Jean-Marc Michaud, le 4 février 2019 à Bordeaux (Mehdi Fedouach / AFP)

Jean-Marc Michaud

Âge 41
Blessé le 8 décembre
Lieu de la blessure Bordeaux
Oeil Droit
Certificat médical consulté Non
Arme mise en cause LBD
Plainte ?
Enquête administrative IGPN

Jean-Marc, dit "Jim", est horticulteur et réside sur l'île d'Oléron. Blessé le 8 décembre, il a continué ensuite de manifester. L'AFP l'a rencontré le 4 février 2019, et l'a recontacté mi-octobre à l'occasion des un an du mouvement des "gilets jaunes" pour faire le point sur sa situation.

Pourquoi étiez-vous là ?

On était là pacifiquement, pas en agresseurs. Si j'avais voulu aller taper" du CRS, j'y serais allé avec 50 potes, pas avec ma petite femme (...). Merde! On a quand même a le droit de gueuler, on n'en veut plus de cette France politicarde qui s'en met plein les poches, qui ne pense qu'aux riches !

Que s'est-il passé ?

Mes premières manifestations ça ne craignait pas, c'était à Rochefort, il y a 75% de retraités. Comme cela faisait un mois que je n'avais pas vu ma femme, (aller manifester à Bordeaux) c'était l'occasion de passer un petit moment ensemble et de s'amuser car c'était très festif.

Vers 16h30/17H00 ça a commencé à dénégérer, les premières lacrymo et grenades. (...) Il y a une charge de +baqueux+ qui nous allument. On part, on se cache derrière un mur, je pousse ma femme et moi je me mets (les mains) en l'air (il mime le geste, ndlr) et là ils m'ont abattu comme un chien, à 5/6 mètres, 7 mètres maximum.

Je me suis réveillé le dimanche soir à l'hopîtal, en chambre stérile, branché de partout. (...) Puis j'ai vu ma femme entrer, en combinaison (...). J'en ai pleuré.

Quelle est votre vie maintenant ?

Pour l'instant il n'y a pas de futur, il n'y a que le présent. Et je pense que toutes les victimes sont comme ça. Physiquement je me sens bien, je suis combatif. Par contre, moralement j'ai des faiblesses. La perte d'un oeil, c'est quelque chose de très dur. J'étais très sportif, je faisais du kayak en mer, j'allais pêcher... Il y a beaucoup de choses que je ne peux plus faire. J'étais horticulteur. Dernièrement, je taillais les vignes chez un viticulteur mais je ne peux plus car je n'ai plus la 3D.

Je n'arrive plus à prendre ma femme dans mes bras. Je n'arrive même pas à me regarder dans une glace, je ne me suis pas rasé depuis. Je ne me reconnais pas. Quand j'arriverai à m'accepter, alors j'accepterai les câlins de ma femme.
 

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A l'occasion du premier anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé mi-octobre les manifestants éborgnés.

Jean-Marc Michaud fait des réponses entrecoupées de pleurs. "C’est quoi ma vie aujourd’hui ? Je ne fais rien. Je n’arrive presque plus à sortir, je reste bloqué chez moi. Le seul truc que je fais c’est le samedi quand je vais en manif. Mais même là ce n’est plus vraiment moi, ce n’est plus le même Jim qu’avant la blessure. C’est pas normal, j’ai peur de l’extérieur, j’ai 42 ans, je suis ancien militaire, en 97 j’ai défilé sur les Champs-Elysées et là ce sont les +condés+ qui me niquent ma vie parce que je protégeais ma femme. Le seul truc que je fais, c’est me défoncer la gueule."

"On a voulu détruire le mouvement mais moi je le côtoie. Il est beau, il est fraternel. Il y a encore beaucoup de possibilité. Regarde maintenant les pompiers aussi se font tabasser, ils nous disent +c’est bon, on comprend ce que vous avez vécu+” dit Jean-Marc.

Sa compagne, Célia, raconte "des crises d'angoisse et des terreurs nocturnes (...). Quand l’ambulance l’a emmené et que j’ai dû le rejoindre en tramway à l’hôpital je m’attendais à ce qu’on mise “il est mort. Je suis marquée à vie. ça me travaille énormément, je veux au moins qu’on reconnaisse sa blessure."

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Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil durant l'hiver 2018-2019.

EDIT 04/04 : ajoute Elodie Le Maou comme co-auteur
EDIT 13/11/2019 : article mis à jour