Non, une "fuite" dans un laboratoire australien n'est pas à l'origine de cas d'hantavirus en 2026

La contamination à l'hantavirus de plusieurs passagers embarqués à bord d'un navire de croisière en avril 2026 a été le point de départ de plusieurs théories complotistes en ligne, début mai 2026. Sur les réseaux sociaux, des internautes ont fait le lien avec une présumée fuite en 2024 d'échantillons d'hantavirus d'un laboratoire de virologie du Queensland, en Australie. Mais ceux-ci omettent de préciser qu'une enquête des autorités sanitaires a conclu à une probable erreur de tenue de registre, et non à une véritable fuite d'échantillons. Par ailleurs, le variant du virus contenu dans ces échantillons n'est pas le même que celui diagnostiqué en 2026 chez les passagers du navire de croisière.

"323 fioles contenant des virus mortels ont disparu d'un laboratoire en Australie", s'alarme un internaute sur X dans une publication partagée plus de 2.000 fois. Selon celle-ci, "deux fioles contenaient le hantavirus (transmis par les rongeurs, avec un taux de létalité de 38 %)", entre autres virus mortels comme "le virus Hendra" et "le lyssavirus", et "le ministère de la Santé mène une enquête". 

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Captures d'écran réalisées sur X et Facebook, le 15/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

On retrouve des publications similaires sur X et Facebook, en anglais, en néerlandais, et en italien, souvent accompagnées d'articles de la presse australienne ou de reprises en français (liens archivés ici et ici). 

Les faits remontent à 2021

L'utilisateur partage à l'appui de son post une authentique vidéo de la conférence de presse du ministre de la Santé du Queensland, Etat d'Australie dans lequel est situé le laboratoire. Le ministre y déclare effectivement que des échantillons de virus ont "disparu" d'un laboratoire de virologie de l'Etat - mais l'internaute ne mentionne pas que la vidéo date en réalité de 2024, et que la disparition en question s'est vraisemblablement produite en 2021 (liens archivés ici et ici). 

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Captures d'écran du communiqué de presse et de la vidéo mise en ligne par le ministre de la Santé du Queensland en décembre 2024, le 15/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

D'autres internautes partageant des publications similaires explicitent bien que les faits se sont produits des années auparavant, tout en faisant, à tort, le lien avec les cas d'hantavirus détectés en avril 2026 à bord du navire de croisière MV Hondius (lien archivé ici). D'autres partagent des vidéos aux accents complotistes en anglais ou mentionnant la disparition des échantillons de manière parcellaire, sans préciser tout le contexte.

Le 9 décembre 2024, un communiqué de l'Etat du Queensland, situé au nord-est du pays, avait indiqué que 323 flacons contenant des échantillons de virus dangereux étaient "introuvables" (lien archivé ici). Parmi ceux-ci, deux flacons contenant des échantillons d'hantavirus, acquis par le laboratoire dans les années 2000. 

D'après les autorités, cette disparition qualifiée de "violation historique des protocoles de biosécurité" du Laboratoire de virologie de santé publique de l'État se serait produite en 2021, mais n'aurait été détectée qu'en 2023. Le communiqué annonçait qu'une enquête indépendante avait été ouverte, car "le laboratoire n'a pas été en mesure de déterminer si les matières avaient été retirées de leur lieu de stockage sécurisé ou détruites" (lien archivé ici). 

"Il est hautement probable que les échantillons du virus se dégraderaient très rapidement en dehors d'un congélateur à basse température, et seraient rendus non infectieux", avait à l'époque déclaré le directeur de la Santé du Queensland John Gerrard, cité dans le communiqué, formulant l'hypothèse qu'il était "probable que les échantillons aient été détruits par stérilisation en autoclave, conformément aux pratiques habituelles du laboratoire, sans que cela n'ait été correctement consigné" (lien archivé ici). 

Une probable erreur de registre

Surtout, ces publications trompeuses se bornent généralement à mentionner le seul communiqué de 2024 des autorités sanitaires sur la disparition des échantillons de virus, sans rendre compte des conclusions de ses investigations.

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Captures d'écran réalisée sur le site du ministère de la Santé du Queensland, le 15/05/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Le 3 septembre 2025, le ministère de la Santé du Queensland avait publié les résultats de l'enquête : celle-ci concluait que "les échantillons de virus Hendra, de lyssavirus et d'hantavirus n'ont probablement pas été perdus ni volés, mais n'ont pas été retrouvés en raison d'une mauvaise tenue des registres" (lien archivé ici).

Le rapport présenté par les services d'enquête pointait des "irrégularités dans la tenue des registres du laboratoire", et notamment "l'absence de documents conformes" concernant le transfert du contenu d'un congélateur vers un nouveau lieu de stockage suite à la panne de celui-ci en 2021 (lien archivé ici). D'après le rapport, les registres du laboratoire mentionnaient la présence de "deux tubes contenant des échantillons d'hantavirus" dans le congélateur en question "dans les années 2000". 

Concernant les fioles d'hantavirus, l'enquête a conclu que "l'explication la plus plausible" à leur absence était que les échantillons "avaient en réalité été éliminés dans les années 2000, mais que le registre de stockage n'avait pas été mis à jour pour refléter cette situation". La commission d'enquête ajoutait qu'il aurait été "anormal" que les scientifiques aient conservé les échantillons sans les détruire plus longtemps que la durée maximale autorisée en laboratoire, comme la procédure habituelle le demande, et que des destructions de routine avaient bien eu lieu sans que la nature exacte des échantillons ne soit consignée, comme elle aurait dû l'être.

Les résultats d'enquête notaient toutefois qu'il était "impossible d'être catégorique sur cette question, eu égard à la mauvaise tenue des registres et des divergences dans les témoignages" recueillis auprès du personnel de laboratoire.

Contacté par l'AFP, un porte-parole du ministère de la Santé du Queensland a déclaré  le 18 mai qu'il "n'existe  aucune preuve d'un lien entre l'épidémie d'hantavirus sur le MV Hondius et les échantillons de virus manquants du laboratoire de virologie du Queensland". De plus, "il est important de noter qu'aucun des échantillons de virus manquants ne contenait le virus des Andes, qui est le type d'hantavirus lié à l'épidémie sur le MV Hondius", a t-il ajouté - il s'agit par ailleurs du seul variant de l'hantavirus susceptible de se transmettre entre humains.

Le 8 mai 2026, les autorités sanitaires australiennes ont indiqué que le risque en Australie restait "faible", et qu'il n'y a eu aucun cas d'hantavirus enregistré dans le pays depuis 1993, selon le Collège royal australien des médecins généralistes (liens archivés ici et ici).

Le retour de théories complotistes

Le navire de croisière MV Hondius a suscité une vague d'inquiétude mondiale après qu'un foyer d'hantavirus s'est déclaré à son bord début avril 2026 (lien archivé ici). 

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Des personnes vêtues de combinaisons de protection quittent le navire de croisière néerlandais MV Hondius, touché par le hantavirus, après l'avoir inspecté à son arrivée au port de Rotterdam le 18 mai 2026. (AFP / NICOLAS TUCAT)

Le variant du virus détecté à bord du bateau, l'hantavirus Andes, qui avait fait trois morts au 13 mai 2026, est une souche rare et particulièrement dangereuse, pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement spécifique, et qui peut se transmettre entre humains avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines (lien archivé ici). 

À la date du 18 mai 2026, sept patients de six nationalités différentes avaient été classés en cas confirmés et un cas probable avait été signalé, selon un comptage de l'AFP à partir de données officielles (lien archivé ici).

L'origine du foyer est encore inconnue mais, selon l'agence sanitaire de l'ONU, la première contamination aurait eu lieu avant le début de l'expédition le 1er avril car le premier passager décédé, un Néerlandais de 70 ans, a présenté des symptômes dès le 6 avril. Or, la période d'incubation du virus est comprise entre une et six semaines.

En ligne, les nouvelles concernant ce foyer de maladie infectieuse ont ravivé les souvenirs de la pandémie de Covid-19 ainsi que les théories complotistes, reprenant souvent les mêmes thématiques, comme l'a documenté AFP Factuel.

Le 7 mai 2026, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a toutefois fait savoir qu'elle ne considérait pas "à ce stade" ces contaminations comme "le début d'une épidémie" ni d'une "pandémie" (lien archivé ici).  "Le risque pour la santé publique a été réévalué à la lumière des informations les plus récentes disponibles, et le risque global reste faible", a réaffirmé l'OMS dans un bulletin d'évaluation publié le 17 mai 2026 (lien archivé ici).

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