puissance économique mondiale et nos retraités sont obligés de retravailler, c'est aberrant ! La veille de l'Acte 4, on a donc décidé d'aller à Paris avec Jacob (son petit-ami depuis deux ans, NDLR)

Que s'est-il passé ?

Vers 14H00, des casseurs commencent à s'attaquer aux boutiques. Nous sommes tout en haut des Champs au milieu d'une bonne centaine de "gilets jaunes" très calmes. Il n'y a pas de casseurs parmi nous, personne n'a le visage masqué ni l'air violent. Avec Jacob, nous ne portons pas de gilet jaune : les magasins étaient en rupture de stock. Des gendarmes mobiles nous empêchent de reculer. Les policiers chargent et à ce moment là je reçois une grenade. Je ressens une décharge dans tout le corps. J'ai un trou noir de quelques secondes.Je subis une première opération d'urgence pour resuturer l'oeil. Je suis ensuite hospitalisée pendant 16 jours à La Salpétrière où j'ai subi une deuxième opération pour restructurer la face. On me dit tout de suite que j'ai perdu l'usage de mon œil.
 

Quelle est votre vie maintenant ?

On va m'enlever l'œil car j'ai des douleurs quand il bouge. Je dors énormément. Je ne peux pas rester trop debout, ma tête tourne encore beaucoup. Les douches, c'est compliqué. Mon muscle pour ouvrir la paupière ne fonctionne plus, il a été sectionné, mais à des moments l'œil s'ouvre et je n'arrive pas à le refermer (...) Je n'arrive plus à lire. C'est plus du tout la même vie, c'est tout au ralenti. Même le ménage j'ai du mal : je range 10 minutes et je suis essoufflée. C'est très rare que les volets soient ouverts, je vis comme une taupe. J'ai des sensations fantômes. La cagnotte (de 50.000 euros, ndlr), je trouve ça énorme. Autant de solidarité ! J'ai du mal à réaliser parce que je suis étudiante donc 50 000 euros … c'est un pactole quoi !

Photo devant une croix gammée

Le 22 mai 2019 une photo de Fiorina Lignier agenouillée sur le sable et semblant prier devant une croix gammée a été diffusée. 

Fiorina Lignier a reconnu la véracité de cette photo dans un message vidéo diffusé sur Twitter. 

"Il existe en effet une photo de moi où on me voit agenouillée devant une croix gamée tracée sur le sable. Cette photo a été prise lorsque  j'avais 18 ans, à cette période je ne pensais pas m'engager dans la vie publique. C'était une connerie d'étudiante, de mauvais goût", a-t-elle affirmé. 

Elle a également annoncé son retrait de la liste "La ligne claire", lancée pour les élections européennes, et sur laquelle elle figurait en 2e position derrière l'écrivain Renaud Camus, chantre de la thèse contestée du "grand remplacement". Celui-ci avait annoncé peu avant le message de Fiorina Lignier qu'il "n'assumait plus" cette liste, après avoir pris connaissance de la photo de la jeune femme. 

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À l'occasion du premier anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé mi-octobre les manifestants éborgnés.

Voilà ce qu'a dit Fiorina Lignier à l'AFP :

Depuis le mois juillet, la jeune femme souffre de nouvelles douleurs, après la perte de son oeil, quatre opérations et dans l'attente d'une cinquième, des gestes même simples sont devenus difficiles:"L’ouverture des volets le matin, écrire sur du papier blanc, c’est encore compliqué… Je reste la plupart du temps allongée, j'ai comme de grosses migraines tous les jours. Si je fais une petite activité une heure ou deux, j'aurais mal. La morphine parfois n’agit même plus."
 

L'étudiante n'a toujours pas pu reprendre les cours: "J'ai essayé pendant 4 heures à la rentrée de septembre, c'était impossible de dormir ensuite, à cause de la lumière".

Quant à son engagement, même si elle a cessé de se rendre aux manifestations, il reste entier, notamment à travers le réseau social Twitter: "C’est mon copain qui tweete, je lui dis les idées. Maintenant je suis beaucoup plus méfiante envers l'Etat, sinon mes opinions politiques profondes n'ont pas changé tellement. Je vais sortir un livre dans très peu de temps. Je trouve que c'est un peu mon rôle, j'aime pas être porte parole ou quoi, mais j'ai vécu quelque chose, et les blessés on les entend plus tellement, je trouve ça bien que les français prennent réellement conscience de ce que c'est de perdre un oeil, ils ne s'imaginent pas tout ce qu'il y a derrière". 

Situation judiciaire : Mme. Lignier a déclaré à l'AFP avoir reçu au mois d'août dernier une lettre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris l'invitant à se porter partie civile et à désigner son avocat.

Du côté de l'enquête menée par l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), Fiorina Lignier dit attendre un rendez-vous depuis le mois d'avril: "On m'avait dit que mon enquête était terminée et qu'il fallait faire le point sur mon état, aucune nouvelle" a-t-elle précisé à l'AFP. 

Blessée le 8 décembre 2018 à Paris, une information judiciaire est en cours selon le parquet de Paris interrogé par l'AFP le 27 octobre. 

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Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil durant l'hiver 2018-2019.

Edit : ajoute polémique autour d'une photo devant une croix gammée
Edit!: article mis à jour avec nouveau témoignage + situation judiciaire

 

 
Clément Melki
 
Agnès Coudurier
Guillaume Daudin
gilets jaunes