Des personnes s'entraînent dans une salle de sport à Saint-Ouen-sur-Seine, au nord de Paris, le 27 août 2025. (AFP / Thibaud MORITZ)

Les peptides injectables pour perdre du gras et gagner du muscle ? Des effets non prouvés et des risques pour la santé

Dans le sillage des médicaments injectables contre l'obésité utilisés hors de leur indication pour perdre du poids, de nombreux peptides non autorisés sont désormais vendus sur internet avec des promesses largement relayées sur les réseaux sociaux, comme celles de brûler les graisses ou de gagner du muscle. Mais la plupart de ces molécules sont illégales et leur efficacité est loin d'être démontrée. Surtout, leur utilisation peut exposer à des risques importants pour la santé, mettent en garde les experts interrogés par l'AFP.

"Les peptides, c'est vraiment l'avenir": depuis plusieurs mois, ce type d'affirmation fleurit sur les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, où de nombreux hommes racontent comment ils les utilisent, sous forme injectable, pour perdre de la graisse, se muscler, mieux récupérer ou encore améliorer leur sommeil.

Les peptides sont de petites chaînes d'acides aminés qui, en s'assemblant, forment les protéines de notre organisme. Reproduits en laboratoire, ils servent de principes actifs à des médicaments bien connus, comme l'insuline ou certains traitements contre l'obésité de type GLP-1. C'est d'ailleurs la banalisation de ces injections qui a contribué à l'essor des peptides, notamment auprès des adeptes de musculation (lien archivé ici). 

Ces molécules très prisées dans les salles de sport sont interdites à la vente, mais très facilement accessibles sur internet.

Des sites basés notamment en Suisse, en Hongrie ou aux Pays-Bas proposent de l'Ipamorelin ou du TB-500, présentés comme favorisant la "récupération musculaire", du BPC-157 censé améliorer la "réparation tissulaire", du GHK-CU pour ses "propriétés régénératives", du Semax pour la "fonction cognitive" ou encore du PT-141 pour relancer "la libido". 

Les prix varient généralement de 30 à 150 euros la fiole, selon la molécule et le dosage. 

Tout en commercialisant des peptides interdits, ces sites indiquent paradoxalement que leurs produits sont destinés à la "recherche préclinique" et ne sont pas approuvés "pour l'usage humain". Ils n'en sont pas moins largement partagés sur Reddit, Telegram ou Discord, où des centaines d'utilisateurs - presque exclusivement des hommes - échangent conseils et retours d'expérience. 

"Salut, est-ce que quelqu'un ici a déjà essayé l'Ipamorelin ? Si oui, quels étaient les bienfaits et effets secondaires ?", demande par exemple un utilisateur sur Discord. "Aucun ES [effet secondaire, NDLR], meilleur sommeil [...] et meilleure récupération musculaire", lui répond un autre.

Sur ces forums, les discussions portent aussi bien sur les effets recherchés que sur les injections, la récupération ou les moyens de se procurer les produits. "Les peptides c'est la vie les gars", écrit encore un utilisateur, "j'espère juste qu'il n'y aura pas d'effet secondaire dans 20-30 ans. Mais actuellement c'est le prime".

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Capture d'écran d'un groupe de discussion sur Discord, réalisée le 11/08/2026.

Vendus sous forme de poudre, ces peptides sont reconstitués avec de l'eau bactériostatique (solution stérile d'eau), puis injectés directement dans le sang à l'aide d'une seringue.

Ces produits ne disposant pas d'autorisation de mise sur le marché, il n'existe pas de recommandations officielles encadrant l'usage, le rythme et les quantités de chaque prise en fonction du profil du consommateur.

Les amateurs s'échangent ainsi leurs conseils de dosage et leur cadence d'injection. Mais loin d'être de simples vitamines ou compléments alimentaires, ces produits soulèvent l'inquiétude de spécialistes, tandis que les bénéfices revendiqués sont loin d'être établis.

Peu d'essais sur l'Homme

"Le problème, c'est qu'il existe une variété phénoménale de peptides et qu'ils peuvent avoir des fonctions très différentes", explique Armelle Rancillac, chercheuse en neurosciences à l'Inserm, interrogée par l'AFP le 5 août 2026 (lien archivé ici).

Dans une analyse publiée en février 2026, l'Inserm rappelait qu'à ce jour, "aucun essai clinique de grande ampleur, randomisé [où les participants sont répartis aléatoirement dans différents groupes, NDLR] et contrôlé, mené chez l'humain, n'a confirmé ces effets pour ces usages", c'est-à-dire "gommer une ride, dessiner des abdos, soigner une tendinite ou même prolonger l'espérance de vie" (lien archivé ici).

Certains peptides "présentent même des risques bien réels pour la santé", prévient l'Inserm.

Le BPC-157 - aussi connu sous le nom de "Wolverine shot" - en est un exemple : présenté comme une aide à la guérison des blessures, il n'a en réalité "jamais été testé rigoureusement chez l'humain", indique Armelle Rancillac.

Une récente étude, publiée en décembre 2025 dans "Current Reviews in Musculoskeletal Medicine" sur le BPC-157, précise que "l'absence d'essais cliniques de haute qualité chez l'homme limite la capacité à évaluer sa sécurité, son efficacité et son utilisation clinique appropriée chez l'homme" (lien archivé ici).

De plus, les auteurs soulèvent "un éventuel biais de publication en faveur des résultats positifs, soulevant ainsi des questions quant à la fiabilité et à la reproductibilité des bénéfices rapportés".

Concernant les peptides dits "de croissance", comme l'Ipamorelin, leur efficacité "n'a été démontrée que chez les personnes présentant une carence avérée en hormones de croissance, sous prescription et suivi médical strict", écrit l'Inserm.

Chez les adultes en bonne santé, les études sont "rares, de courte durée et concernent un petit nombre de participants", et les effets, comme une prise de muscle, "n'ont pas été démontrés".

Armelle Rancillac rappelle d'ailleurs que même lorsqu'une molécule a fait l'objet de recherches, les résultats obtenus chez l'animal - par exemple chez le rongeur - ne permettent pas automatiquement de les transposer chez l'humain.

Les molécules doivent faire l'objet d'essais cliniques - sur un grand nombre de participants - afin d'en confirmer l'efficacité, identifier les potentiels effets secondaires et comparer les résultats à ceux d'un placebo ou traitements existants.

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Capture d'écran du site de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), réalisée le 06/08/2026.

Selon l'Endocrine Society, prendre des peptides pour améliorer ses performances sportives peut, à long terme, "augmenter la glycémie et le risque de diabète, déclencher des douleurs articulaires chroniques et une rétention d'eau sévère" (lien archivé ici).

Une exposition prolongée pourrait également "favoriser des changements durables dans la forme des os, des organes, ou des muscles" et, en stimulant la croissance cellulaire, "ces peptides pourraient potentiellement accroître le risque de progression de certains cancers, comme ceux de la prostate, du côlon ou du sein".

"Sous-déclaration" des effets secondaires

Outre ces risques, les peptides achetés en ligne échappent au circuit pharmaceutique contrôlé et ne sont donc pas soumis aux mêmes garanties de composition et de concentration que les médicaments autorisés.

"La concentration n'est pas forcément celle qui est indiquée sur le produit, la qualité n'est pas certifiée et cela peut provoquer des réactions immunitaires", détaille Armelle Rancillac.

Et le problème ne s'arrête pas au contenu du flacon : "Ensuite il y a des reconstitutions 'maison', des fois avec de l'eau qui n'est pas stérile, des gens qui se trompent dans les dilutions, qui ne savent pas quelle posologie s'injecter", poursuit la chercheuse.

A cela s'ajoute encore "l'injection en soi", qui soulève plusieurs points de vigilance quant au matériel utilisé et aux conditions d'hygiène qui peuvent provoquer un risque d'abcès, d'infections et de transmission de maladies virales.

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a d'ailleurs lancé une alerte début juillet, après avoir reçu "une dizaine de signalements" sur l'utilisation de peptides, "dont plusieurs ont fait l'objet d'hospitalisation", précise auprès de l'AFP Alexandre de la Volpilière, directeur adjoint de l'ANSM (lien archivé ici).

Il s'agissait de "troubles gastro-intestinaux, de problèmes hépatiques, d'infections" concernant des personnes de 15 à 35 ans, détaille-t-il, soulignant qu'il existe une "sous-déclaration" des effets secondaires.

"Quand on regarde les allégations supposées de ces produits, c'est un peu la cour des miracles", mais "il s'agit surtout de marketing", insiste-t-il. Quant à la mention "recherche clinique" utilisée par de nombreux sites, il s'agit d'un "artifice" censé "tromper le consommateur ou les douanes", explique l'expert.

Si cette étiquette peut donner l'impression d'une précaution juridique, elle signifie surtout que ces substances n'ont pas été autorisées comme médicaments. Le cadre réglementaire ne donne ni le droit à un particulier de les acheter, ni de les utiliser sur lui-même (lien archivé ici).

"Toute utilisation d'un produit expérimental, en dehors d'une autorisation d'essais cliniques, est complètement illégale", rappelle Alexandre de la Volpilière.

Pour tenter de limiter ce trafic, l'ANSM peut prendre des décisions de police sanitaire - comme fin juillet - visant à faire interdire la vente et la publicité de ces produits. L'agence appelle également ceux qui voient des annonces de vente de peptides sur internet et les réseaux sociaux à faire un signalement sur Pharos.

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Capture d'écran d'un site vendant des peptides, réalisée le 11/08/2026.

Le phénomène ne concerne pas uniquement des molécules expérimentales. Certains peptides autorisés comme médicaments sont aussi détournés de leur indication, comme la tésamoréline, autorisée aux Etats-Unis pour les adultes vivant avec le VIH et atteints de lipodystrophie (anomalie de la répartition du tissu adipeux).

Elle n’est en revanche pas autorisée dans l’Union européenne. Pourtant, elle est présentée sur les réseaux sociaux comme un produit pour perdre de la graisse ou développer sa masse musculaire (lien archivé ici). 

Idéologie "technoscientifique"

Dans le sport, "la plupart des peptides sont des substances interdites au sens de la législation française et des normes internationales antidopage", explique Antoine Marcelaud, secrétaire général adjoint de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), interrogé par l'AFP le 7 août 2026.

Le BPC-157 figure par exemple parmi les substances non approuvées (lien archivé ici).

Ainsi, un sportif - tel que défini par le code du sport - qui participe à des compétitions et "qui fait usage, détient chez lui ou qui se fait livrer des substances interdites commet une violation des règles antidopage et encourt une suspension", explique M. Marcelaud (lien archivé ici).

Mais le phénomène dépasse largement le sport professionnel : "Ce qui est nouveau, c'est la tendance sociétale à la promotion de ce type de produits, en particulier par les réseaux sociaux et des influenceurs", développe-t-il. Il ne s'agit plus seulement de chercher à améliorer un chrono ou à gagner une compétition. Les peptides sont présentés comme des outils pour devenir plus performant dans sa vie quotidienne.

Dans les salles de musculation, les peptides s'affichent aussi comme une alternative aux produits dopants plus "anciens", comme les stéroïdes ou la testostérone.

"Ces produits de nouvelle génération", supposés avoir "des effets recherchés similaires ou approchants, ne présentent peut-être pas les mêmes effets secondaires" que les traditionnels agents anabolisants, mais ils présentent sûrement "d'autres risques, encore méconnus", explique Antoine Marcelaud.

S'il est difficile de quantifier le nombre d'amateurs de peptides, Fabien Ohl, sociologue du sport à l'Université de Lausanne, considère qu'il existe "une configuration plutôt favorable à la diffusion de ces consommations", suffisante pour "sonner l'alerte" (lien archivé ici).

D'abord, une vision du corps "comme un capital qu'il faut pouvoir utiliser et valoriser", et entourée de discours "très conservateurs qui survalorisent l'homme dans sa vision biologisante" : viril, musclé et bourré de testostérone.

Puis, une idéologie "technoscientifique", selon laquelle "on va pouvoir améliorer l'humain grâce aux sciences". Selon le sociologue, ce mouvement témoigne aussi de l'élargissement de la société de consommation à la transformation du corps lui-même. Dans cette logique, "la consommation de substances chimiques est nécessaire pour réinventer le corps".

L'un des sites vendant des peptides promet par exemple de fournir, via ces molécules, "l'architecture chimique pour ceux qui visent l'optimisation biologique absolue" : "Nous pensons que l'accès aux outils de recherche les plus avancés ne devrait pas être réservé à une poignée d'institutions. La science participative (citizen science) et l'auto-expérimentation documentée sont les moteurs de la découverte moderne", poursuit le fondateur du site.

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Capture d'écran d'un site vendant des peptides, réalisée le 11/08/2026.

Les amateurs de peptides utilisent ainsi un habillage scientifique, tout en se montrant défiants envers les institutions, et font en réalité un usage biaisé des sciences.

"Ce qui est le plus alarmant, c'est qu'on ne donne plus le crédit à la recherche, on ne lui laisse pas le temps de faire ses preuves", explique Armelle Rancillac. A la place, on se tourne vers les témoignages d'auto-expérimentation "qui ne valent rien scientifiquement parlant".

De nombreux amateurs de peptides, souvent proches de discours masculinistes, se servent d'ailleurs de leur prétendue expertise pour vendre leurs propres "protocoles", dégageant une manne financière de ces "accompagnements" censés aider les hommes à "optimiser" leur physique.

Aux Etats-Unis, la popularité des peptides est notamment portée par des adeptes du looksmaxxing - des hommes qui cherchent à améliorer leur apparence physique par des pratiques non éprouvées et dangereuses (comme se forger les pommettes au marteau) (lien archivé ici).

Fin juillet, un comité d'experts a recommandé l'assouplissement de restrictions sur l'accès à certains peptides. Leurs partisans - parmi lesquels le ministre américain de la Santé Robert Kennedy Jr - estiment que les restreindre ne fait que pousser davantage les Américains vers les marchés parallèles (lien archivé ici).

Interrogé par l'AFP le 7 août 2026, l'Observatoire des médicaments au sein la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) constate "une explosion de la diversité des peptides" en circulation et "assez peu d'efforts de dissimulation" (lien archivé ici).

L'organisme met "un accent particulier sur la lutte contre ces produits performatifs dopants", largement banalisés car les consommateurs "ne se rendent pas compte de la dangerosité potentielle". 

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