Non, les soins pour les femmes enceintes ne sont pas entièrement gratuits au Mali
- Publié le 24 avril 2026 à 13:47
- Lecture : 5 min
- Par : Ella DJIGUIMDE, AFP Afrique
Le Mali a mis en place ces dernières années des mesures visant à améliorer la prise en charge des grossesses. Dans ce contexte, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux affirment que les soins des femmes enceintes, du début de la grossesse jusqu’à l’accouchement, seraient désormais entièrement gratuits dans le pays. Mais cette affirmation est largement exagérée. Si certains soins sont bien pris en charge, cette gratuité reste limitée à un programme spécifique et ne concerne pas l’ensemble du territoire malien.
Au Mali, la mortalité maternelle reste un problème majeur de santé publique. Malgré la mise en place de plusieurs stratégies, elle s'élevait à 325 décès de mères pour 100.000 naissances vivantes en 2018, selon l’Enquête démographique et de Santé (lien archivé ici).
Dans un pays où les indicateurs de santé maternelle restent préoccupants, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux affirment depuis mi-avril que le Mali aurait mis en place une politique publique de prise en charge des femmes enceintes très généreuse (1, 2, 3).
"Mali : Les soins des femmes enceintes, du début de la grossesse jusqu'à l'accouchement, sont gratuits", peut-on ainsi lire dans une publication qui cumule presque 5.000 mentions "j’aime" depuis le 19 avril 2026.
Ces messages, partagés des centaines de fois, ne citent aucune source officielle pour appuyer cette affirmation.
En réalité, les soins maternels liés à la grossesse restent payants dans la plupart des cliniques ou hôpitaux. Cette infox découle sans doute de l'exagération d’une expérimentation lancée en décembre 2025, qui permet un accès gratuit aux soins liés à la grossesse dans un petit nombre de centres de santé et exclut certains gestes et médicaments.
Des soins maternels encore payants
Au Mali, les soins de santé restent largement à la charge des patients. Après la signature de l’initiative de Bamako en 1987, "le gouvernement du Mali s’est désengagé du secteur des soins de santé primaires et a transféré ses coûts aux utilisateurs en imposant des frais de service", explique dans un rapport l’ONG Last Mile Health (p.9, rapport archivé ici).
Pour beaucoup de familles, ces frais "représentent un obstacle souvent insurmontable dans un pays où presque la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté", précise l’ONG.
Les nombreux soins et rendez-vous médicaux accompagnant la grossesse ne sont pas épargnés par cette réalité.
Pour y voir plus clair, AFP Factuel a interrogé plusieurs professionnels de santé, et tous nous ont assuré que les soins dont ont besoin les femmes enceintes restent presque toujours payants à travers le pays.
Dans la vaste majorité des centres de santé maliens, "tous les soins restent à la charge des patientes" enceintes, a ainsi expliqué à l’AFP Yaya Zan Konaré, président de la Fédération nationale des associations de santé communautaire (lien archivé ici). Mise à part la césarienne, rendue gratuite en 2005 par le gouvernement malien.
Les femmes maliennes doivent donc assumer le coût des consultations, des échographies et de diverses analyses sanguines. Elles doivent aussi payer de leur poche les éventuels compléments alimentaires (comme le fer) et les médicaments pour les protéger de certaines maladies.
À titre d’exemple, une consultation prénatale coûte en moyenne 5.000 francs CFA, dont 2.000 francs CFA pour le carnet prénatal et 3.000 francs CFA pour couvrir des frais comme les consommables médicaux, détaille M. Konaré.
Mohamed Kaba Diakité, médecin et directeur technique du centre de santé communautaire de Garantibougou à Bamako, la capitale malienne, confirme que les familles doivent payer de leur poche les soins et examens liés à la grossesse dans la plupart des centres du pays.
"Il n’y a pas de prix uniforme, chaque structure fixe ses tarifs en fonction des soins", explique-t-il.
Cependant, le médecin indique qu’une expérimentation limitée rend actuellement gratuits certains "soins liés à la grossesse", "uniquement" dans un périmètre très restreint de structures publiques. C’est peut-être en exagérant largement cette expérimentation qu’ont émergé les affirmations trompeuses concernant la gratuité des soins au Mali.
Exagération trompeuse d'un projet pilote
Ce projet pilote, appelé Direct Health Facility Financing (DHFF), a été lancé en décembre 2025 par le gouvernement malien avec l’appui de partenaires internationaux comme le Fonds mondial et le Gavi. Il permet aux femmes enceintes de bénéficier de soins gratuits dans les quelques centres de santé communautaires couverts par le projet (lien archivé ici).
"Plusieurs prestations y sont prises en charge" totalement gratuitement, confirme Yaya Zan Konaré, "notamment les consultations prénatales, les examens de laboratoire, les échographies, les médicaments, l’accouchement, ainsi que les soins postnataux et ceux des nouveau-nés".
Mais cette expérimentation ne concerne que 53 structures - dont 37 dans la région de Kayes et 16 dans le district de Bamako - sur environ 1.600 centres de santé communautaires (CSCOM) recensés au Mali. Elle ne concerne pas non plus les établissements privés.
Elle est aussi "mise en œuvre pour une période limitée, allant de décembre 2025 à décembre 2026", souligne Mohamed Kaba Diakité, même s’il existe une "possibilité de renouvellement".
Par ailleurs, cette gratuité ne couvre pas l’ensemble des soins. Le docteur Diakité précise que "les médicaments pris en charge sont limités à une liste restreinte de 40 médicaments environ".
Si cette initiative vise à améliorer l’accès aux soins et à réduire la mortalité maternelle, elle reste partielle et ciblée, et ne correspond donc pas à une gratuité totale à l’échelle nationale. Affirmer qu’il existe au Mali une gratuité totale des soins liés à la grossesse est donc inexact.
Obstacles du terrain
Le gouvernement malien tente d’améliorer l’accès aux soins pour les futures mamans. Outre la gratuité de la césarienne dans les établissements publics depuis 2005, il a également instauré en 2007 la prise en charge de certains traitements, comme le paludisme, pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.
Cependant, des témoignages ont depuis montré que la gratuité de la césarienne restait partielle dans la pratique, certaines patientes devant encore payer des médicaments ou des examens liés à l’intervention. Ce constat a été documenté par des chercheurs et des professionnels du secteur (liens archivés ici, ici et ici).
Sur le terrain, les obstacles restent nombreux : "le manque d’autonomie financière des femmes et la difficulté de mobiliser des ressources auprès de certains ménages constituent des freins importants à l’accès aux soins", confie Yaya Konaré.
La diffusion d’informations erronées sur le coût des soins ou leur prétendue gratuité participe à freiner l'accès à une bonne prise en charge.
En laissant croire que certains traitements sont gratuits, ces publications peuvent créer des attentes irréalistes, voire dissuader certaines personnes de consulter lorsqu’elles se heurtent à des frais inattendus. À l’inverse, des affirmations exagérant le coût des soins peuvent également freiner le recours aux services de santé.
L’AFP a déjà vérifié plusieurs affirmations trompeuses ou fausses liées à la santé en Afrique, que vous pouvez retrouver ici, ici ou encore ici.
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